Pour profiter de
tous les avantages
de ces pages, vous
devez accepter
les cookies



Forum
des livres, revues, sites, DVD, Cd-rom, ... , sur la 2e Guerre Mondiale, de 1870 à 1970
 
 Le débat sur ce livre
 
 L'accueil
 Le menu
 Le forum
 Les livres
 Ajouter un livre, ...
 Rechercher
 Où trouver les livres ?
 Le Glossaire
 Les points
 Les pages LdG
 L'équipe
 Les objectifs
 La charte
 Droit de réponse
 L'aide
 
 
 

 


La description du livre


Edition du 08 mars 2015 à 21h40

Darlan / Bernard Costagliola

 

Critique de la recension de M. F. Delpla de Bernard Costagliola le dimanche 08 mars 2015 à 17h44

Je sais gré à M. François Delpla, auteur de nombreux livres sur la Seconde guerre mondiale et la France de Vichy, d'avoir écrit la première recension de mon étude Darlan – La collaboration à tout prix, préface de Georges-Henri Soutou, CNRS Editions, 2015, recension parue le 10 février dernier sur le site La Cliothèque et accessible aux lecteurs du forum Livres de guerre comme je viens de le constater. Le texte de M. Delpla globalement positif – parfois même très positif – invite à la découverte de l'ouvrage, et je m'en réjouis. Mais plusieurs erreurs m'ont amené à réagir. Le texte qui suit critique ainsi le point le plus sensible de la recension de M. Delpla. Le lecteur intéressé consultera ici l'ensemble du texte publié en droit de réponse sur La Cliothèque; pour une recension plus courte, mais équilibrée et exempte d'erreurs, on consultera ici le lien du Figaro littéraire du 26 février.

François Delpla relève en effet une "absence préjudiciable" à mon travail, à savoir "l'analyse du jeu allemand". La question étant située au cœur de l'ouvrage, la critique est d'une portée immense, et elle appelle une réponse étoffée. Concédant qu'Hitler et Abetz figurent dans les "gros bataillons de l'index", F. Delpla écrit encore que la "subordination de l'ambassadeur au dictateur est insuffisamment affirmée". Cette double appréciation m'apparaît malvenue, tant l'étude décrit le machiavélisme avec lequel Hitler a instrumentalisé la ligne de Montoire au lendemain de la fatidique entrevue, comme (entre autres) l'amiral Auphan, les généraux de la Laurencie et Doyen, les diplomates Charles-Roux et Rochat le dénoncèrent sans ambages (Darlan – La collaboration..., p. 79, 96-7, 181, 279, 299-300). Darlan, pour sa part, croira jusqu'au bout au succès de sa politique de rapprochement, ce qui ne le privera pas de se plaindre littéralement du matin au soir du Führer dont il guettait un changement d'attitude (ibid., p. 135-6, 166-70, 178, 187, 197, 200-3, 208, 213-5, 244-5). Plus sévère, Benoist-Méchin blâmera Hitler de n'avoir "rien compris" à la situation (ibid., p. 230).

Et s'il n'y avait que les Français pour observer le jeu joué à Berlin ! Du côté allemand, la subordination d'Abetz à Hitler est pointée à de très nombreuses reprises à partir des journées de Montoire dont l'ambassadeur, furieux, dénonce le sabotage (ibid., p. 80). Ainsi Abetz plaide-t-il sans succès la cause de Darlan en avril 1941 (ibid., p. 118), dans le cadre de l'affaire de Syrie (ibid., p. 123), après l'offre du 14 juillet (ibid., p. 185-6), durant les semaines précédant le renvoi de Weygand (ibid., p. 189-91), et encore au lendemain de l'entretien de Saint-Florentin (ibid., p. 197). Le jugement de F. Delpla selon lequel la liste des séjours d'Abetz en Allemagne n'est "guère exploitée" laisse pantois : sur les quinze venues d'Abetz à Berlin et au Berghof relevées par Barbara Lambauer (Otto Abetz et les Français ou l’envers de la collaboration, Fayard, 2001, p. 832) au temps de la vice-présidence du Conseil de l'amiral, huit, soit plus de la moitié, sont mises en évidence en lien direct avec mon propos (Darlan – La collaboration..., p. 117, 120, 135, 143, 172, 207-8, 212). Manifeste vis-à-vis d'Hitler, l'impuissance de l'ambassadeur est patente également à l'égard de son ministre Ribbentrop présent plus de 50 fois dans l'index (ibid., p. 157-8, 170, 177, 182-3, 185, 238). Abetz, par ailleurs, était sans autorité aucune sur le ministre Hemmen (en poste à Wiesbaden) et sur la question récurrente de la réduction des frais d'occupation (ibid., p. 124-5, 135, 139, 143, 157) qui joua un rôle de premier plan dans le raidissement de Darlan à l'égard de Berlin. Comment, dans ces conditions, s'étonner que l'ambassadeur ait critiqué le jeu d'Hitler, notamment à la veille des négociations des Protocoles de Paris et dans les journées précédant l'offre de juillet (ibid., p. 136, 169-70), puis accablé la politique de son Führer dans son essence (ibid., p. 197, 217, 223, 227-8, 264). Et s'il n'avait d'autre choix que de suivre ses instructions, l'Allemand, dont la francophilie était de façade (ibid., p. 137), a fait preuve de duplicité (ibid., p. 123, 126, 162), particulièrement vis-à-vis de Darlan qu'il est parvenu à manipuler (ibid., p. 140, 166, 190-4, 224), sur la question juive (ibid., p. 106), et encore lors de l'offre "fantôme" de janvier 1942 (ibid., p. 207-12). Enfin faut-il souligner ses initiatives d'importance prises lors de la signature du protocole politique de Paris qui lui sera reprochée (ibid., p. 139, 348, note 100), au lendemain de l'invasion de l'URSS (ibid., p. 164) et en ne transmettant pas à sa hiérarchie l'ensemble des documents constituant l'offre d'alliance faite par Vichy le 14 juillet 1941 (ibid., p. 173).

Venons-en à Hitler qui, dixit F. Delpla, ferait figure dans l'étude "d'oracle aux propos ambigus". Sans doute F. Delpla avait-il en tête, en posant la formule, le cadre général selon lequel le goût du secret et la personnalité manipulatrice d'Hitler imprégnaient l'appareil gouvernemental nazi. Le dictateur, comme cela a été établi, jugeait plus productif de mettre ses services en position de rivalité. A charge pour ses agents, à partir de directives et d'orientations générales, de deviner comment œuvrer au mieux "dans la direction du Führer" (Kershaw, Ian, Hitler, Flammarion, 2000, I, p. 408-9, 490-8, 753-4). Mais ce mode de fonctionnement ne privait pas Hitler d'avoir une vision claire de l'avenir qu'il réservait à l'ancien ennemi de 14-18. Ainsi expose-t-il à ses généraux, quelques jours après Montoire, son intention d'instrumentaliser la France vaincue dans le cadre de la poursuite de la guerre contre l'Angleterre (Darlan – La collaboration..., p. 88). Il le répètera à Mussolini qu'il s'agissait de "rassurer" après Montoire et la visite de Darlan au Berghof (ibid., p. 49, 88, 127-8, 144). A-t-il ensuite hésité à se rapprocher de la France, ou du moins adopté une position ambiguë à son égard ? C'est ce que suggère Barbara Lambauer (op. cit., p. 450) après l'analyse de l'offre de janvier 1942, à l'inverse de mes propres conclusions (Darlan – La collaboration..., p. 209-10, 212). L'analyse du jeu allemand, contrairement à ce qu'écrit F. Delpla, est explicitée à plusieurs reprises de la manière la plus nette qui soit : "aucune offre [de collaboration ou d'alliance] n’aurait trouvé grâce aux yeux d'Hitler" dont la langue, témoigne Abetz, lui "fourchait chaque fois qu’il prononçait le mot honni de collaboration" (ibid., p. 228). En d'autres termes, Hitler n'a pas tenu de propos ambigus en ce sens, selon la critique de F. Delpla, que son dessein véritable vis-à-vis de la France serait malaisé à déchiffrer aujourd'hui. En revanche, en bon manipulateur épaulé par Ribbentrop, il a élaboré une politique ambiguë, car marquée d'une "équivoque" quant à la réalité de la collaboration. Ainsi Pétain rapporta-t-il aux Français de retour de Montoire (ibid., p. 78-9) qu'il entrait "dans l’honneur [...] dans la voie de la collaboration" dont les modalités restaient à fixer. Et l'équivoque sera progressivement étendue au domaine militaire lors des entretiens Hitler-Darlan de Beauvais, le 24 décembre 1940, et de Berchtesgaden, les 11-12 mai 1941, avec Ribbentrop. Analysée en détail par le diplomate Rochat qui assistait Darlan à Vichy, cette équivoque, dont Darlan, Pétain et Laval furent le jouet funeste, est détaillée dans l'étude (ibid., p. 79, 126-8, 332, note 14). Elle s'appuie sur les conclusions de travaux antérieurs faisant la part belle aux archives allemandes et revenant régulièrement dans mon travail, tel Eberhard Jäckel qui évoque la stratégie de "duperie" d'Hitler (La France dans l’Europe d’Hitler, Fayard, 1968, p. 161), Robert Paxton qui décrit Hitler allant à Montoire "bien décidé à cacher aux Français le sombre avenir qui les attend" (La France de Vichy 1940-1944, Seuil, édition 1997, p. 116) et Philippe Burrin (cité par F. Delpla) dont je rapporte la superbe formule qui résume le double jeu allemand : manipulation d'Abetz, qui "visait la satellisation et non le partenariat", et manipulation d'Hitler, qui "parlait satellisation à Abetz, mais pensait écrasement" (La France à l'heure allemande, Seuil, coll. Points Histoire, 1997, p. 103-4. Cf. Darlan – La collaboration..., p. 232, 234). Les conclusions de ces travaux (essentiels pour comprendre le jeu allemand) reprises dans mon étude sont de plus enrichies d'archives inédites ou restées inexploitées. Le "domaine utopique de la collaboration" qui nourrissait les rêves chimériques d'Abetz, c'est avec cynisme que Ribbentrop l'exposa à Ciano; et l'Allemand alla jusqu'à donner ce qui s'apparente à de véritables instructions à son homologue italien en préparation de la rencontre Ciano-Darlan du 10 décembre 1941 (ibid., p. 204, 228, 238). Le journal de Goebbels rend également compte du machiavélisme d'Hitler et du "mirage" de la collaboration (ibid., p. 232-3). Qu'il s'adresse au général Juin à Berlin, ou à Pétain et Darlan lors de l'entrevue de Saint-Florentin en décembre 1941, Göring étale un cynisme impressionnant (ibid., p. 198-9).

Il m'a semblé encore que l'analyse du jeu allemand passait également par l'exposition de l'opinion des détracteurs d'Hitler. Car si Ribbentrop, Goebbles et Göring parlaient la voix de leur maître, une autre part de l'élite du Reich pensait différemment, quoique forcée elle aussi, comme Abetz, de taire son jugement sur la politique du Führer. Que l'on cherche dans les rangs des diplomates, c'est-à-dire Abetz, mais aussi son adjoint Rahn (ibid., p. 229, 231-2) ou les ambassadeurs Ritter et von Papen (ibid., p. 231, 363, note 80); que l'on se tourne vers les militaires, les généraux Vogl et Westphal, en poste à Wiesbaden à la Commission d'armistice (ibid., p. 169, 231, 363-4, note 82), Heusinger, de l'OKH (ibid., p. 363, note 78), Jodl, de l'OKW (ibid., p. 170), le maréchal Keitel, à la tête de l'OKW, (ibid., p. 170, 231), tous ces hommes critiquent avec plus ou moins de retenue les choix d'Hitler. La palme de la sévérité revient au général Warlimont, adjoint de Jodl et négociateur face à Darlan des conférences militaires de Paris (nov.-déc. 1940) et, en mai 1941, des protocoles de Paris (ibid., p. 231), qui pointait la "duplicité politique" d'Hitler vis-à-vis de la France.

Une attention particulière, marine oblige, a encore été portée au rôle du grand-amiral Raeder et de la SKL (état-major de la Kriegsmarine) par l'auteur de ces lignes (Costagliola, Bernard, La Marine de Vichy – Blocus et collaboration, préface de Robert O. Paxton, réédition CNRS Editions, coll. Biblis, 2014, p. 285-99), par exemple sur la question de l'éventuelle venue du cuirassé Bismarck à Dakar. L'étude sur Darlan, va sans dire, reprend les conclusions de ce travail en y ajoutant des archives allemandes alors ignorées. En bref, la stratégie de rapprochement avec la France prônée par le grand-amiral Raeder tomba dans l'oreille d'un sourd, alors même qu'il évoquait à mots couverts la défaite du Reich en présence de son Führer (Darlan – La collaboration..., p. 87, 89, 117, 138, 213, 230-1, 236, 241, 243). Enfin un bilan de plusieurs pages récapitule la question : la collaboration, du point de vue d'Hitler, "ne fut que la loi du plus fort présentée avec calcul par un adversaire impitoyable" (ibid., p. 227-34).

Alors le travail a-t-il été bien mené ? On peut toujours en discuter, et je répondrai ( vichyhautemer@yahoo.fr ) à quiconque me sollicitera sur le propos. Mais la critique selon laquelle l'analyse du jeu allemand constitue une "absence préjudiciable" dans mon étude – une critique réfutée par les très nombreux renvois précisés plus haut – est à mes yeux incompréhensible, comme je l'ai écrit directement à M. François Delpla. Enfin cet échange nous aura-t-il permis - et je m'en réjouis - d'entamer une correspondance amicale et stimulante sur une période qui nous tient à cœur.

Bernard Costagliola

*** / ***

lue 4257 fois et validée par LDG
 
décrypter

 

1 Bonne pioche, décidément ! de françois delpla 09 mars 2015 06h18
2 ps de françois delpla 09 mars 2015 07h04
3 du synthétique sur le sujet... de françois delpla 10 mars 2015 09h15
4 et une parution nouvelle, de françois delpla 10 mars 2015 17h48
4 Creusons les uns vers les autres de Etienne Lorenceau 02 avril 2015 15h55
5 Sur l'histoire : Lucien Febvre et Raymond Aron de Bernard Costagliola 10 avril 2015 16h56
6 Martin Luther de Etienne Lorenceau 11 avril 2015 11h44
7 Bonne lecture de Bernard Costagliola 13 avril 2015 10h15
8 pas Michel, Olivier ! de françois delpla 13 avril 2015 11h27
9 Merci d'avoir rectifié. de Bernard Costagliola 13 avril 2015 12h33
1 Problématique collaboration de Emmanuel de Chambost 11 mars 2015 14h47
2 La collaboration "à la Darlan" de Bernard Costagliola 15 mars 2015 10h34
3 Une histoire en pleine évolution de françois delpla 15 mars 2015 15h38
4 Télégramme de Darlan du 9 novembre 1942 de Bernard Costagliola 17 mars 2015 06h25
5 Lutte pour la survie et opportunité de Emmanuel de Chambost 17 mars 2015 15h53
6 un fil sur Darlan... de françois delpla 17 mars 2015 19h46
7 8-10 novembre de Emmanuel de Chambost 18 mars 2015 12h15
7 c'est beau comme du Sylvestre ! de françois delpla 18 mars 2015 13h34
6 Montoire - Berchtesgaden - Alger de Bernard Costagliola 21 mars 2015 10h15
7 Oups... de Bernard Costagliola 21 mars 2015 13h16
7 14 juillet et 9 novembre de françois delpla 21 mars 2015 17h53
8 Surveiller Weygand de françois delpla 22 mars 2015 12h09
9 ps de françois delpla 23 mars 2015 05h39
10 Je viens de retrouver et de mettre en ligne... de françois delpla 25 mars 2015 08h51
11 Débat intéressant effectivement de Etienne Lorenceau 14 avril 2015 15h30
12 Mandel-modèle ? de françois delpla 15 avril 2015 07h27
8 Du 14 juillet 1941 au 9 novembre 1942 de Bernard Costagliola 29 mars 2015 10h58
4 Les Protocoles de Paris de Francis Deleu 17 mars 2015 21h10
4 Le "retournement" de Darlan interprété par Otto Abetz de Francis Deleu 28 mars 2015 16h32
5 quelle belle convergence ! de françois delpla 28 mars 2015 17h52
5 Darlan vu par Abetz de Bernard Costagliola 29 mars 2015 11h38
3 L'eau à la bouche de Emmanuel de Chambost 15 mars 2015 22h08
3 Avec le livre en main de Emmanuel de Chambost 24 mars 2015 17h40
4 Lettre au grincheux de Bernard Costagliola 29 mars 2015 11h15
5 Grincheux peut-être mais pas confuseur ! de Emmanuel de Chambost 31 mars 2015 19h10
6 Mon grain de sel de françois delpla 01 avril 2015 12h03
6 L'offre du 14 juillet 1941 : version Abetz de Francis Deleu 01 avril 2015 21h42
7 Ribbentrop met les points sur les i de Francis Deleu 08 avril 2015 16h02
8 Un texte on ne peut plus démonstratif de françois delpla 09 avril 2015 14h24
8 Correspondance Abetz Ribbentrop de Bernard Costagliola 10 avril 2015 17h00
6 Neutralité ou collaboration ? de Bernard Costagliola 10 avril 2015 16h28
7 Quoi de nouveau, depuis 2007 ? de Emmanuel de Chambost 14 avril 2015 11h59
8 Du procès au procès d'intention de Bernard Costagliola 25 avril 2015 18h13

Vous pouvez répondre ici

Votre prénom et votre nom ou pseudonymeobligatoire !

Titre du message


sélection en gras, italique, souligné, paragraphe, "citation", lien

Adresse d'une image sur Internet Aide
Adresse d'une page Internet
Titre éventuel de cette page
InfoQuestionRéponseInfo. et quest.MerciPas de texteHumourInclassable

Cliquez sur une icône pour envoyer le message

 

Participer à l'ensemble du débat sur Darlan

Pour contacter les modérateurs : cliquez !

contribution.php bidouillé par Jacques Ghémard le 8 9 2010  Hébergé par PHP-Net PHP-Net  Temps entre début et fin du script : 0.01 s  5 requêtes