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Pétain - Trahison ou sacrifice ? / Michel Boisbouvier

En réponse à
-1Quatre fois réfuté de Boisbouvier

Réfutation par les historiens ? Ben voyons ! de Nicolas Bernard le mardi 12 janvier 2010 à 12h31

L'ex-anonyme use et abuse d’une technique de tromperie parfaitement au point : il prétend que tel auteur a écrit ou dit telle chose. Il attribue ainsi, le plus souvent à des historiens, des affirmations qu’ils n’ont jamais faites, ou leur accorde une signification qu'elles ne revêtent pas. L'ex-anonyme martèle ensuite son inexactitude délibérée au fil de ses interventions. L’objectif de cette stratégie consiste à faire croire au lecteur que les historiens ont en fait réhabilité le régime de Vichy.

Naturellement, il n'en est rien.

Ce qui n'empêche pas l'ex-anonyme d'invoquer, une fois de plus, trois historiens qui démentent catégoriquement ses dires :

Léon Poliakov : « Du sort relativement plus clément de la communauté juive de France, Vichy fut, en fait, le facteur prépondérant. »
Raul Hilberg : « Quand la pression allemande s’accentua le gouvernement de Vichy se retrancha sur une seconde ligne de défense. Les Juifs étrangers furent abandonnés à leur sort et l’on parvint à sauver une grande partie de la totalité en sacrifiant une partie. »
[...] Serge Klarsfeld : « De toutes les grandes communautés juives de l’Europe occupée, la française a été la plus épargnée ».


Ce qui constitue une déformation grossière de leurs analyses.

Tout d'abord, comme je l'ai rappelé (introduction, première partie, seconde partie, conclusion), Poliakov ne prend pas la défense du régime de Vichy, et écrit au contraire que Vichy n'a fait qu'exécuter sa propre politique raciste et complaire aux nazis, avant de se montrer plus pointilleux à la suite des protestations de l'opinion publique (protestations qu'initialement Vichy a tenté de réprimer) - voir également mon autre article synthétisant la stratégie du régime de Pétain. Ainsi que je l'indique dans cette démonstration que l'ex-anonyme a été incapable de digérer, la petite phrase de Poliakov citée par lui date de 1951 et n'a pas la signification qu'il lui prête, outre que Poliakov a eu par la suite l'occasion d'affiner son analyse, qui reste accablante pour l'Etat français (il n'avait donc aucune raison de procéder à une correction de son ouvrage paru au début des années cinquante).

Ensuite, l'ex-anonyme prétend que l'historien Raul Hilberg attribuerait le sauvetage des Juifs de France à Vichy, à partir d'une phrase isolée de son pavé de plusieurs centaines et centaines de pages (La Destruction des Juifs d'Europe) initialement paru en 1961, phrase révélant d'ailleurs une approche lacunaire de la "Solution finale" en France par ce chercheur.

Dans la version de 1961, totalement tributaire sur ce point des archives allemandes, Hilberg écrit ainsi que, "dans une grande mesure", la "stratégie" de Vichy, qui a consisté à sacrifier les Juifs étrangers pour "sauver" des Juifs français, "fut couronnée de succès. Par l'abandon d'une partie, la part la plus importante fut sauvée." (Raul Hilberg, The Destruction of the European Jews, Quadrangle Books, 1961, p. 389).

La version française éditée initialement en 1988 (Fayard, puis Gallimard, 1991 deux volumes) résulte en revanche de la nouvelle édition de 1985 (éd. Holmes & Meiyer), et la phrase sur la "stratégie" de Vichy a été subtilement modifiée (Fayard, p. 523) : "Dans une certaine mesure, cette stratégie réussit. En renonçant à épargner une fraction, on sauva une grande partie de la totalité."

En fait, Hilberg a apporté des modifications ténues lors de la réédition de La Destruction des Juifs d'Europe en 1985 (pour l'édition américaine), pour tenir compte des travaux de Klarsfeld, Marrus & Paxton. Mais il s'agit surtout, en pratique, d'ajouts de... notes infrapaginales mentionnant l'existence de ces travaux. L'ouvrage de Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, paru chez Fayard en 1983 pour le premier volume, n'a visiblement été lu par Hilberg, qui ne parle pas le français, que dans sa version allemande...

Evoquant ces travaux, Hilberg émet ainsi quelques considérations accablantes pour Vichy, mais de manière dispersée, sans réellement creuser, et sans procéder aux modifications qui s'imposaient dans son texte de 1961, d'où un exposé qui, en 1985, reste relativement bancal car malgré la phrase "en renonçant à épargner une fraction, on sauva une grande partie de la totalité" (qui n'est pas "en renonçant à épargner une fraction, [Vichy] sauva une grande partie de la totalité"), il fournit tous les éléments permettant de déterminer que la situation française n'est pas comparable avec celle des autres zones de l'Europe occupée, et que Vichy s'est largement rendu complice des déportations, ne se révélant finalement plus hésitant qu'à la suite des réactions scandalisées de l'opinion.

Bref, "comme tous les grands livres, celui-ci fut et demeure critiquable sur bien des points", écrit Jean-Pierre Rioux dans Le Monde le 10 juin 1988, à l'occasion de la parution française de l'ouvrage. Rioux ajoute : "Ce qu'il dit au chapitre consacré à la France, étayé sur les seules archives allemandes, ne tient pas compte des travaux de Marrus et Paxton, et néglige un volontarisme d'Etat dont l'antisémitisme, après tout, anticipa les exigences allemandes avec le "statut" d'octobre 1940".

Comme l'a souligné l'historien Michael Marrus, Hilberg "n'offre aucune évaluation de l'attitude de Vichy autonome à l'égard des Juifs, ni de l'impact de celle-ci sur la Solution finale. Etonnamment, il trouve une "réticence française à acquérir des biens juifs" à travers le processus d'aryanisation." (Michael Marrus, "Vichy et les Juifs : quinze ans après", La France sous Vichy. Autour de Robert Paxton, Complexe, 2004, p. 51)

En toute hypothèse, Hilberg a tenu compte des acquis de l'historiographie, non sans retard et a fait valoir en 1998 que "Vichy a souvent fait plus que les Allemands pour capturer des juifs, étrangers ou citoyens français" (source), ce qu'il a d'ailleurs pu développer de manière plus conséquente dans son livre Exécuteurs, victimes, témoins, Gallimard, 1994, et coll. Folio-Histoire, 2004 (notamment p. 131-136).

Bref, il est particulièrement erroné de soutenir que Hilberg chercherait à défendre le régime de Vichy, y compris même dans ses dernières prises de position sur ce sujet. Qu'il n'ait finalement procédé à aucune modification propre à rendre son exposé français moins maladroit dans La Destruction des Juifs d'Europe ne saurait constituer un argument, sauf à faire de Raul Hilberg un incompétent schizophrène, compte tenu de ses prises de position dans les années 1990, et, on le voit, très défavorables à Vichy.

Dernière déformation de l'ex-anonyme, enfin, et intéressant Serge Klarsfeld : "De toutes les grandes communautés juives de l’Europe occupée, la française a été la plus épargnée". Mais Klarsfeld ne précise pas que cette préservation est l'oeuvre de Vichy. Au contraire, écrit-il, "Vichy a contribué efficacement à la perte d'un quart des Juifs de France" (Vichy-Auschwitz. La Solution finale de la Question juive en France, Fayard, 2001 p. 368), et "les Français ont puissamment aidé au salut de trois quarts des Juifs de France" (ibid., p. 369).

Ce n'est pas la première fois que l'ex-anonyme se livre à cette petite manipulation. Le procédé est d'autant plus douteux que l'ex-anonyme a cherché à réfuter Klarsfeld, non par des arguments, mais par un poncif antisémite : "Klarsfeld est l'avocat de l'AFFDJF et il a besoin de la culpabilité de l'Etat français pour obtenir des réparations financières" (voir mon article).

Bref, l'ex-anonyme ne retient des travaux de Klarsfeld qu'une petite phrase dont il déforme le sens, tout en villipendant ce chercheur en proférant une injure antisémite. Ce qui n'est ni habile, ni honorable, ni cohérent.

L'ex-anonyme, il est vrai, a également besoin de contredire l'unanimité des historiens entourant la complicité du régime de Vichy dans les déportations. La déformation de leurs propos ne suffisant pas, il rameute quelques auteurs isolés pour faire croire que la thèse du Vichy bouclier possède des défenseurs crédibles :

Annie Kriegel : « Si Vichy a servi à quelque chose, c’est aux Juifs qu’il l’a fait ».
F-G Dreyfus : « Si le maréchal était parti à Alger en novembre 1942, moi, je ne serais plus là. »
Heinz Höhne : « La France « donne » mal »


Pour rappel, une citation d'historien ne vaut que par ce qui l'étaye. A ce titre, le pédigrée d'un historien livre un bon indice de sa valeur.

Tout d'abord, à supposer que la citation, non référencée, d'Annie Kriegel soit authentique, il importe de rappeler que cette brave dame n'est pas une spécialiste de la "Solution finale" en France. Bref, la citation n'est non seulement pas recevable, faute de mention de source, mais n'est guère pertinente.

François-Georges Dreyfus est un historien (qui, contrairement à ce que soutient l'ex-anonyme, n'est pas juif mais protestant) militant au sein de la droite radicale, et surtout critiqué par ses confrères pour incompétence et plagiat. Il n'est, à ce titre, pas inutile de rappeler que c'est lui qui préface le bouquin de l'ex-anonyme.

S'agissant du dernier historien cité, l'ex-anonyme ne se fonde que sur quelques lignes d'un ouvrage généraliste consacré aux S.S. (Heinz Höhne, L'Ordre noir. Histoire de la S.S., Casterman, 1970, p. 192, recopié dans Historia hors-série n°21, tome 2, p. 101). Malgré l'indéniable compétence de cet auteur (excellent biographe de l'amiral Canaris), il se révèle d'une concision catastrophique sur la "Solution finale" en France, expédiée en quelques lignes. Höhne n'évoque même pas la rafle du Vel'd'Hiv' et commet une lamentable erreur intéressant l'implication d'Adolf Eichmann dans l'extermination des Juifs de France. Bref, citer cet historien sur ce point précis n'est pas sérieux.

On voit que l'ex-anonyme en est donc réduit à des stratagèmes de bas étage, faisant dire aux historiens qui le réfutent ce qu'ils ne disent pas, et invoquant dans le désordre trois autres écrivains qui ne sont pas spécialistes de la matière considérée (Annie Kriegel, Heinz Höhne), ou bien affichent un C.V. douteux (F.-G. Dreyfus).

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