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La Chute de Berlin / Antony BEEVOR (trad. de l'anglais par Jean Bourdier)

 

Avril 1945 : les rats nazis quittent le navire... sur ordre ? de Nicolas Bernard le mardi 26 octobre 2004 à 23h54

En attendant de reparler de l'extraordinaire bouquin de Beevor (qui complète de manière non moins extraordinaire le grand livre de Cornelius Ryan), et que je revienne sur Baynac, Chauvy, les origines de la Première Guerre Mondiale, et Vichy, je livre ici cette mienne interrogation, qui a trait à la "trahison" de Himmler en date du 28 avril 1945.

Relisant les travaux parus sur Hitler en général et ses derniers jours en particulier (de même que ceux du Reich), je m'interroge sur un détail, qui peut avoir son importance - j'y reviendrai - et qui se pose en ces termes : comment Hitler a-t-il réagi à la "trahison" de son "fidèle Heinrich" ?

Tout part d'une indiscrétion commise par le Ministre britannique des Affaires Etrangères, Anthony Eden, le 27 avril 1945, alors qu'il se trouve à San Francisco pour participer à une conférence relative à la future organisation des Nations unies : "A propos, il y a, parmis les nouvelles venues d'Europe, un détail qui peut vous intéresser. Nou avons appris de Stockholm qu'Himmler avait fait, par l'intermédiaire de Bernadotte, une offre de reddition inconditionnelle de l'Allemagne aux Américains et à nous-mêmes. Naturellement, nos en avons informé les Russes." (cité in John Toland, Les cent derniers jours, Calmann-Lévy, 1976, p. 567)

Un attaché de presse présent sur les lieux, Jack Winocur, en informe assez tardivement Paul S. Rankine, de l'agence Reuters, alors que ce dernier lui passe un coup de fil vers 1 h du matin le lendemain - personne ne semble s'être soucié d'une telle déclaration. Rankine, qui promet de ne pas citer sa source, rédige sa dépêche, qui fera l'effet d'une bombe dans le monde entier (un journal américain titrera même : "Les nazis abandonnent"), y compris... dans le Bunker hitlérien.

Les historiens, se basant sur les témoignages des survivants de la Chancellerie, décrivent Hitler comme explosant de führer à l'annonce de cette offre de capitulation, vitupérant contre la "trahison la plus infâme de toute l'histoire de l'humanité" (cité in Ian Kershaw, Hitler 1936-1945, Flammarion, 2000, p. 1168). Souvent est invoquée la version apportée par la célèbre aviatrice allemande Hanna Reitsch (celle qui inspirera Lady X à Jean-Michel Charlier) : "Il se démenait comme un fou. Son teint avait pris un ton de brique, et son visage était presque méconnaissable" (cité in Hugh Trevor-Roper, Les derniers jours d'Hitler, Famot, 1975, p. 286 - éd. originale, 1947 - voir également James P. O'Donnell, The Berlin Bunker, Arrow Books, 1979, p. 240). Mais il semble que Reitsch n'ait pas été présente lorsque Hitler a directement pris connaissance de l'information - je n'y vois nulle précision à cet égard.

Un autre témoin fréquemment cité, Traudl Junge, jeune secrétaire du Führer (elle dactylographiera ses deux testaments), est aussi imprécise : "Je ne sais plus où je me trouvais lorsqu'il reçut cette nouvelle. D'après ce que j'ai entendu dire, il y aurait eu une dernière explosion de fureur, de tempête et de cris... Mais lorsque je l'ai revu peu après, il était calme. Eva Braun avait les yeux rougis par les larmes car son beau-frère [Hermann Fegelein, qui assurait la liaison entre Hitler et les SS] venait d'être condamné à mort." (cité in Pierre Galante & Eugène Silianoff, Les derniers témoins du Bunker, Filipacchi, 1989, p. 227) Là encore, il ressort que Traudl Junge n'a pas personnellement assisté à cette éruption volcanique, à plus forte raison à la remise de l'information à Hitler.

Alors qui a transmis ce renseignement au dictateur nazi ?

Selon certains, c'est Heinz Lorenz, fonctionnaire du Ministère de la Propagande, qui aurait été le premier à recevoir la nouvelle et en aurait rendu compte à Hitler - voir Edouard Calic, Himmler et son empire, Stock, 1966, p. 604 ; Georges Blond, L'agonie de l'Allemagne, Livre de Poche, 1965, p. 405. Selon d'autres, Lorenz aurait communiqué l'information au Reichsleiter Martin Bormann, homme médiocre, éternel numéro 2 et qui n'aspirait qu'à devenir... numéro 2 du futur Führer, à condition qu'il ne s'agisse ni de Himmler, ni de Göring (Trevor-Roper, op. cit., p. 285 ; Peter Padfield, Himmler, Cassell & Co., 2001, p. 596). Ces dernières versions ne sont au demeurant pas contradictoires : Lorenz arrive avec la dépêche traduite, la communique à Bormann, qui lui-même la remet au valet de Hitler, Linge, en attendant que le Chef soit disponible - il discourait avec le nouveau patron de la Luftwaffe, Ritter von Greim (Trevor-Roper, op. cit., p. 285). Dans sa très complète biographie de Martin Bormann (France-Empire, 1980); le journaliste Jochen Von Lang (celui qui a retrouvé le cadavre du Reichsleiter à Berlin en 1972, où il était enterré depuis le 2 mai 1945) n'apporte aucune précision sur le rôle joué par le sujet de son ouvrage en cette circonstance précise, rappelant toutefois que Bormann a plaidé contre Himmler et son infidélité au national-socialisme (p. 366-368).

Seulement, d'autres témoins se sont signalés et apportent une autre version des faits. D'après Cornelius Ryan, qui situe à tort l'événement le 29 avril au lieu du 28, Hitler apprend la nouvelle en début de soirée, alors qu'il confère avec les généraux Weidling, Krebs, et Burgdorf, le Ministre de la Propagande Goebbels et l'adjoint de ce dernier, Werner Naumann. Ryan se réfère ensuite au récit de Weidling : "Naumann fut appelé au téléphone. Il revint quelques minutes après pour nous dire que Radio Stockholm venait d'annoncer que le Reichsführer SS Himmler avait entamé des négociations avec le Haut-Commandement anglo-américain" (cité in Ryan, La dernière bataille, Robert Laffont, 1966, p. 420). Notons que Marlis Steinert reprend cette version à son compte (Hitler, Hachette-Pluriel, 1992, p. 569). Hitler aurait d'abord été frappé de stupeur, marmonnant à voix basse des propos incompréhensibles (Ryan, op. cit.).

Mais il est encore d'autres témoins ! Roschus Misch, responsable du standard téléphonique, a ainsi décrit la réaction hitlérienne : "Il était assis sur le banc, juste à l'extérieur du central téléphonique, un chiot sur les genoux, lorsque Lorenz lui tendit le papier sur lequel il avait griffoné la dépêche radiodiffusée. Le visage de Hitler est devenu blême, presque cendreux. 'Mon Dieu, il va s'évanouir', ai-je pensé. Le chiot dégringola par terre - c'est idiot de se souvenir de tels détails, mais j'entends encore le bruit mou qu'il fit en tombant" (cité in Gitta Sereny, Albert Speer. Son combat avec la vérité, Seuil, 1997, p. 539 et François Delpla, Hitler, Grasset, 1999, p. 417, qui analyse ce témoignage p. 420-421).

Et enfin, le petit dernier, mais non des moindres, invoqué par l'historien américain John Toland : "A l'étage supérieur du bunker, dans le petit bureau du Deutsches Nachrichtenbüro (l'agence officielle de la presse allemande), Wolfgang Boigs, adjoint de Heinz Lorenz, écoutait la radio ennemie. Peu avant 21 heures, il entendit la version BBC de la dépêche de Rankine. Il la traduisit et l'apporta immédiatement à la 'Cage dorée', surnom donné par les journalistes de l'agence aux quartiers d'Hitler. Hitler lut le message sans émotion, comme s'il s'était résigné à l'idée de la fin. Il demanda que quelqu'un vérifie la traduction et, une fois qu'il fut sûr qu'elle était correcte, il renvoya tranquillement Boigs." (Toland, Les cent derniers jours, op. cit., p. 568-569)

Prise isolément, chaque version présente des vraisemblances. De manière générale, rares sont les personnes à avoir réellement vu Hitler découvrir l'information et y réagir immédiatement. Bormann, Goebbels, Krebs, Burgdorf se sont suicidés sans livrer leur témoignage. Weidling est mort en Union soviétique en 1955 et n'a pu davantage fournir de précisions sur certains événements décrits dans ses Mémoires rédigés en captivité. Lorenz, en revanche, a survécu et a pu être interrogé par Trevor-Roper, de même qu'Hanna Reitsch. Idem pour Werner Naumann, interviewé par Cornelius Ryan, de même que Roschus Misch, retrouvée par Gitta Sereny, et Wolfgang Boigs, le témoin de John Toland.

Il faut néanmoins noter que :

1) Lorenz n'était pas présent lorsque la dépêche traduite a été remise en main propre à Hitler.
2) Il n'est pas certain que Reitsch ait assisté à cette remise.
3) Le témoignage de Lorenz s'oppose à celui de Boigs, lesquels s'opposent à celui de Naumann (à moins que Hitler n'ait joué la comédie en différé ? Pourquoi pas, au fond ?).
4) Le témoignage de Misch a été formulé quatre décennies après les faits : il a très bien pu s'opérer par reconstruction mémorielle à partir de la publication d'ouvrages et d'articles sur les derniers jours de Hitler. S'y oppose la précision absolue de ce témoin, qui retient la chute d'un chiot. D'autre part, ce témoignage n'est pas incompatible avec la version de Lorenz.

Je sais, j'ai traité longuement ce qui prend des allures de chiure de mouche historique. D'un certain côté, c'est vrai : il s'agit bien d'une chiure de mouche historique. D'un autre point de vue, si l'on admet que la version de Boigs est exacte, et si l'on écarte la possibilité qu'il ait tenu à en rajouter auprès de Toland, alors l'explosion de rage de Hitler n'est rien d'autre qu'un formidable numéro d'acteur destiné à camoufler cette autre possibilité, étayée ça et là par divers indices : Himmler, loin d'agir à sa guise (ou plutôt sur le conseil de son adjoint Schellenberg), a contacté les Alliés... sur ordre de Hitler. Et Hitler, pour donner le change, montrer que Himmler était devenu un négociateur fiable, s'engagera à l'accabler de reproches aussi hypocrites les uns que les autres, en sorte en fera l'un des pires traîtres au nazisme, ce qui donnera au "fidèle Heinrich" les coudées franches dans le cadre d'une rencontre avec Eisenhower (voir François Delpla, Hitler, op. cit., p. 417-426). Un plan tordu, surréaliste, irréaliste (Ike aurait-il accepté de négocier avec l'Empereur des Camps ?), mais bien dans l'esprit non moins tordu, surréaliste, irréaliste de Hitler. Qu'en pensez-vous ?

(j'oubliais : ouais, il s'agit d'une réflexion personnelle, à partir de la biographie de Hitler par F. Delpla, mais pas uniquement - voir aussi les Mémoires de Speer et leur analyse par Gitta Sereny)

*** / ***

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