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Silences meurtriers - Survivre - Tous coupables ? / Marc-André Charguéraud

 

Un curé champion américain de l’antisémitisme - 1934-1942 de Francis Deleu le lundi 12 mars 2012 à 19h39

L’article que Marc-André Charguéraud nous confie ce mois-ci est extrait de « 50 idées reçues sur la Shoah » un livre qui paraîtra au mois d’avril prochain.
**********
Un curé champion américain de l’antisémitisme - 1934-1942.

3.500.000 auditeurs suivent ses diatribes hebdomadaires.
En 1926 le père Charles Coughlin prend en charge l’Eglise de Little Flower, aux environs de Chicago. A peine quelques dizaines de fidèles la fréquentent. Le petit curé de banlieue va connaître une ascension fulgurante jusqu'à devenir un des principaux démagogues américains du vingtième siècle. En 1933, 55% des personnes interrogées par une enquête le nomment « le citoyen le plus utile politiquement aux Etats Unis ».[1] Il réussit seul, avec ses propres moyens, sans le moindre soutien d’une organisation établie, qu’elle soit religieuse, politique ou sociale.

Diffusés d’abord sur une radio locale, ses sermons sont repris en 1930 par la CBS, la plus importante chaîne américaine qui couvre tout le pays. [2] On estime alors que ses émissions touchent 40 millions d’Américains. Pour son biographe John Spivak, « seul le Président (Roosevelt) a une audience plus importante. Mais le Président ne parle que dans certaines occasions, le prêtre (Coughlin) tous les dimanches ». [3] Publié en 1932, Golden Hour of the Little Flower, un recueil de ses sermons se vend à près d’un million d’exemplaires. En 1933, plus de vingt mille personnes se pressent pour l’écouter à l’hippodrome de New York. [4] L’année suivante Coughlin lance un hebdomadaire Justice sociale qui tire jusqu’à un million d’exemplaires. 2 000 églises participent à sa diffusion. Ce succès et cette popularité n’ont pas faibli jusqu’au début de la guerre malgré ses prises de positions violentes, imprévisibles et radicales. Elles ont dû perturber nombre de ses admirateurs et son public a dû se renouveler.

Au début des années trente ses sermons religieux se transforment en discours politiques. Coughlin évoquait le péché, le salut, le Royaume de Dieu, il ne parle plus que de morale, de justice et d’égalité. Il entre dans l’arène politique en soutenant vigoureusement Roosevelt pendant la campagne présidentielle de 1932. Il utilise des formules choc qui seront souvent reprises telles que « Roosevelt ou la ruine », « Le Nouveau pacte, c’est le pacte du Christ ». [5] En janvier 1934, il témoigne devant le Congrès : « Si le Congrès ne soutient pas le programme monétaire du Président, je prédis une révolution dans ce pays qui rendra la Révolution française ridicule ». Il conclut : « Dieu tout puissant guide Roosevelt ».[6]

Fin 1934, volte face de Coughlin. Il voue aux gémonies celui qu’il a adulé. Le 11 novembre il crée l'Union nationale pour la justice sociale (UNJS) et attaque Roosevelt qu’il traite, sans la moindre vergogne de « grand menteur et de traître ».[7] Le programme de l’UNJS se démarque radicalement de celui du New Deal de Roosevelt. Il demande entre autre la nationalisation des principales industries et des chemins de fer, une redistribution de la fortune par la taxation des riches, une protection fédérale des syndicats ouvriers, une diminution du droit de propriété afin que le gouvernement contrôle pour le « bien du public » les actifs de la nation.[8]

Cette politique radicale de Coughlin est vivement critiquée par d’importants membres de la hiérarchie catholique. Des pressions s’exercent sur l’évêque de Détroit Michael Gallagher, seul habilité à intervenir. Il s’y refuse, déclarant : « Je soutiens fermement ce prêtre jusqu'à ce qu’un supérieur hiérarchique en décide autrement ». La popularité de Coughlin a joué ici un rôle décisif. En 1937, Edward Cardinal Mooney qui vient de succéder à Gallagher tente de diminuer les activités de Coughlin, mais le Vatican intervient en sa faveur.[9]

Dans un article de Justice Sociale Coughlin résume sa politique : « J’ai consacré ma vie à combattre contre le capitalisme moderne, pourri et criminel, car il vole les travailleurs des biens de ce Monde. Mais coup pour coup j’attaque le communisme, car il nous vole le bonheur du Monde futur ».[10] Sa déclaration est paradoxale. Son programme est anticapitaliste, nettement communisant et il se contredit en condamnant le communisme.
Cette antinomie résulte de son antisémitisme. Jusqu’à présent discret, il devient un de ses thèmes favoris. Il estime que les banquiers juifs ont soutenu la Révolution russe. Il écrit : « Il n’y a aucun doute que la Révolution russe (...) a été fomentée et organisée par une influence distinctement juive ». [11] Coughlin brandit sans cesse la "menace mondiale judéo-bolchevique", prétendant que l'ensemble des dirigeants soviétiques, y compris Lénine et Staline, était juif. Il s’en prend aux financiers internationaux juifs qui maintiennent les Américains dans les affres de la crise. En 1935 il dénonce l’influence néfaste des « Tugwells, Frankfurters et le reste des Juifs » qui entourent le président. Dans neuf articles intitulés « Suis-je un antisémite ? » il désigne les Juifs comme étant « une minorité puissante dans son influence, une minorité dotée d’agressivité » empêchant de façon permanente la restauration des idéaux américains.

Des voix de politiciens au plus haut niveau blâment l’attitude de Coughlin. Dans un discours du 18 février 1936, John O’Connor déclare : « Il fait honte à tout décent catholique en Amérique (...) Je ne connais pas un seul prêtre de l’Eglise catholique à une exception près (l’évêque Gallagher de Détroit) qui approuve sa désacralisation de l’habit (ecclésiastique) par son intrusion en politique ».[12]

Coughlin franchit une étape dans sa phobie d’une conspiration juive mondiale en publiant dans son magazine Justice Sociale sous forme de série les Protocoles des sages de Sion. Un faux document tsariste qui se présente comme le compte-rendu d'une conférence de dirigeants juifs complotant pour prendre le contrôle du monde. Les Protocoles ont été largement utilisés par la propagande nazie, mais dénoncés par les Alliés. Coughlin faisait-il mine de croire à leur authenticité, car elle justifie sa politique, ou s’en sert-il comme d’un outil de désinformation ?[13]

Sa croisade anticommuniste conduit Coughlin à appeler le 23 mai 1938 dans Justice sociale » à la constitution d’un Front chrétien unifié. Il est ouvert à d’autres formations tel que l’American Bund ( pro-nazi ). Dans ses rallyes le Front demande « la liquidation des Juifs d’Amérique ». [14] Le curé n’en garde pas moins une popularité exceptionnelle. Un sondage d'opinion réalisé en 1938 montre que 25 pour cent des sondés soutiennent tout ou partie de ses idées.[15]

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, la Nuit de cristal, un pogrom gigantesque organisé par les nazis met en émoi la population des démocraties occidentales. [16] Alors que la compassion s’impose, Coughlin se déchaîne dix jours plus tard. Il se lance dans une diatribe antisémite. Il minimise la barbarie nazie, blâme les Juifs pour avoir imposé le communisme en Russie et note que les Allemands estiment à juste titre que les Juifs sont responsables des souffrances sociales et économiques dont leur pays a souffert sans discontinuité depuis le traité de Versailles.[17] Le 18 décembre 1938, 2000 partisans de Coughlin défilent à New York pour protester contre des changements des conditions d’asile qui permettent l’entrée aux Etats-Unis d’un plus grand nombre de Juifs. Ils chantent : « Renvoyez les Juifs d’où ils viennent dans des bateaux pourris ». En décembre 1938 il reste toujours aussi actif. 45 stations de radio transmettent ses sermons hebdomadaires à des millions d’auditeurs. Il reçoit en moyenne 80 000 lettres par semaine.[18]

Le 30 janvier 1939 Coughlin déclare : « Est-ce-que le monde entier doit aller à la guerre pour 600 000 Juifs allemands ? » En mars 1942, dans un article de Justice sociale, il va plus loin encore en accusant les Juifs d’avoir déclenché la guerre. Entre 1940 et 1942, il publie 102 articles antisémites. [19] Toujours aussi provocateur, il écrit le 8 décembre 1939 « de nombreuses personnes se demandent ce qu’ils doivent craindre le plus, la combinaison Roosevelt-Churchill ou celle de Hitler et de Mussolini ».[20]

Le gouvernement décide alors d’intervenir. Il rend difficile l’accès aux radios, malgré le Premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté de parole. Puis l’administration révoque la possibilité d’utiliser la Poste pour envoyer Justice sociale. Après l’attaque de Pearl Harbour et la déclaration de guerre en décembre 1941, il est considéré comme sympathisant avec l’ennemi. Roosevelt envoie un de ses conseillers demander au cardinal Mooney d’intervenir pour que cessent ses menées subversives. Mooney informe Coughlin que s’il ne met pas fin à ses activités non religieuses, il sera suspendu comme prêtre. Coughlin obtempère et met fin à sa carrière publique en avril 1942.[21]

Il est plus que temps car comme John Cogley, l’éditeur du Chicago Catholic Worker, l’écrit dans une lettre du 22 mai 1939 à Coughlin : « D’une certaine manière vous (êtes) la plus puissante voix catholique aux Etats-Unis (...)Vos opinions captivent des millions mais consternent encore plus de millions. »[22]

On peut s’étonner que les positions extrêmes de Coughlin aient pu séduire des millions d’Américains, même après le début de la guerre. Elles reflètent un antisémitisme fortement implanté dans l’esprit de trop nombreux Américains. Une enquête d’opinion de novembre 1942 en est l’illustration. La question : « Quels sont les groupes que vous ne voudriez pas voir arriver dans votre voisinage ? » La réponse : les Nègres 72%, les Juifs 42%.[23]


[1] Maryland State Archives

[2] CBS : Columbia Broadcasting System

[3] SPIVAK John, A Man in His Time, 1967.

[4] Maryland State Archives.

[5] Nouveau pacte, le New Deal, nom donné à la nouvelle politique économique proposée par Roosevelt.

[6] WASHNIGTON POST, 17 janvier 1934, p. 1 et 2.

[7] UNITED STATES HOLOCAUST MEMORIAL MUSEUM, WASHINGTON, D.C. Traduction Mémorial de la Shoah, Paris, France.

[8] Le 6 avril 1936 Coughlin écrit « les classes laborieuses et agricoles d'Amérique sont contraintes de travailler pour moins d'un salaire de subsistance tandis que les propriétaires de l'industrie proclament sans vergogne que leurs profits sont en hausse."

[9] DINNERSTEIN Leonard, Anti-Semitism in America, Oxford University Press, New York, 1994, p. 115.

[10] KAZIN Michael, The Populist Persuasion. An American History, Basic Books, a division of HarperColliers, New York, 1995, p. 109.

[11] 27 novembre 1938.

[12] BRINKLEY, Alan. Voices of Protest: Huey Long, Father Coughlin, and the Great Depression. Knopf Publishing Group, New York, 1982.

[13] En novembre 1938, l’hebdomadaire The New Republic l’accuse d’être « cyniquement conscient de diffuser des mensonges. » Il ajoute qu’il n’y avait « pas de différences éditoriales entre les hebdomadaires nazis et Social Justice de Coughlin.

[14] DINNERSTEIN, op. cit. p. 120 et 121.
[15] IBID. p. 131.

[16] En quelques heures 190 synagogues sont démolies, incendiées pour la plupart, 7.000 magasins et entreprises juives sont détruits, 30.000 Juifs seront arrêtés et internés.

[17] DINNERSTEIN, op.cit. p. 116.
[18 ]IBID. p. 118.

[19] TULL, Charles, Father Coughlin and the New Deal, University Press, Syracuse, 1965, p. 233.

[20] BRINKLEY, op. cit.

[21] FOGARTY Gerald, The Vatican and the American Hierarchy from 1870 to 1965, Anton Hiersemann, Stuggart, 1982, p. 278

[22] BRINKLEY, op. cit.


Copyrigth Marc-André Charguéraud. Genève. 2012. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source : « 50 idées reçues sur la Shoah »
Labor et Fides, avril 2012

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