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La description du livre

La vie juive à Berlin après 1945 / Laurence Duchaine-Guillon

 

Interview de l'auteur de Daniel Laurent le samedi 05 mai 2012 à 14h02

Daniel Laurent :
Qu’est-ce-qui vous a mis sur la piste de cet échec de Goebbels, Gauleiter de Berlin ?
Laurence Duchaine-Guillon :
Par échec de Goebbels, vous voulez dire que la ville de Berlin n'a jamais été totalement « judenfrei » (c'est-à-dire littéralement « libérée de Juifs » selon la terminologie national-socialiste), comme Goebbels l'avait annoncé au printemps 1943. Au contraire, il y avait encore des survivants juifs qui ont continué à se cacher jusqu'en mai 1945 au coeur même de la capitale du IIIe Reich. Le sort de ces personnes qui ont réussi à survivre dans la clandestinité, les « sous-marins » comme on les appelle parfois, est à la fois peu connu et fascinant. J'ai été mise sur la voie de ce phénomène par l'intermédiaire de biographies comme celle de Hans Rosenthal, future vedette de la télévision ouest-allemande, qui a survécu caché dans des jardins ouvriers de Berlin avec la connivence de leurs propriétaires. Je me suis rapidement aperçue qu'il n'était pas le seul à avoir survécu ainsi, grâce à la protection de personnes « aryennes », que l'on peut considérer comme des « Justes » à l'instar de la comtesse de Maltzan. A cet égard, l'ouvrage le plus complet qui existe est sans doute celui de Leonard Gross, Versteckt (« Cachés », trad. de l'anglais Forbidden) publié en 1984, qui présente les biographies de quelques survivants illégaux ayant réussi à défier le système d'extermination nazie. A la lecture de ce livre, on prend conscience à quel point ils vivaient « en sursis » avec le risque constant d'être démasqués par la Gestapo. Ce qui frappe ensuite, lors de la phase de reconstruction de la communauté juive, c'est le manque de reconnaissance, on peut dire même parfois la condescendance avec laquelle ils ont été traités, car on ne pouvait les considérer ni comme des héros, ni comme des résistants : ils étaient simplement restés « cachés là bêtement », comme le dit le fils d'un de ces survivants, ce qui n'avait apparemment rien d'extraordinaire.

DL : Apres tout, cette histoire des quelques survivants de Berlin peut être considérée comme anecdotique. De quoi en faire un livre ?
LDG : Peut-être est-ce anecdotique, mais ce sont tout de même eux qui ont constitué la base de la communauté juive d'après-guerre, communauté qui redevient aujourd'hui une des plus grandes d'Europe suite à l'immigration en provenance d'ex-URSS. Or, ce sont bien eux qui ont édifié les fondations de cette communauté, dans les conditions les plus difficiles que l'on puisse imaginer, comme je le montre dans mon livre. D'autre part, il suffit de voir l'attention portée à la communauté juive allemande aujourd'hui pour se rendre compte de son importance, sans doute pas tant sur le plan numérique que sur le plan symbolique. Donc, non, on ne se situe résolument pas au niveau de la simple anecdote. D'autre part, ces quelques « rescapés » sont porteurs d'un message fort : celui que la vie est possible envers et contre tout – selon la magnifique formule de Leo Baeck du « ewiges Dennoch » (l'éternel pourtant), et que même en Allemagne, sur cette terre imprégnée du sang des victimes, comme le disent de nombreux témoignages, la vie juive pouvait se réimplanter durablement.

DL : Je n’ai pas trouve, peut-être à tort, de traces de l’antisémitisme stalinien dans votre livre sauf une vague mention a la page 424. Ai-je raté une marche ?
LDG :
Peut-être le terme « antisémitisme stalinien » n'apparaît-il pas en tant que tel, mais il est bien présent dans mes développements sur le traitement de la population juive dans le secteur d'occupation soviétique de Berlin (p. 102-104). La réponse apportée par la SMAD, l'administration militaire soviétique en Allemagne, au problème des personnes déplacées en est un bon exemple : à l'Est, il n'y a jamais eu de camps pour personnes déplacées et lorsqu'en 1946, on a voulu les regrouper, elles ont tout de suite craint une possible déportation et ont fui à l'Ouest. Il faut bien sûr évoquer également les cas de personnes juives inquiétées par les autorités soviétiques (souvent même en dépit de leurs convictions profondément communistes) pour leur engagement dans la communauté juive, considéré comme une activité « sioniste » donc hautement répréhensible, ou pour leurs contacts avec l'Ouest (notamment l'organisation d'aide humanitaire « Joint »), qui leur valaient d'être considérés comme des agents impérialistes. J'évoque notamment le cas de Fritz Katten et Erich Nelhans ; il y en aurait bien d'autres, comme l'a rappelé une exposition consacrée à ces victimes de l'antisémitisme stalinien en RDA en 2008 au Centrum Judaicum de Berlin, coordonnée par Andreas Weigelt et Hermann Simon (Zwischen Bleiben und Gehen). Enfin, bien entendu, « l'année noire » 1953 ne saurait être expliquée autrement. Page 108 : « La toile de fond des événements de 1953 est constituée par une vague d'antisémitisme qui sévit dans le Bloc soviétique ». Deux événements principaux auront des retentissements dans la communauté juive : le procès Slansky à Prague, à la fin de l'année 1952, dont la RDA va tirer un certain nombre de « leçons », comprenons de mesures répressives à l'encontre de la population juive sur son propre territoire, et le « complot des blouses blanches » en URSS en janvier 1953 qui précipite la décision des dirigeants des communautés juives de RDA de s'enfuir à l'Ouest, tant elles craignent de nouvelles persécutions. C'est d'ailleurs ce qui explique la scission de la communauté juive de Berlin en deux entités distinctes. Ces dérives sont bien entendu liées à l'antisémitisme stalinien, puisqu'immédiatement après la mort de Staline, le climat s'apaise. Par ailleurs, il faut souligner que la RDA était sans doute un cas un peu à part dans le bloc de l'Est : l'antisémitisme n'y a sans doute jamais été si virulent que dans d'autres pays précisément en raison de son passé national-socialiste.

DL : Vers quels travaux historiques vous orientez-vous actuellement ?
LDG :
Je dirais que, pour le moment, je continue à exploiter la manne d'informations que j'ai été amenée à brasser dans le cadre de cette thèse. Bien souvent, je n'ai fait que soulever des problèmes très généraux qui mériteraient d'être regardés à la loupe. Ainsi lorsque je réalise une sorte de typologie des artistes et intellectuels ayant contribué au rayonnement culturel de Berlin (Est et Ouest) : il va de soi que dans mon travail, je n'ai pu aborder leur oeuvre que « par la bande » et que l'on pourrait se pencher sur leur travail de manière infiniment plus détaillée. J'ai ainsi réalisé des recherches plus approfondies sur le photographe Abraham Pisarek, qui n'a pas seulement documenté l'histoire de la communauté juive de Berlin sous le national-socialisme, mais également après 1945, tout comme il a immortalisé des instants-clés de la vie politique sous la Guerre froide (la photo de la légendaire poignée de main entre Otto Grotewohl et Wilhelm Pieck, scellant l'union « forcée » du SED est de lui). J'ai également travaillé sur l'historien Joseph Wulf, dont les travaux sur l'histoire de la Shoah avaient été quelque peu dénigrés de son temps, pour le comparer à Helmut Eschwege, historien de RDA, dont les travaux ont d'une certaine manière été aussi victimes du contexte politique de la Guerre froide. A côté de quelques travaux sur les relations interallemandes et en particulier l'approche de « l'histoire intégrée », je commence également à m'intéresser de plus près à l'histoire de la communauté juive française, pour en venir à une comparaison franco-allemande. Par exemple, je travaille actuellement sur le rôle de Paris et de Berlin dans l'imaginaire des Juifs français et allemands, ainsi que sur les défis posés par l'immigration juive en France et en Allemagne.

*** / ***

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1 Pour enquiquiner Francis de Daniel Laurent 05 mai 2012 14h17

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