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Edition du 22 janvier 2010 à 17h02

Pétain - Trahison ou sacrifice ? / Michel Boisbouvier

En réponse à -4 -3 -2
-1Le camp de Gurs de Boisbouvier

Les camps d'internement, de la République à Vichy de Nicolas Bernard le vendredi 22 janvier 2010 à 16h38

L'ex-anonyme étant une fois de plus pris la main dans le sac, il change de nouveau les termes de l'échange et tente de faire croire que Vichy ne serait pas responsable des affreuses conditions de vie des internés juifs dans ses propres camps d'internement dans la mesure où lesdits camps seraient issus de la IIIème République.

Ce faisant, il véhicule là un vieux bobard vichyste qui consiste à mettre sur le même plan trois faits historiques distincts : la naissance de camps d'accueil pour les refugiés espagnols en 1938-1939, l'internement des réfugiés austro-allemands dans ces mêmes camps, puis l'internement des Juifs par Vichy dans ces mêmes camps à partir de l'été 1940.

Ces politiques répondent en effet à des logiques totalement différentes, comme l'ont bien montré les historiens, et notamment Vincent Giraudier, Les bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif, Tallandier, 2009, que je vais chroniquer pour l'Histobibliothèque, ainsi que Denis Peschanski, La France des camps. L'internement (1938-1946), Gallimard, 2002 :

1) La politique de la République relève d'une improvisation presque totale face à l'arrivée de réfugiés espagnols certes isolés par la suite, mais progressivement libérés pour être affectés à l'effort de guerre, outre de révéler une anxiété sécuritaire matinée de xénophobie vis-à-vis des réfugiés austro-allemands (que Vichy livrera d'ailleurs aux nazis dès 1940 en exécution de la convention d'armistice).

2) Vichy, en revanche, ne ferme pas ces camps d'internement, et les intègre dans une stratégie répressive antisémite et anticommuniste, pratiquant une politique d'internement délibérée, ce dans le cadre, d'une part, d'une "Révolution nationale" excluant des pans entiers de la société française, et, d'autre part, de la politique de collaboration avec les Allemands.

La thèse de Denis Peschanski a ainsi été mise en ligne. Je reproduis ces extraits de la conclusion (p. 556-558), qui se suffisent à eux-mêmes et expliquent bien mieux que je ne le ferais les variations de ces politiques (je souligne les passages clefs) :

Que l'on prenne comme point de départ la loi du 12 novembre 1938 qui permit l'internement des « indésirables étrangers » ou l'ouverture du premier camp à Rieucros, en Lozère, en février 1939, l'internement et l'hébergement répondirent jusqu'à la chute de la Troisième République et la débâcle à une logique d'exception où fut prégnante la conjoncture courte et surprenante. De même fut improvisée la réponse des gouvernants. Elle le fut d'évidence pour l'accueil des Espagnols après la défaite des Républicains. Pour autant, on repère sans mal, en amont, des objectifs politiques et des présupposés idéologiques, tandis qu'en aval des habitudes étaient prises dans l'administration et dans l'opinion. Il est plus difficile encore de parler de rupture à des hommes qui connurent les barbelés à la fois avant et après la débâcle.

Pourtant la rupture fut bien là avec l'occupation allemande et, plus encore peut-être, avec l'installation d'un régime ultra à Vichy. De 1940 à 1942 au moins, c'est la politique de Vichy qui prévalut en matière d'internement, comme prévalut une logique d'exclusion qui fut au coeur de son projet. En cela, il y a bien une différence de nature entre la Troisième République finissante et le régime de Vichy. La politique allemande est plus difficile à appréhender puisque, au début tout au moins, l’occupant n'usa guère de l'internement. Ce fut d'ailleurs à la demande des autorités françaises qu’il a d'ouvrir un premier camp en zone nord, destiné aux communistes de la région parisienne.

L'engagement des communistes dans la lutte armée à l'été 1941 amena une première évolution. La mesure de précaution que constituait l'internement administratif apparut alors indispensable à la sécurité des troupes d'occupation. Quant à l’internement des Juifs en zone Nord, il fut, au moins dans un premier temps, le fruit d'une politique résolument antisémite portée, en priorité, par certaines composantes de l'appareil allemand en France et, bientôt, de la conviction, partagée par la plupart des autres, qu'il y avait collusion des forces ennemies dans un complot judéo-bolchevique. Le mélange de présupposés idéologiques et d'impératifs sécuritaires préside au cas particulier que constitua l'internement des Tsiganes. Situation orignale car, après une décision prise dès l'automne 1940, les Allemands se désintéressèrent totalement de la question, y compris quand vint, pour les Juifs et les politiques, le temps de la déportation ; originale aussi car l'internement des Tsiganes fut marginal en zone sud. Pour Vichy, le « tsigane » n'était donc pas à classer parmi les forces de l'anti-France qu'il fallait exclure pour régénérer la société.

Cependant, au moins pour les Juifs et pour les politiques, le printemps de 1942 constitua un tournant. Jusque-là recherche inlassable, la collaboration d'État devint pour Vichy une gestion des contraintes. Il y eut bien renversement en matière d'internement car, dès lors, les objectifs des Allemands prévalurent, avec la mise en oeuvre de la solution finale en France et le durcissement de la politique sécuritaire. Les négociations qui se développèrent au printemps et à l'été de 1942 montrent que les gouvernants français, sous la conduite de Pierre Laval avec, comme second, son chef de la Police, René Bousquet, acceptèrent d'imbriquer la politique d'exclusion antisémite qui était la leur dans la politique de déportation qui était celle des Allemands. Pour assurer la place de la France dans une Europe nazie tout en affirmant la souveraineté de l'État français sur l'ensemble du territoire national, Vichy prit en charge les tâches de persécution et de répression imposées par les autorités allemandes. L'internement tel qu'il avait existé entre 1940 et 1942 tomba donc en désuétude. Il avait changé de fonction.

Les camps ne disparurent pas avec la retraite et la défaite progressives des armées allemandes. Entre la libération des premières régions métropolitaines en juin 1944 et la libération du dernier interné administratif en mai 1946, ils furent même plus nombreux que jamais, du moins dans un premier temps. Il est vrai que la guerre continuait et que des mesures de sécurité s'imposaient. Mais, plus encore, il s'agissait à la fois de solder les comptes et de construire sur des bases solides le nouveau régime, dans l'unité nationale reconstituée par une nécessaire épuration. Il était bien clair à tous, cependant, que l'internement administratif était une mesure d'exception, à l'existence éphémère : soit les charges pesant sur la personne suspectée étaient fondées et la justice devait passer, soit elles ne l'étaient pas et, à condition que le climat fût apaisé, la libération devait être prononcée. C'est au moins dans cette stricte logique que s'inscrivit la politique du ministre de l'Intérieur, Adrien Tixier, qui souhaitait en outre affirmer partout la préséance des représentants de l'État. La normalisation qu'il appelait de ses voeux passa, entre autres, par une baisse accélérée des effectifs internés. Elle s'imposait d'autant plus que le gonflement spectaculaire de l'automne 1944 ne s'était pas toujours fait dans le respect des principes de l'État de droit dont se réclamait le nouveau régime.

Au fil de l'ouvrage le lecteur a pu relever d'importantes nuances, par exemple pendant la « drôle de guerre » ou, plus encore, avec l’exception tsigane. On mesure cependant l'importance des ruptures entre les politiques suivies en matière d'internement administratif. Si l’on n’insiste par sur les diverses logiques qui présidèrent à ces différentes politiques, le contresens historique est proche.

*** / ***

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1 Rupture et logique d'exclusion ! de Boisbouvier 22 janv. 2010 21h56
2 Loi du 4 octobre 1940 publiée au Journal officiel du 18 octobre. de Jacques Ghémard 23 janv. 2010 00h16

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