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Site personnel de F. Delpla, Historien 1939-45 / François Delpla

En réponse à -13 -12 -11 -10 -9 -8 -7 -6 -5 -4 -3 -2
-1J'aurais bien voulu qu'Anne Frank survive, moi de Nicolas Bernard

Un Delp qui s'efforce d'être laïque de françois delpla le dimanche 23 septembre 2007 à 06h41

Le message de Nicolas, malgré des défauts que je vais devoir détailler, est important, c'est pourquoi je me suis donné un peu de temps pour y répondre, en laissant retomber un peu la tension qui s'installait une fois de plus.

Il faut hélas d'abord contester une présentation souvent inexacte de mes travaux. On n'y trouvera aucune des affirmations ou tendances suivantes :

- "faire du national-socialisme une alternative politique acceptable"

- "Hitler n'aurait jamais envahi l'U.R.S.S. et n'aurait pas exterminé les Juifs d'Europe si Churchill... "

- "le régime nazi est devenu sanguinaire à cause de l'adversaire" (je nierais les atrocités en Pologne ??!!)

- "Staline cèdera l'Ukraine sans se battre"

- "Hitler se retire de lui-même du pouvoir"


Quant au trait final , il procède d'une méthode propagandiste de très bas étage. Le fait que je sois le premier à relever la chose laisse entendre, hélas, que cela marche.

Il s'est passé une chose très curieuse jeudi : Nicolas a esquissé une autocritique, dans le message "Sur le hors série" . Il avait écrit que ce numéro étudiait fâcheusement les batailles de Libye en elles-mêmes, sans références suffisantes au contexte mondial, et ajouté :

J'atténuerais toutefois ma réserve en rappelant que ce petit travers est malheureusement archi-répandu parmi les historiens, a fortiori militaires, et surtout les plus grands (le modèle du genre étant le très surestimé Ian Kershaw). A l'heure actuelle (21 h 27), chaque théâtre d'opérations, chaque thème est étudié de manière séparée, donc cloisonnée, ce qui empêche toute mise en perspective et exclut tout report à la chronologie. Pour tout vous dire, j'aurais même sans doute agi de la même manière à une époque pas si lointaine. Mais je pense qu'adopter une vision généraliste d'un événement particulier s'avère indispensable pour améliorer sa compréhension et sa description - et tant pis s'il en découle une surcharge de travail et la nécessité de perdre en précision sur les faits militaires.

J'ai demandé des précisions (car je me souvenais qu'il avait accueilli avec faveur la bio de Hitler de Kershaw), il a exigé que je répondisse auparavant à d'autres questions, j'avais suffisamment l'eau à la bouche pour me soumettre platement et quand je l'eus fait et eus rappelé qu'il devait nous parler de Kershaw, il répondit qu'il ne savait pas à quoi je faisais allusion.

Quoi qu'il en soit, nous sommes du même côté de la barricade quand il s'agit de rompre avec le "petit travers malheureusement archi-répandu parmi les historiens". Nous sommes partie prenante d'une bataille permanente et multiforme contre le fonctionnalisme, non point pour dire que les historiens qui s'en réclament ne font jamais du bon travail, mais pour marquer les limites de ce travail dans la mesure même où il est fonctionnaliste, c'est-à-dire noie la causalité des actes hitlériens dans une nuée de facteurs immédiats, en s'interdisant de les inscrire dans une stratégie.

La Bible dit : "Mon âme attend le Seigneur aussi sûrement que le veilleur attend l'aurore". Personnellement, cela fait quinze ans que j'annonce la mort prochaine du fonctionnalisme et que je le vois renaître de ses cendres... ce qui n'entame en rien ma certitude, mais me dicte la patience.

A la fin du siècle dernier, une résurgence affligeante a été l'affirmation, par Kershaw et Frieser notamment, du fait que Hitler, habitué à ce qu'on lui cède, avait été estomaqué et atterré par la déclaration de guerre anglo-française en septembre 1939. Il ne faut quand même pas être grand clerc pour constater qu'il l'avait soigneusement provoquée. Un tel aveuglement est donc puissamment significatif.

Il a des raisons politiciennes : que Hitler ait eu un dessein, annoncé assez en détail dans Mein Kampf puis réalisé sans perdre une minute entre janvier 33 et mai 40, c'est trop dur à reconnaître pour la quasi-totalité des gouvernements et des partis politiques de l'époque, tous roulés à qui mieux mieux dans la farine. Mais probablement la raison principale est culturelle. Devant l'histoire, les intellectuels se partagent depuis toujours entre la vision shakespearienne du "bruit et de la fureur", et l'idée d'un progrès : n'en étant certainement pas un, le nazisme est ramené à un super-bruit et à une fureur extrême.

Donc il y a un plan, qui vise une apothéose au printemps 1940 : une victoire rapide et écrasante sur la France, mal soutenue par l'Angleterre, et une paix générale permettant de se retourner vers l'est. Jusque là, Nicolas et moi sommes en accord total et il n'est peut-être pas mauvais de le rappeler car lui-même a tendance, quand il est fâché, à ne pas le faire.

Le présent débat porte sur la suite : la paix a été obtenue, soit parce que Chamberlain a été sauvé in extremis de la chute, comme Reynaud, par l'offensive allemande du 10 mai (ce fut à deux doigts), soit parce qu'il a été remplacé par Halifax (que les partis réclamaient, y compris les travaillistes, prêts à servir indifféremment sous lui ou sous Churchill), soit parce qu'après un tour de piste Churchill est renversé vers le 25 mai devant le désastre de sa chère armée française.

De cette paix, que fait Hitler ?

Il faut d'abord se demander en quoi elle consiste : que permet le traité, qu'interdit-il ? Les confidences de Göring à Dahlerus et Nordling, ainsi que le sursis offert par l'arrêt devant Dunkerque, concourent à montrer qu'elle n'aurait rien de draconien. On ne voit pas poindre une revanche de Versailles avec désarmement de la France (et à plus forte raison de l'Angleterre), réparations etc. Il s'agit d'une paix "généreuse" en situation militaire écrasante, "à saisir de suite" sans trop réfléchir ni palabrer.

C'est ce qui jure, à mon avis, avec une agression contre l'URSS un an plus tard, telle qu'elle s'est réellement passée, avec notamment un calendrier identique pour le judéocide.

Avant de s'astreindre, sous mon aimable prière, à chercher des documents d'époque et de s'en remettre imprudemment à des citations de seconde main du journal de Halder ( ), Nicolas a contesté mon point de vue au moyen du seul Mein Kampf : après l'écrasement de la France, il doit y avoir, dit-il, une guerre à l'est pour l'"espace vital". Or c'est moins net que cela (p. 620-621 de l'édition française) et surtout il n'y a pas le moindre calendrier. Si, contre la France, l'idée d'un Blitzkrieg est déjà présente, les modalités de la conquête de l'espace vital vers l'est sont beaucoup plus vagues.

Etant donné l'ambiance, je n'ai pas envie d'en dire plus aujourd'hui. Je me suis contenté de remettre les choses au point sur ce que je disais et ne disais pas. Que chacun, là-dessus, réagisse, et que surtout nous mettions tous ensemble au point une vision non fonctionnaliste (et non moraliste) du devenir de l'humanité en cas d'absence du grain de sable churchillien.

Il y a du boulot pour des années.

*** / ***

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1 Sur Ian Kershaw de Nicolas Bernard 23 sept. 2007 12h55
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3 Je ne lui prête pas de telles intentions de Nicolas Bernard 23 sept. 2007 17h11
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