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Vichy dans la "Solution finale" / Laurent Joly

En réponse à -4 -3 -2
-119 juillet 1942 : le premier convoi part de Drancy pour Auschwitz de Nicolas Bernard

Les enfants, aussi de Nicolas Bernard le lundi 14 décembre 2009 à 17h51

Pour mieux servir les exigences nazies, Vichy avait compté sur la déportation des enfants. Plus de 4.000 d’entre eux, âgés de deux à quinze ans, on l'a vu, ont été arrêtés au cours de la rafle du Vel d’Hiv’ et envoyés à Drancy. D’autres enfants venus de zone non occupée et dont les parents avaient déjà été internés et déportés seront également envoyés dans les camps d’internement. Les parents ayant été déportés les premiers, les enfants sont laissés à eux-mêmes, abandonnés, en attendant l’inévitable déportation, promise par Laval au R.S.H.A. le 6 juillet 1942.

Georges Wellers a décrit, au procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem, l’arrivée à Drancy de ces enfants privés de leurs parents :

Ils arrivaient dans les camps en autobus, [...] gardés par des gendarmes de Vichy avec des inspecteurs de police de Vichy. Au milieu de la cour du camp, il y avait un endroit séparé par des fils de fer barbelés où pénétraient les autobus. On ordonnait aux enfants de descendre à toute vitesse, parce que les autobus se suivaient à une cadence accélérer et il fallait qu'ils fassent place à ceux qui suivaient derrière. Ces malheureux enfants étaient complètement désorientés, désaxés ; ils quittaient les autobus en silence ; on les prenait par groupes correspondant à peu près à chaque autobus, il y avait parfois cinquante, soixante, quatre-vingts enfants. Les plus grands tenaient les plus petits par la main. [...]

Il y avait beaucoup de petits enfants, de deux, trois, quatre ans, qui ne connaissaient même pas leur nom, alors on cherchait à les identifier, parfois on demandait à une soeur, à un frère plus âgé, parfois on demandait simplement à d'autres enfants s'ils les connaissaient pour dire comment ils s'appelaient. De cette façon, on trouvait un nom quelconque, qui souvent était faux. Nous avons fabriqué dans le camp des petits médaillons en bois, et sur ces médaillons, on inscrivait le nom ainsi établi, évidemment sans aucune certitude que le nom soit vrai, on accrochait ensuite ces médaillons avec une ficelle sur le cou des enfants.
[...]

La nuit, ils restaient tout seuls dans ces chambres éclairées par une ampoule, couverte de peinture bleue parce qu'on était en guerre, et à Paris la défense passive exigeait que toutes les ampoules visibles soient peintes en bleu.
[...] Ils dormaient par terre, les uns à côté des autres. Très souvent, ils pleuraient, ils s'agitaient, ils appelaient leur mère. Il est arrivé quelquefois que toute une chambrée de cent-vingt enfants se réveille au milieu de la nuit ; ils ne se possédaient plus, ils hurlaient, réveillaient les autres chambrées, c'était affreux.


Georges Wellers poursuit (cité in Michael Marrus & Robert Paxton, Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, 1981, p. 246) :

"Les enfants se trouvaient par cent dans les chambrées. On leur mettait des seaux hygiéniques sur le palier, puisque nombre d’entre eux ne pouvaient descendre le long et incommode escalier pour aller aux cabinets. Les petits, incapables d’aller tout seuls, attendaient avec désespoir l’aide d’une femme volontaire ou d’un autre enfant. C’était l’époque de la soupe aux choux à Drancy. Cette soupe n’était pas mauvaise, mais nullement adaptée aux estomacs enfantins. Très rapidement tous les enfants souffrirent d’une terrible diarrhée. Ils salissaient leurs vêtements, ils salissaient les matelas sur lesquels ils passaient jour et nuit. Faute de savon, on rinçait le linge sale à l’eau froide, et l’enfant, presque nu, attendait que son linge fût séché. Quelques heures après, un nouvel accident, tout était à recommencer. [...] Chaque nuit, de l’autre côté du camp, on entendait sans interruption les pleurs des enfants désespérés, et de temps en temps, les appels et les cris aigus des enfants qui ne se possédaient plus."


Même spectacle dans les autres camps, un spectacle insoutenable que l’administration pénitentiaire ne cherche guère à corriger. Des douches seront installées mais à peine quatre serviettes seront-elles distribuées par groupe de 1.000 enfants...

Les enfants internés dans les camps annexes doivent transiter par Drancy en attendant l’ultime départ pour les chambres à gaz d’Auschwitz. Ballottés de camps en camps, ils achevèvent de perdre leurs repères, sous le regard menaçant des gendarmes chargés de les surveiller. Melle Monod a décrit le départ des enfants du camp de Pithiviers pour Drancy (cité in Tillard/Lévy, op. cit, p. 159-160) :

Il faisait froid. Les gosses étaient à peine réveillés et il avait été difficile de les faire descendre de leurs chambres. La plupart s’étaient assis par terre, à côté de leurs pauvres ballots, un peu de linge noué dans une serviette et d’où émergeait parfois la tête d’une poupée ou la roue d’un camion de bois, jouets dérisoires, qui restaient leur seul trésor et peut-être pour eux le symbole de leur foyer détruit. Les gendarmes tentaient de faire l’appel. Mais aucun enfant ne répondait à aucun nom : Rosenthal, Biegelmann, Radelski, cela ne voulait rien dire pour eux. Ils ne comprenaient pas non plus ce qu’on voulait et plusieurs se détachèrent même du groupe. C’est ainsi qu’un petit garçon s’approcha d’un gendarme pour jouer avec le sifflet qui pendait à son ceinturon ; une petite fille se dirigea vers un talus sur lequel poussaient quelques fleurs, qu’elle cueillit pour faire un bouquet. Les gendarmes ne savaient que faire. Alors l’ordre arriva de conduire les enfants jusqu’à la gare toute proche, sans insister en ce qui concernait l’appel. L’important était que le nombre y soit.

A peine 200 mètres séparaient-ils l’endroit où nous étions de la gare. Mais la distance n’en était pas moins longue pour des bambins chargés d’un ballot incommode. J’ai alors vu un gendarme prendre le misérable paquet d’un gamin de quatre ou cinq ans pour lui faciliter la marche. Mais un adjudant intervint, rudoyant le gendarme en lui disant qu’un militaire français ne portait pas les bagages d’un juif ! Tout penaud, le gendarme remit son paquet à l’enfant.

Je suivais le cortège, le coeur serré, ne pouvant me détacher de tous ces petits êtres dont j’avais pris soin pendant plusieurs semaines. J’avais du mal à retenir mes larmes et je dois dire que beaucoup de gendarmes aussi n’arrivaient pas à cacher leur émotion. Quand nous arrivâmes sur le quai d’embarquement j’aperçus, sur une passerelle enjambant la gare, une sentinelle allemande braquant sur nous une mitraillette. Ce fut alors que l’embarquement se précipita dans un climat brusquement enfiévré. Beaucoup d’enfants étaient trop petits pour monter dans les wagons de marchandises sans marchepied. Des grands grimpèrent les premiers, aidant ensuite les petits à se hisser. Les gendarmes s’en mêlèrent, prenant les plus jeunes, presque encore des nourrissons, et les passant à ceux déjà installés et parmi lesquels se trouvaient quelques femmes, de celles, justement, qui allaitaient.

C’est alors que les enfants prirent peur. Ils ne voulaient pas partir et se mirent à sangloter, appelant à leur secours les assistantes sociales qui restaient et parfois même, les gendarmes. Je me souviens d’un petit Jacquot, âgé de cinq ans, auquel je m’étais particulièrement attachée. Il m’appelait à son aide en criant : ‘Je veux descendre, je veux revoir la demoiselle, je ne veux pas faire pipi par terre, je veux que la demoiselle me fasse faire pipi…’ La porte du wagon refermée et cadenassée, il passait encore une main par un orifice entre deux planches ; ses doigts s’agitaient ; il continuait à crier : ‘Je ne veux pas faire pipi par terre, je veux que la demoiselle me fasse faire pipi…’ L’adjudant dont j’ai déjà parlé frappa sur cette main.


C’était en septembre. A Drancy, les enfants venus des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande retrouvent le même enfer. Par groupes de 700 à 800, ils sont déportés pour Auschwitz où ils sont gazés dès leur arrivée.

Mais il y a pire. Comme le rappelle Francis Deleu, "Vichy aurait pu sauver 5.000 enfants [en négociant leur départ avec les Américains], ergota pour réduire le nombre à 500 .... pour finalement n'en sauver aucun". Après tout, le collaborationniste Brasillach avait donné le ton dans Je suis partout, le 25 septembre 1942 : "Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder les petits".

*** / ***

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