Je viens de faire la connaissance d'un pied-noir qui a quitté Oran en 62 à l'âge de 14 ans.
Il est d'accord avec moi, et avec les conclusions du livre, pour estimer qu'une guerre civile atroce était en cours qui, sans l'énergie de De Gaulle, aurait pu durer jusqu'à nos jours. Cependant il lui reproche (et surtout à son gouvernement) le manque de prévision de l'ampleur de l'exode et la carence des services de l'Etat, alors que les municipalités "de tous bords" se sont mises en quatre pour accueillir les pieds-noirs... par exemple celle que le centriste Pflimlin dirigeait à Strasbourg. Or Pflimlin, membre du MRP, était ministre jusqu'en mai 62 (date de la sortie du gouvernement de ce parti pour cause de désaccord sur l'Europe), et admirateur de la fermeté du Général, qu'il n'avait lui-même pas su montrer en 58 !
Ce qu'il faut bien voir, c'est que les municipalités (de tous bords, donc aussi bien gaullistes) ne jouaient pas dans la même cour que le gouvernement. De Gaulle voulait jouer au maximum le jeu des accords d'Evian, qui offraient des garanties aux pieds-noirs restés sur place. Prévoir un exode massif et en réunir les moyens, c'eût été torpiller ces accords de concert avec l'OAS qui, par ses ultimes violences, voulait les faire capoter, en déclenchant des représailles du FLN contre les ressortissants français afin d'obliger l'armée à les protéger (lors même que le FLN leur fichait au lendemain desdits accords une paix à peu près royale, du moins en ville, où ils étaient déjà fort regroupés), bref à repartir pour un tour dans la guerre.
De Gaulle avait à gérer un gâchis légué par d'autres, et ça ne se fait pas sans de durs choix. |