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Montoire - François Delpla
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Pour que le Glossaire trouve un sigle, il doit être écrit en majuscules

Pour qu'il trouve un mot, il doit ètre orthographié et accentué correctement

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le Glossaire de Francis a trouvé :


Abetz (Otto) - Allemagne nazie
-

(1903-1958) Francophile, Abetz participa au début des années trente à diverses rencontres franco-allemandes. En janvier 1935, il fut chargé au sein de la Ribbentrop Dienstelle de la propagande en direction de la France: il lança le Comité France-Allemagne et mit en place un réseau de relations dans la presse française. Lors de la déclaration de guerre en 1939, il sera expulsé de France pour y revenir en août 1940 comme représentant de Ribbentrop à Paris, avec le rang d'ambassadeur.
En 1949, il sera condamné par le tribunal militaire de Paris à 20 ans de détention et remis en liberté en 1954.


Alibert (Raphaël) - France
-

(1886-1963) Raphaël Alibert, ministre de la Justice du 12 juillet 1940 au 27 janvier 1941. Maître des requêtes au Conseil d'État, il enseignait à l'Ecole libre des sciences politiques. Administrateur dans le groupe financier d'Ernest Mercier, il fut le principal animateur du mouvement Redressement français, fondé en 1925 par Mercier. En juin 1940, il occupait les fonctions de secrétaire général de la présidence du Conseil de Pétain. Condamné à mort par contumace en 1947, il sera amnistié en 1959.


Baudouin (Paul) - France
-

(1894-1964) Paul Baudouin (1894-1964), directeur général de la Banque d'Indochine depuis 1930, ministre des Affaires étrangères de Pétain. Polytechnicien, inspecteur des Finances, il fut chef du cabinet technique de six ministres des Finances (Clémentel, Monzie, Caillaux, Painlevé, Loucheur, Doumer) en 1925 et 1926. Collaborateur de Paul Reynaud, Baudouin fut sous-secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil et secrétaire du Cabinet et du Comité de guerre du 30 mars au 5 juin 1940, puis sous-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères; il fut ministre des Affaires étrangères dans le cabinet Pétain le 16 juin, puis ministre-secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères le 12 juillet. Il démis­sionne le 26 octobre, peu après Montoire, mais demeurera secrétaire d'Etat à la Présidence du Conseil jusqu'au 2 janvier 1941. Revenu à la tête de la Banque d'Indochine, il travaillera pour l'Intelligence Service à partir de mai 1942. Arrêté en mars 1946, il sera condamné en février 1947 à la dégradation nationale à vie et à cinq ans de travaux forcés. Placé en liberté surveillée en janvier 1948, il reprendra ses activités de financier.


Bouthillier (Yves) - France
-

(1901-1977) Yves Bouthillier, ministre des Finances du 5 juin 1940 jusqu'au 18 avril 1942. Centralien, inspecteur des Finances, il fit partie des cabinets des ministres des Finances successifs de novembre 1929 à mars 1935. Nommé directeur du Budget au ministère des Finances en 1935, il fut relégué en novembre 1936 à la direction financière de la préfecture de la Seine, puis rappelé Rue de Rivoli par Reynaud, en novembre 1938, au poste de secrétaire général du ministère. Arrêté par les Allemands en janvier 1944, il sera libéré puis arrêté par les troupes françaises en mai 1945 et condamné en juillet 1948 à trois ans de prison et à la dégradation nationale.


Collaboration - Vichy
-

Mémento des principaux mouvements politiques collaborationnistes sous Vichy.

- PPF : Parti Populaire Français (Jacques Doriot) - organe de presse: "Le Cri du Peuple de Paris"

- MSR : Mouvement Social Révolutionnaire (Eugène Deloncle)

- CSAR : Comité Secret d'Action Révolutionnaire - appelé par dérision "La Cagoule". - organe de presse: "La Vie nationale".

- RNP : Rassemblement National Populaire (Marcel Déat) - organe de presse: "L'Oeuvre".

- La Parti franciste (Marcel Bucard) - organe de presse: "Le Francisme".

- PFNC : Parti Français National Collectiviste (Pierre Clementi) - organe de presse: "Le Pays Libre".

- La Ligue française (Pierre Constantini) - organe de presse: "L'Appel".

- Le Front franc (Jean Boissel) - organe de presse: "Le Réveil du Peuple".

- Le Feu (Maurice Delaunnay) - organe de presse: "La Tempête".

- Le Groupe Collaboration (Alphonse de Châteaubriant) - organe de presse: "La Gerbe".


Darlan (François) - France
-

(1881-1942) Commandant d'une batterie de canonniers marins pendant le Première Guerre mondiale, François Darlan est nommé en 1926, directeur du cabinet de Georges Leygues, ministre de la Marine. Il s'y consacra déjà à la rénovation de la flotte. En 1934, il reçoit le commandement de l'escadre de l'Atlantique; en 1936, chef d'état-major général de la Marine; en 1938, amiral de la flotte.
En juin 1940, il entre dans le gouvernement de Pétain comme Ministre de la Marine. En décembre 40, à la suite du renvoi de Laval, il est nommé vice-président du Conseil et est considéré comme le dauphin du Maréchal Pétain.
Présent à Alger, en novembre 42, lors du débarquement américain en AFN, Darlan se rallie à la cause alliée après s'y être opposé quelques jours. Il sera assassiné le 24 décembre suivant par le jeune Bonnier de la Chapelle.


Déat (Marcel) - Vichy
-

(1894-1955)
Membre de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), Marcel Déat est élu député de 1926 à 1923 et de 1932 à 1936. Sous l'influence de Henri de Man (socialiste belge, théoricien du "planisme"), il préconise le dirigisme économique de l'Etat. Exclu de la SFIO en 1933, Déat fonde le Parti socialiste de France(*) puis en 1935, l'Union socialiste et républicaine qui participe à la majorité du Front Populaire. Son article "Mourir pour Dantzig?" publié dans "L'Oeuvre" fait de lui le chef des pacifistes de gauche. Le 10 juillet 1940 il vote les pleins pouvoirs à Pétain. En 1941, partisan inconditionnel de la collaboration avec l'occupant allemand, il fonde le RNP (Rassemblement National Populaire). Il collabore également à la fondation de la LVF (Légion des Volontaires Français) contre le bolchevisme. A la Libération, réfugié en Italie, il est condamné à mort par contumace.

(*) ne pas confondre avec le Parti social français créé par le colonel de la Rocque en 1936.


Doriot (Jacques) - Vichy
-

(1898-1945). Député communiste en 1922, Secrétaire général de la Fédération françaises des Jeunesses Communistes en 1923, maire de St-Denis en 1930, Jacques Doriot est exclu du Parti Communiste en 1934 pour avoir pratiqué une politique unitaire avec les socialistes.
En 1936, il fonde le PPF (Parti Populaire Français) d'inspiration nationaliste, fasciste et anticommuniste. Pendant la guerre, Doriot et son parti préconise une politique de collaboration avec l'Allemagne. En septembre 1941, il s'engage dans la LVF (Légion des Volontaires Français) et combat sur le front de l'Est sous l'uniforme allemand. Le 22 février 1945, il est tué dans sa voiture, mitraillée sur une route allemande par un avion.


Flandin (Pierre-Etienne) - France
-

(1889-1958) Pierre-Étienne Flandin occupe le portefeuille des Affaires étran­gères du 14 décembre 1940 au 9 février 1941. En mars 1938, lors de l'Anschluss, il s'opposa à toute intervention en faveur de l'Autriche. Après Munich, il avait adressé à Hitler un télégramme de félicitations, ce qui provoqua, notamment, la scission de son propre parti, l'Alliance démocratique. Pendant la drôle de guerre, il a fait partie du Comité de liaison parlementaire pour la défense de la paix. Il vota les pleins pouvoirs à Pétain. En octobre 1942, il passera en Algérie. Arrêté en décembre 1944, il sera condamné en juillet 1946 à cinq ans de dégradation nationale, peine relevée aussitôt.


Führer - Allemagne nazie
-

Chef suprême, guide et conducteur de la nation.
Le titre fut adopté officiellement par Hitler en août 1934. Le Führer incarne la nation et le peuple et concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Le Führerprinzip fonde le régime nazi: "Hitler ist das Gezetz" (Hitler est la loi).


Gaulle (Charles de) - CDG - France libre
-

A hissé le grade de Connétable bien au dessus de celui de Maréchal, fut il de France.
Le site officiel


Liberté - Résistance (France)
-

Journal et mouvement de résistance des démocrates chrétiens.
"Liberté" fusionnera en 1941 avec le MLN (Mouvement de Libération Nationale) pour devenir le mouvement "Combat".


Montoire - Vichy
-

Charmante localité du Loir et Cher, proche de la vallée de la Loire et de ses châteaux et, en 1940, à la lisière de la ligne de démarcation entre la zone Nord occupée et la zone Sud dite libre.
Le 24 octobre 1940, Pétain y rencontra Aldof Hitler pour une vigoureuse poignée de main et une conversation à bâtons rompus. Quelques jours plus tard, le 30 octobre, Pétain proclama sur les ondes de la radio : "J'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration".


Peyrouton (Marcel) - France
-

(1887-1983) Marcel Peyrouton , ministre de l'Intérieur du 6 septembre 1940 jusqu'à sa démission, au début de février 1941. Il a fait la plus grande partie de sa carrière comme administrateur colonial, occupant des fonctions au gouvernement de l'Algérie, puis celles de résident général à Tunis, en 1933, et de commissaire résident général au Maroc, en mars 1936; en septembre de la même année, il était nommé ambassadeur à Buenos Aires, poste qu'il occupa jusqu'au 28 mai 1940. Le 12 juillet 1940, il était nommé secrétaire général de l' Administration et de la Police. Organisateur des groupes de protection qui arrêtèrent Laval le 13 décembre, il se retirera en Argentine lors du retour en grâce de Laval. Rappelé par Darlan avant son assassinat, Peyrouton arrivera à Alger le 16 janvier 1943 et sera nommé le 19 par Giraud gouverneur général de l' Algérie, à la place de Châtel; il démissionnera le 1er juin 1943 et sera arrêté, ainsi que Flandin et Tixier-Vignancour , en décembre 1943. En décembre 1948, il sera acquitté par la Haute Cour de justice.


Zone - Résistance (France)
-

En zone Nord occupée, les régions étaient désignées par les lettres:
P : région de Paris.
A : région d'Amiens.
B : région de Bordeaux.
C : région de Châlons-sur-Marne.
D : région de Dijon.
M : Région de Le Mans.

En zone Sud, les régions étaient désignées par la lettre R suivie de 1 à 6.
(voir "R")


Zone Non Occupée - ZNO - France
-

Désigne la zone au Sud de la ligne de démarcation. La ZNO est également désignée sous le sigle ZL (Zone Libre).


Zone Occupée - ZO - France
-

Jusqu'en 1942, le territoire français occupé et administré par les Allemands au Nord de la ligne de démarcation. Après l'invasion de la Zone Sud, on dira Zone Nord (ZN)

Dans ce texte :

Le rapport d'Abetz du 8 octobre 1940 de Francis Deleu le lundi 17 mars 2008 à 20h21

Avec l'aimable autorisation de François Delpla, le rapport d'Otto Abetz publié en annexe 1, pages 425 et suivantes, du livre "Montoire", éditions Albin Michel, 1996

****************

Rapport d'Otto Abetz (8 octobre 1940)

Après le remaniement du Cabinet, le Gouvernement Français porte une attention particulière aux problèmes suivants :

I. - La lutte contre les adversaires politiques intérieurs.
II. - Les difficultés économiques.
III. - Les problèmes de politique extérieure soulevés par l'attaque anglaise contre l'Afrique Occidentale Française.

1. - La situation politique intérieure.

Le remaniement du Cabinet a donné au Gouvernement Français une plus grande uniformité et peut être considéré, du côté allemand, comme heureux, exception faite de la retraite de Marquet.

Il ressort des entretiens avec les membres du Cabinet et des renseignements reçus par des informateurs, qu'à l'heure actuelle, le gouvernement français a adopté, à une forte majorité, une attitude anti-parlementaire, anglophobe et antisémite. Quelques ministres, tels que Alibert, Baudouin et Bouthillier font preuve de sympathie envers l'idée d'une restauration ultérieure des Bourbons. Dans la question franco-allemande, la thèse de Laval l'a emporté, thèse disant que la défaite de la France était inévitable et que la seule politique extérieure française possible était la collaboration avec l'Allemagne, même si les conditions de paix fixées par le Reich devaient être très dures. En consé­quence, la lutte contre la propagande en faveur de De Gaulle, propagande qui s'accroît fortement en France occupée et non occupée, correspond à la convic­tion intime de la majorité du Gouvernement français.

Laval espère obtenir, par les procès appelés devant la Cour de Justice de Riom, du matériel de propagande efficace contre l'Angleterre, du fait que les accusés, en première ligne Daladier, seront forcés, en vue de se disculper, de faire des révélations sur les intrigues anglaises et des engagements non observés.

De grandes inquiétudes sont créées au Gouvernement français par l'exécutif étant donné que presque tous les fonctionnaires qui occupent des postes dirigeants et un grand nombre de fonctionnaires subalternes, appartenant en particulier au Quai d'Orsay et au Ministère de l'Intérieur, ne participent qu'extérieurement à la nouvelle tendance, s'ils ne la sabotent pas ouvertement.

L'épreuve de force du Gouvernement sera fournie par l'exécution de ses décrets pris contre le Syndicat marxiste de la C.G. T ., les Sociétés par actions, le Comité des Forges, les loges maçonnique et les ordonnances, en voie de préparation, contre les Juifs et les Assemblées locales.
Le Ministre de l'Intérieur, Peyrouton, m'informa qu'il envisageait la dissolution des Conseils municipaux, des Conseils Généraux et des Conseils d'arrondissement et qu'il se proposait d'interdire comme première mesure contre les Juifs, leur maintien à des postes d'Etat dirigeants, leur activité dans la presse, la radio, le cinéma, le théâtre et l'exercice des professions libérales, dépassant le pourcentage des Juifs par rapport au total de la population. A cet effet, sera considéré comme juif, toute personne ayant plus de deux aïeux juifs, tout comme en Allemagne.
Dans cette action politique intérieure, le Gouvernement Français trouve l'appui le plus large auprès de l'Armée et du Clergé dont la majorité s'oppose cependant à la politique de collaboration franco-allemande, à laquelle tend le gouvernement, et conseille d'adopter une nette attitude d'attentisme.

Inversement, certains éléments de l'opposition, tels que Déat, Flandin. Doriot, Marquet et Faure, ne sont les adversaires du Gouvernement qu'en matière de politique intérieure, alors qu'ils approuvent son programme de politique extérieure.

Le point le plus faible du Gouvernement Français réside dans l'absence d'une liaison organisée avec les grandes masses populaires, liaison qui pourrait remplacer les relations personnelles que les Députés avaient établies en France avec les électeurs de leur circonscription. En conséquence, il faut attribuer une très grande importance à l'organisation des représentations professionnelles et à leurs relations avec le Gouvernement, parce qu'elles seraient à l'origine de l'indifférence, la réserve ou l'opposition que le peuple pourrait manifester plus tard à l'égard du Gouvernement.

II. - La situation économique

L'introduction du rationnement des vivres dont les attributions sont nette­ment insuffisantes, et le chômage qui s'étend de plus en plus, ont pour nous des conséquences très préjudiciables, en ce qui concerne l'état d'esprit, du fait que le manque de vivres et de matières premières est exclusivement imputé aux réquisitions opérées par les autorités d'occupation allemandes.
Les membres du Gouvernement français qui peuvent être considérés comme véritables défenseurs d'une politique de réalisation à l'égard de l'Allemagne, souffrent également de ce recul de l'opinion.

En conséquence, j'ai donné des instructions aux services militaires chargés de la radio, de la presse et de la propagande en France occupée, de faire ressortir encore davantage que jusqu'ici, le contraste franco-anglais et la res­ponsabilité de l'Angleterre relative à la situation économique actuelle en France.

Une grande importance d'ordre psychologique aussi bien que pratique doit être attribuée à l'application, à bref délai, de plus grandes facilités à la ligne de démarcation pour le trafic postal et celui des personnes et des marchandises, car autrement un écroulement économique total deviendrait inévitable. Les moyens de pression nécessaires sur le Gouvernement français pourront être trouvés dans d'autres domaines, notamment en tenant en éveil, de façon systé­matique, une opposition politique intérieure.
Le Ministre du Travail Belin et le Ministre des Finances Bouthillier m'assu­rèrent, à plusieurs reprises, au cours de conversations, que le Gouvernement Français était parfaitement conscient de ce qu'il représentait une nation vain­cue qui devait s'attendre, de la part du vainqueur, aux plus grandes exigences d'ordre économique et financier. L'industrie française, tant de la zone occupée que de la zone non occupée, serait disposée à exécuter des commandes alle­mandes même de produits servant directement à la conduite de la guerre allemande, à la seule condition que les matières premières et les moyens de transport nécessaires soient mis à sa disposition.
Les milieux du Gouvernement et de la production française font également preuve de compréhension sur le fait que les centres de l'industrie lourde fran­çaise qui pourraient produire, un jour, du matériel de guerre contre l'Allema­gne, que les usines chimiques françaises qui utilisent, en partie, des inventions allemandes ravies par le traité de Versailles et que d'autres branches d'industrie qui font concurrence à d'importantes places de production allemandes, seront détruits par la puissance victorieuse ou fortement limités dans leur capacité de production.

Il serait, cependant, nécessaire, ne serait-ce que pour des motifs de propa­gande d'offrir ou au moins de promettre aux Français des compensations dans d'autres branches de production qui appartiennent en propre, depuis toujours, à leur pays, comme par exemple, de favoriser du point de vue commercial la viticulture, la mode et l'industrie de luxe.
Si l'on ne donne pas aux masses des chômeurs qui augmentent de jour en jour par suite de la réquisition des matières premières et des machines, l'espoir d'une occupation ultérieure dans d'autres branches de l'industrie, ils échoueront sans exception dans le communisme. Les mesures qu'a prises l'Etat en vue de procurer du travail sont insuffisantes et mal conçues.

Le plan visant au retour à la terre des ouvriers des villes, plan élaboré par le Gouvernement du Maréchal Pétain, est très théorique et il faudrait des années pour qu'il obtienne un succès pratique. Du point de vue allemand, il n'est sans doute pas désirable que la France devienne, d'un coup, uniquement agricole, parce que, selon les traditions, le contrepoids naturel des tendances chauvinistes réside en France dans le prolétariat, et un retour à la terre, sans exception, du peuple français pourrait avoir pour résultat de fortifier notre voisin de l'Ouest du point de vue biologique.

III. - Plans de guerre du Gouvernement Français contre l'Angleterre

Le Gouvernement Français renouvelle, après Dakar, sa proposition d'entrer ouvertement en état de guerre contre l'Angleterre, aux côtés de l'Allemagne et de l'Italie, tout au moins dans les colonies africaines, ainsi que m'en ont fait part Laval, dès fin juillet, après l'incident d'Oran, et le Ministère des Affaires Etrangères, le 17 septembre. Par ces procédés, le Gouvernement Français espère :

1) Sauver ses plus importantes possessions africaines d'une mainmise anglaise et, le cas échéant, dans une phase ultérieure, également américaine :

2) Obtenir des conditions de paix plus favorables de la part des puissances de l'Axe qui demanderaient à la France, en raison de son assistance efficace par les armes, des cessions de territoires de moindre importance et qui pour­raient lui accorder certaines compensations, en lui abandonnant les territoires coloniaux anglais qu'elle aurait conquis :

3) Améliorer la situation alimentaire et l'approvisionnement en matières premières de la Métropole, étant donné qu'une partie plus importante des exportations des colonies profiterait à la population française :

4) Relever le moral - qui s'est abaissé après la grande défaite de l'été 1940 - du peuple et de la jeunesse française par des victoires par les armes sur l'Angleterre.

5) Créer un dérivatif aux difficultés de politique intérieure et la possibilité de lutter plus énergiquement contre les partisans de De Gaulle qui pourraient être considérés comme traîtres à leur patrie dans le cas où la France se trouve­rait ouvertement en état de guerre avec l'Angleterre.

L'entretien que le Maréchal Pétain a eu, le 22 septembre à Vichy, avec un ressortissant allemand, entretien sur lequel est joint un rapport, confirme ces tendances du Gouvernement Français, comme le font les conversations que j'ai eues à Paris pendant les journées de la lutte pour Dakar, avec le Ministre des Affaires Etrangères Baudoin, le Ministre de l'Intérieur Peyrouton et le Ministre du Travail Belin, ainsi que l'entretien que le maréchal von Brau­chitsch a accordé sur ma demande au général Huntziger à Fontainebleau. Des déclarations analogues ont été faites également par des personnalités dirigean­tes appartenant à des groupes politiques et des professions les plus divers de la France occupée et non occupée, ainsi que par des officiers de marine et aviateurs connus.

Il ne manque évidemment pas de voix et de rapports d'informateurs qui considèrent tant Oran que Dakar et l'anglophobie du Gouvernement Français, soulignés à cette occasion, comme une manœuvre concertée en vue d'obtenir du Reich l'autorisation tendant à un réarmement massif de la marine, de l'armée de l'air et de l'armée coloniale, réarmement dont disposerait le Gou­vernement Français contre le Reich dans le cas d'un changement de situation dans le conflit militaire sur le continent.

L'amitié intime qui lie l'amiral Darlan à l'amiral Musellier, condamné à mort, et celle liant Weygand à De Gaulle, les relations que le ministre Baudoin entretient avec l'ancien ambassadeur d'Angleterre en France et avec des per­sonnes qui touchent de près les Services secrets anglais et américains, le fait que seules des petites unités légères ont été endommagées à Oran alors que les gros croiseurs de bataille modernes Strasbourg et Dunkerque ne subirent aucun dommage, et non pour le moins, le libre passage à Gibraltar, des bâti­ments de guerre français, ont donné lieu à de telles suppositions.

La thèse de la sincérité du Gouvernement Français est défendue par le fait qu'il est forcé de reconnaître que dans le cas d'une paix de compromis entre l'Allemagne et l'Angleterre, les Français seuls en supporteraient les frais, et qu'une victoire de l'Angleterre sur l'Allemagne, même avec l'assistance ouverte des Etats-Unis, ne peut cependant plus être envisagée.

Laval et les ministres mentionnés ci-dessus m'ont demandé, après l'agression anglaise sur Dakar, de m'informer à Berlin s'il était possible d'obtenir une aide armée allemande, notamment par des avions, et de déterminer s'il existe des objections à ce que le Gouvernement Français adresse la même question, à Rome, par l'intermédiaire de membres du gouvernement italien que Laval connaît personnellement.

L'engagement d'unités allemandes ou italiennes aux côtés de formations françaises rendrait plus difficiles, sinon impossibles, les manoeuvres tendant à donner le change que pourraient entreprendre ces dernières formations, et permettrait aux puissances de l'Axe de donner suite, sans aucun risque, aux demandes présentées par la France aux Commissions d'Armistice de Wiesba­den et de Turin, demandes visant à obtenir le réarmement d'unités de la flotte, la libération de groupes de chasse supplémentaires et une liberté des mouvements militaires entre la métropole et les colonies africaines.

La condition préalable pour une action commune contre l'Angleterre en Afrique et une éventuelle déclaration de guerre officielle de la France à l'Angle­terre, serait l'établissement d'une convention, anticipant sur le traité de paix, au sujet de la répartition future des territoires coloniaux africains entre les puissances continentales.

La France s'attend à la perte de Tunis, mais elle se défendrait avec passion contre des cessions territoriales notables au Maroc. La rétrocession du Togo et du Cameroun lui semble évidente, et si on lui promettait, comme compen­sation pour des colonies qu'elle perdrait, une possession anglaise, comme le Nigeria, par exemple, elle pourrait sûrement être gagnée à une action com­mune avec l'Allemagne et l'Italie.

Si des pourparlers devaient être engagés sur cette question, il serait recom­mandable de ménager entre le Maréchal Pétain et le Führer une entrevue pour laquelle Pétain m'a fait demander à nouveau il y a quelques jours de m'entremettre.
Signé: ABETZ.

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