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Le Défi de la neutralité / Georges-André Chevallaz

 

La réception du mouvement national de Christian Favre le mercredi 18 août 2010 à 12h15

p.56

Que le Président de la Confédération reçoive trois délégués du Mouvement, Max Leo Keller, Ernest Hoffmann, escortés, en caution intellectuelle et morale, du poète réputé Jakob Schaffner, autrefois sympathisant communiste, converti dès 1936 au lyrisme national-socialiste, pouvait être à juste titre jugé insolite et déplacé, d’autant que Pilet reverrait encore séparément, quelques jours plus tard, Max Leo Keller. Ces gens, le poète Schaffner en particulier, cherchaient depuis longtemps le contact. Le chef du Département politique s’était d’abord refusé à accorder cette audience, et n’avait cédé qu’aux interventions de son collègue Wetter, après en avoir informé le Conseil fédéral. Que pouvait-on attendre d’une telle entrevue ? Sur le plan des relations germano-suisses, la situation était tendue. Carl Burckhardt avait fait savoir à Etter par l’intermédiaire de Gonzague de Reynold que l’Allemagne entendait intervenir dans les affaires intérieures de la Suisse. Au début de septembre, Etter avait fait connaître à la commission de la presse politique la vive irritation de l’Allemagne à propos du survol de la Suisse par l’aviation britannique. Il fallait s’attendre à des développements dramatiques d’un instant à l’autre. D’où l’utilité du contact, au moins d’information, que le procureur général de la Confédération recommandait d’ailleurs. Les frontistes escomptaient sans doute de la rencontre une sorte de légitimation tant en Suisse qu’auprès des dirigeants nazis. Ils se hâtèrent de publier un communiqué, sans que les termes en eussent été convenus avec le Président de la Confédération. Ils avaient, disaient-ils, exposé leur programme politique et social, et l’entretien, ajoutaient-ils, seraient un premier pas vers la détente des conditions politiques helvétiques, Schaffner, s’en prévalut vainement pour obtenir une audience auprès du Führer. N’inspirant qu’une confiance limitée au Secrétaire d’Etat von Weizsäcker, Keller, dont l’imagination était fertile, et la véracité douteuse, rencontra par contre Rudolf Hess et prétendit jouer les intermédiaires entre les gouvernements des deux pays. Il ne trouva pas plus créance auprès du suppléant du Führer qu’il n’en avait eu auprès de Pilet.
Qu’elle avait été l’intention du Président de la Confédération en recevant la délégation ? Pilet s’en expliquera, entre autres, dans la lettre du 22 décembre 1950 destinée à Pierre Béguin et que Edgar Bonjour. « La réception des frontistes ? Remarquez que c’étaient des Suisses et que, depuis lors, on en a reçu beaucoup de plus dangereux…J’ai refusé à plusieurs reprises de les recevoir. J’aurais préféré de beaucoup m’abstenir. Mais tel n’était pas l’avis de certains de mes collègues…La situation était très tendue, non seulement avec l’Allemagne mais avec l’Italie…(survols nocturnes presque quotidiens d’avions anglais). Nous avons couru alors un très grave danger…C’était à l’époque où des personnalités considérables m’invitaient constamment « à rompre les relations diplomatiques avec l’Angleterre ». Rien que cela. Il n’en était, bien entendu, pas question pour moi. Bref, après avoir consulté le Conseil fédéral, j’ai convoqué ces trois frontistes, en quelque sorte à mon corps défendant. Aurais-je dû les recevoir en présence d’un tiers ? On l’a dit. A tort selon moi. Le seul intérêt de leur audience était de savoir « ce qu’ils avaient dans le ventre ». Il fallait, pour le connaître, les laisser parler librement…Immédiatement après, j’ai fait rapport au Conseil fédéral. En fait, ils m’ont paru inoffensif, sauf un (certainement Keller) qui, depuis lors, fut condamné pour trahison par le Tribunal fédéral et que seul me parut dangereux. »
Pourquoi Pilet ne s’en est-il pas expliqué publiquement à l’époque ? Il poursuit : « Lorsque l’émoi que vous savez s’est emparé du pays, il m’eût été facile de m’expliquer. Mais j’aurais aggravé ainsi mes rapports avec l’Axe, déjà si critiques. Devant les commissions, en secret ? D’une part, puisque secret, cela n’aurait pas servi à grand-chose, d’autre part j’avais appris que le secret n’en est pas un. (D’autres Conseillers fédéraux en feront après lui l’expérience.) Dès que j’avais parlé, certains commissaires s’empressaient de renseigner- en travestissant-les légations d’Allemagne ou d’Angleterre. C’était au point que parfois j’exposais au ministre de Grande-Bretagne, avec lequel j’entretenais les relations les plus confiantes, ce que j’allais dire aux commissions et pourquoi afin que son gouvernement ne soit pas informé, de seconde main et tendancieusement, sur notre attitude véritable. Grâce à Dieu, nous étions liés d’amitié et je pouvais causer avec lui en toute franchise et en toute sécurité…
C’était donc les incitations qu’il avait reçues, l’utilité de s’informer, qui avaient amené Pilet à recevoir la délégation. Ce n’était pas une complaisance quelconque pour le mouvement qui serait d’ailleurs, deux mois plus tard, interdit par le Conseil fédéral. Pilet n’envisageait pas davantage qui puissent, par le truchement des activistes, s’établir des relations plus détendues avec le IIIè Reich. La « mission » qu’il aurait confiée à ce propos à max Leo Keller – qu’il eut le tort de revoir encore une fois chez lui, sans doute sur l’insistance de l’intéressé – paraît tout à fait invraisemblable même sir le Tribunal fédéral, dans le procès intenté à Keller en 1948 devait accorder sur certains points plus d’attention aux assertions de l’inculpé- qu’il condamnera d’ailleurs – qu’à la déposition de l’ancien Président de la Confédération. Tout d’abord Pilet était assez intelligent et assez prudent pour ne pas confier au premier émissaire venu une mission quasi diplomatique, à plus forte raison si ce premier venu étai le fondateur d’une formation politique dont la loyauté était pour le moins douteuse, ce que prouverait à l’évidence la carrière du personnage et sa condamnation ultérieure. Que Keller se soit prévalu de la rencontre avec Pilet pour se faire valoir auprès de dirigeants nazis et se dire chargé d’une démarche officieuse n’étonne pas de ce personnage que Pilet refusera de rencontrer à son retour d’Allemagne et qui ne lui rendra jamais compte de la mission dont il était le prétendument chargé.
Le président de la Confédération revendique son droit-contestable- de recevoir qui bon lui semble et « même le diable » s’il le juge bon. Sa justification était à la fois de s’informer et d’inciter le Mouvement National à respecter la légalité démocratique. Il n’était nullement question pour lui de donner des gages au Nouvel ordre européen ou à un Anschluss quelconques. S’il l’avait fait, les trois compères auraient donné une toute autre tournure à leur communiqué en célébration de leur victoire



Notons aussi que Pilet-Golaz a tout fait pour que les voix de Salis et de Payot puissent s'exprimer à la radio, contrairement aux voeux des Allemands.

Notons aussi son engagement en faveur des Juifs de Hongrie, même si malheureusement on ne dispose encore que peu d'informations à ce sujet

[…] M. Pilet-Golaz, chef du Département politique pendant la Seconde guerre mondiale, qui a été si vivement calomnié, vaut mieux que sa réputation. A sa manière, il a contribué à conduire le pays indemne au travers des dangers, mais lorsque le danger fut écarté, il a servi de bouc émissaire à beaucoup de gens qui, eux-mêmes, avaient été bien prudents envers Hitler et Mussolini.
Jean-R. de Salis "La Suisse diverse et paradoxale"
Le professeur de Salis a enseigné l'histoire à l'Ecole polytechnique de Zurich

[…]Lui qui avait été jusqu'à accepter de s'entretenir confidentiellement avec des frontistes indiscrets, tenait maintenant à distance, en se donnant l'air d'un homme supérieur et inapprochable, ceux qui désiraient lui faire part de leurs critiques. Il prenait plaisir à s'entendre appeler « l'énigmatique ». Ses collègues, des parlementaires et des journalistes se plaignaient toujours plus du secret dont il s'entourait, disant qu'il n'avait pas de contact avec eux et qu'il éludait autant que possible leurs questions. Même lorsqu'il était en mesure de faire part d'un succès personnel, comme dans le cas de son intervention de l'été 1944 en faveur des juifs en Hongrie, il ne tenait pas pour nécessaire d'en parler. C'est en vain que le président de la commission des affaires étrangères lui recommanda de rechercher un contact plus étroit avec le peuple et ses mandataires ". Pilet ne donnait aucune suite.

Edgar Bonjour Histoire de la neutralité suisse pendant la seconde guerre vol. V p. 432

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lue 3116 fois et validée par LDG
 
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1 Vous ne répondez pas à mes questions de Nicolas Bernard 18 août 2010 12h47
2 Je l'ai dit de Christian Favre 18 août 2010 17h46
3 Lien vers votre livre de Nicolas Bernard 18 août 2010 18h18
4 Merci quand même pour la remarque et le lien de Christian Favre 05 sept. 2010 08h06
2 A propos de la rencontre des Frontistes avec Pilet de Christian Rossé 21 août 2010 00h52

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