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Journal des années noires

Jean Guéhenno

A côté des livres "savants" qui vous donnent la migraine, il est souvent tonique de reprendre ces ouvrages oubliés où le témoin "raconte", au jour le jour, ce que fut l'évènement. Le témoin sera Jean Guéhenno, écrivain, professeur, inspecteur général de l'Enseignement secondaire, élu à l'Académie française en 1962.
La victoire allemande contraint les Français à se soumettre à l'armistice qu'a sollicité pour eux "le vieil homme qui n'a même plus la voix d'un vieil homme". Jean Guéhenno ressent comme un profond déshonneur l'annonce de cet abandon. En attendant la Libération, il s'agit de survivre dans un pays livré à l'ennemi et gouverné par les tenants d'un Ordre nouveau: la Révolution nationale. Jour après jour, Guéhenno note les "communes misères" d'un Paris occupé: queues, rationnement, arrestations, exécutions... tout le tragique quotidien de cette période noire.

Quelques extraits de la préface:

*** Ce n'est ici qu'un journal de nos communes misères. On n'y trouvera le récit d'aucun événement inconnu. l'explication d'aucune intrigue secrète. Le témoin n'était pas, grâce au Ciel. dans le secret des dieux: Mais on n'y trouvera non plus relatée aucune aventure, aucune souffrance exceptionnelle. Nos maîtres français, si l'on peut dire, ou étrangers. ne lui firent l'honneur d'aucune offense particulière. Aussi bien ne le méritait-il pas. A peine connut-il quelques petits ennuis. Il a vécu durant ces quatre années comme tout le monde, comme il a pu, rongeant son frein dans cet affreux silence qui à tous était imposé. L'un de ses métiers était d'écrire, mais il se taisait. Sa chance était de n'être pas contraint à écrire pour vivre. Il vivait d'un autre métier. Il avait renoncé à toute publication ouverte. (...)

Ce journal n'est fait que de ces gribouillages. Le Français moyen s'y retrouvera - c'est tout ce que le témoin espère; - il y retrouvera sa honte, cette ter­rible honte qui nous dévorait, qui nous fit perdre quelquefois jusqu'au goût de la vie, le sentiment de cette souillure que les traîtres nous avaient infligée, mais aussi peut-être tous les mouvements; tous les cris de sa propre espérance et toutes les raisons d'une nou­velle fierté.
Ce journal, tel qu'on le lira, est sombre, trop sombre. Le manuscrit pourtant est plus sombre encore. J'ai renoncé à en publier bien des pages. J'ai rayé des noms propres. Les plumitifs en mal de mauvaise gloire qu'il m'arriva de rencontrer, si je raconte quelquefois la triste comédie qu'ils se jouaient à eux-mêmes pour se justifier, j'ai cru meilleur le plus souvent de les appeler uniformément Monsieur X ;... Non qu'ils ne soient connus, trop connus. Mais telle est leur vanité que la confusion de ce X... leur sera sans doute suffisamment désagréable. Rien ne peut les humilier davan­tage que de se voir ramenés à une bassesse anonyme et banale. (...) Aussi bien, en dépit de cette mauvaise humeur que je confessais tout à l'heure, regretterais-je que le lecteur attachât trop d'importance à tout ce qui n'est dans ce livre que petite histoire de la République des lettres. La question de la res­ponsabilité des écrivains est complexe. Les hommes de lettres ne sont pas peut-être si importants et c'est leur faire beaucoup d'honneur que d'attribuer à leurs fautes mêmes tant de gravité. (...)

Ce qui surtout assombrit ce journal, et je tiens à en prévenir le lecteur, c'est que je n'y pouvais tout noter. Tel était le temps, telle est la servitude : on n'avait plus même le droit d'avoir ses secrets, De ce journal, si prudent cependant, je cachais les pages à mesure qu'elles étaient écrites, Mais j'avais toujours à craindre que le policier partout présent ne les décou­vrît. Des entreprises de mes camarades et de mes amis, il fallait qu'il ne restât trace nulle part. (...)

J'ai vu naître et grandir les Lettres fran­çaises, les Editions de Minuit. Mais, chers amis, Blan­zat, Duval, Paulhan, Mauriac, Claude Morgan, Eluard. Edith Thomas, bonnement je ne pouvais pas noter dans ce journal ce que vous faisiez., Oh! je ne savais pas tout. Vous ne me disiez pas tout. Il conve­nait d'être discret avec ses amis même. Mais enfin j'en savais assez, de quoi vous faire fusiller, si je l'avais écrit et si on avait découvert mes papiers. J'en savais assez de quoi avoir confiance et espérer, et si j'avais pu dire tout cela, ce livre aurait un autre accent. Le lecteur sentirait mieux que la liberté jamais ne fut morte. La vie muette, couverte, contenue, et pourtant fervente de la France, durant ces années fut merveilleusement rusée. Ce journal donne trop mal l'idée de cette grande ruse qui la sauva. (...)

J'ai pu bien voir en particulier ce que fut, dans ces années, le drame de la jeunesse française. Sur ce point surtout je regrette que le témoignage que consti­tue ce journal soit si insuffisant et si incomplet, Et pour les mêmes raisons que j'ai déjà dites. J'avais trop raison en juin 1940 de craindre que la servitude ne fût pour les jeunes gens une plus grande épreuve encore que la guerre. Le crime de l'ex-maréchal Pétain a été de faire pour tout un peuple du déshonneur une tentation, Il n'est pas pire crime contre l'homme que de le tenter dans sa bassesse et sa lâcheté. Mais surtout il n'est pas pire crime contre de jeunes hommes. Je les ai vus se débattre dans cette honte qui leur était proposée. (...) ***


Francis Deleu.

 

Editeur : Gallimard
Date edition : 1947
Support : livre
Genre : récit ou roman
Période concernée : de 1939 à 1945
Région concernée : Ouest Europe

Proposé par Francis Deleu le vendredi 22 avril 2005 à 20h48

Dernière contribution le samedi 28 novembre 2009 à 00h01

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