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Edition du 07 décembre 2009 à 20h43

Ce que savaient les Alliés / Christian Destremau

En réponse à -3 -2
-1Un bel exemple d'aveuglement volontaire de Boisbouvier

Le racisme, synonyme d'héroïsme... de Nicolas Bernard le lundi 07 décembre 2009 à 20h25

Où finalement l'anonyme révèle qu'il ne se contente pas d'être un (mauvais) avocat du régime de Vichy...

Le 2 décembre 2009, l'anonyme écrit, pour justifier la livraison aux Allemands des Juifs étrangers (et sans mentionner les Juifs français également livrés), que "Vichy avait reçu mandat de protéger en priorité ses nationaux".

Le 3 décembre 2009, je lui ai demandé : "Par ailleurs, de quel mandat de préférence nationale parlez-vous ? Et de qui émanait-il ? Je vous ai déjà posé la question. Vous n'y avez jamais répondu."

Le 4 décembre 2009, il a répondu, enfin : "Mais je vais me faire un plaisir de vous répondre. La préférence nationale n'est pas une invention de Le Pen. Elle est si forte et si universelle qu'elle est le plus souvent implicite. L'identité nationale, que voulez-vous ? ça se sent plus que ça ne se dit. Faut-il des minarets dans le ciel de Paris ? A mon avis, non. Une nation est une personne (morale, certes mais quand même) et une personne c'est l'unité de base sur quoi tout se fonde, d'où tout part, à quoi tout revient et autour de quoi tout circule."

Cependant, et peu après en cours de journée, il allait quelque peu contredire ses précédents propos : "Quand le bateau coule on fait descendre dans les canots les femmes et les enfants d'abord et on ne laisse pas tout le monde sur le pont au motif que la vie d'un homme vaut bien celle d'une femme ou d'un enfant. Mais, me direz-vous, les Juifs étrangers étaient parfois des femmes et des enfants. Evidemment, mais il fallait un prétexte à Vichy pour refuser aux Allemands ce qu'ils réclamaient si fort. Ce prétexte émanant d'un gouvernement supposé indépendant et souverain ne pouvait être que la défense des intérêts nationaux."

Le 5 décembre 2009, je lui posais donc cette question : "Donc, le "mandat" n'est plus qu'un "prétexte" pour... mettons, embobiner ces bénets d'Allemands. Pouvez-vous nous expliquer cette contradiction dans vos propos ?"

Le même jour, l'anonyme a répondu : "Aucune contradiction ! Le mandat est aussi un prétexte comme un chien est aussi un animal ou le lait est à la fois un aliment qui nourrit et une boisson qui désaltère. Vichy s'était fixé un but: sauver le maximum de choses et pour ce faire il a eu deux faces comme une seule médaille: la face interne et la face externe ou, si vous préférez, deux polarités (centripète et centrifuge)comme le système nerveux central. Le mythe de Janus ? ça doit vous dire quelque chose."

Le 7 décembre 2009, j'ai indiqué qu'"un prétexte, si j'en crois la définition consacrée, c'est le motif allégué pour cacher la raison véritable d'une action. [...] Bref, selon vous, Vichy exécuterait un mandat l'autorisant à mettre en pratique un système de "préférence nationale", et telle est donc, nous dites-vous, la raison véritable de son action. Dans ces conditions, comment la raison véritable d'une telle action peut-elle être simultanément un "prétexte", c'est à dire un motif allégué pour cacher la raison véritable de ladite action ? Pouvez-vous donc expliquer cette (énième - voir cet exemple) contradiction ?"

J'ajoutais qu'"en l'occurrence, vous nous écrivez dans le paragraphe précédent que "le mandat est aussi un prétexte comme un chien est aussi un animal ou le lait est à la fois un aliment qui nourrit et une boisson qui désaltère" : bref, vous venez de nous démontrer que Vichy a été absolument... sincère, les deux faces de la médaille (le "mandat" et le "prétexte") ayant été, nous dites-vous, identiques."

Peu après, l'anonyme a répliqué : "Une même action peut être un prétexte pour justifier une action vis à vis de l'occupant et un mandat qu'on a reçu de la représentation nationale un certain 10 juillet 1940. Vis à vis de l'occupant, Vichy n'avait aucun mandat en ce qui concernait les non-nationaux et ne pouvait donc se justifier de les défendre. Un pays occupé ne défend personne."

Bref, puisque, nous dit l'anonyme, la politique d'exclusion des Juifs étrangers découle d'un étrange "mandat", mais que ce même mandat est en même temps un "prétexte" à servir à l'occupant, force est de constater que, pour ce même anonyme, Vichy n'avait aucun mandat en ce qui concernait les non-nationaux et ne pouvait donc les défendre, ni aux yeux des "nationaux" (Vichy, soutient l'anonyme, ne protégeant pas les "immigrés apatrides"), ni vis-à-vis des Allemands ("Vichy n'avait aucun mandat en ce qui concernait les non-nationaux et ne pouvait donc se justifier de les défendre").

En résumé, et si l'on relit les termes soigneusement pesés de l'anonyme, "Vichy avait reçu mandat de protéger en priorité ses nationaux", et "Vichy n'avait aucun mandat en ce qui concernait les non-nationaux et ne pouvait donc se justifier de les défendre", que ce soit "vis-à-vis de l'occupant" (le "prétexte") ou bien vis-à-vis de l'opinion (le "mandat").

Or, nous précise-t-il, "un pays occupé ne défend personne", ce qui nous amène à en déduire que ces infortunés dirigeants vichystes ne peuvent ni défendre les "nationaux" (malgré leur "mandat"), ni les "non-nationaux" (qu'ils n'ont pas à défendre, ceux-là, faute de "mandat") car, nous rappelle heureusement l'anonyme, "la police d'un pays occupé obéit "au-to-ma-ti-que-ment" à la puissance occupante".

Le fait de laisser sa propre police "déporter" des Juifs (majoritairement étrangers) en 1941 pose de toute évidence problème à Vichy, dans la mesure où, nous précise l'anonyme, "ce n'est pas la même chose de donner l'ordre de déporter des Juifs et d'obéir à des Allemands qui donnent cet ordre, surtout quand il est impossible de se soustraire à cet ordre pour l'évidente raison que nous avions perdu la guerre et que nous n'avions aucun moyen militaire de contrer la coercition." L'anonyme ajoute d'ailleurs que, cette police, "Vichy faisait le maximum pour en garder, mais sans y parvenir, le contrôle".

En effet, poursuit l'anonyme, Vichy"voulait que son autorité sur la zone occupée demeurât la plus entière possible et ne pas en être dépossédé au profit de l'Allemagne victorieuse à une date où l'on ignorait quelles seraient les conditions d'un traité de paix. Le statut des juifs du 4 octobre 40 relève de la même tactique. Fallait-il donner à cette Allemagne l'habitude de croire qu'elle était chez elle au nord de la ligne de démarcation ou limiter ses droits sur cette zone occupée autant qu'il était possible ?"

Et tout à coup, en mai 1942, "miracle, Bousquet parvient à retourner la situation en sa faveur et à obtenir de Heydrich (et d'Oberg à la suite) que non seulement la SS de Paris ne se croie pas tout permis comme le MBF avant lui, mais qu'elle renonce aux droits qu'avait depuis deux ans le MBF sur la Préfecture de police. Par les accords Bousquet-Oberg du 7 août 42, la police française de zone occupée reprend son autonomie perdue."

Or donc, résumons la thèse de l'anonyme :

1) Vichy, en 1940, reçoit mandat de protéger ses "nationaux" ;

2) ce mandat exclut les "non nationaux" ;

3) parallèlement, Vichy a totalement perdu le contrôle de sa police en zone occupée pour cause de défaite militaire ;

4) de fait, les Allemands peuvent la réquisitionner "sans en informer Vichy" pour effectuer leurs rafles antisémites, ce qu'ils font d'ailleurs en 1941 à trois reprises ;

5) Vichy se démène comme un beau diable pour reprendre le contrôle de sa police, au nom du mandat qui l'oblige à protéger ses nationaux ;

6) en effet, Vichy veut prendre le contrôle des rafles en zone occupée ;

7) en mai 1942, Vichy obtient enfin gain de cause et "récupère" sa police en zone occupée ;

8) de cette sorte, "Vichy parvint à sauver "une grande partie de la totalité" des Juifs de France et ce faisant, il peut enfin rafler des Juifs étrangers lui-même et les livrer aux Allemands lui-même car "pouvait-il, sans le trahir ce mandat, laisser partir en Pologne pour un destin encore inconnu mais qu'on pressentait funeste, les Juifs français en plus des autres qui, de toute façon, seraient partis ?"


Bref, démontre l'anonyme, Vichy s'est efforcé de reprendre le contrôle des rafles effectuées par les Allemands de manière à leur livrer des Juifs étrangers pour en permettre l'internement et la déportation, et ce au nom d'une politique de "préférence nationale" qu'il tenait à mettre lui-même en pratique, en toute souveraineté (d'où sa volonté de récupérer la police de zone occupée).

Il qualifie même une telle politique d'"héroïque".

J'en déduis donc qu'une politique raciste est héroïque à ses yeux.

Mais quoi de surprenant, de la part d'un individu qui ose écrire - certes après s'être fait un peu prier : "La préférence nationale n'est pas une invention de Le Pen. Elle est si forte et si universelle qu'elle est le plus souvent implicite. L'identité nationale, que voulez-vous ? ça se sent plus que ça ne se dit. Faut-il des minarets dans le ciel de Paris ? A mon avis, non."

Et qu'attendre également d'un individu qui véhicule des poncifs antisémites, et qui prétend notamment que "Klarsfeld est l'avocat de l'AFFDJF et il a besoin de la culpabilité de l'Etat français pour obtenir des réparations financières" ? Qu'attendre, à ce titre, d'un individu qui, lorsque lui sont évoquées les épouvables conditions de vie des Juifs parqués au Vélodrome d'Hiver, hommes, femmes, enfants, ne trouve à répondre que ceci :

Le déficit de latrines n'a pas été retenu, ni comme crime contre la paix, ni comme crime de guerre, ni comme crime contre l'humanité par aucun des trois tribunaux internationaux qui ont existé à ce jour.

Ni celui de Nuremberg qui jugea des crimes nazis, ni celui de Tokyo qui jugea des crimes japonais (Nankin, Corregidor ..) ni celui de La Haye, qui jugea des crimes commis en Yougoslavie et en Ouganda, n'ont retenu le déficit de latrines comme motif d'inculpation.

Mais ils ont eu tort.

Lebel
[son contradicteur qui lui avait rappelé le... disons, problème] va certainement faire le nécessaire et protester vigoureusement pour que cesse ce scandale évident, cette atteinte aux droits de l'Homme en même temps que cette carence incroyable de la législation pénale internationale.


L'anonyme se revendique l'avocat de Vichy. Peut-être ignore-t-il que si un avocat doit défendre son client, il ne l'épouse pas pour autant.

De toute évidence, l'anonyme a largement franchi le cap des fiançailles.

*** / ***

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