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La Suisse et la guerre 1933 - 1945 / Werner Rings

En réponse à
-1Le rapport du Rütli partie 1/2 de Christian Favre

Le rapport du Rütli; partie 2/2 de Christian Favre le samedi 02 août 2008 à 07h49

Une période d'indécision

Malgré cette concentration d'événements dramatiques, de nouvelles surprises demeuraient possibles.
En juillet et août, 220000 hommes furent démobilisés. C'était plus de la moitié de l'armée. Le Général avait commencé par s'opposer à la démobilisation, mais avait fini par céder.
A la mi-septembre, à peine six semaines après le rapport du Rütli, il rédigea une lettre qui ne fut rendue publique qu'en 1970 par Edgar Bonjour. Elle était destinée au conseiller fédéral Minger et portait la mention «personnelle, secrète». Elle contenait des recommandations qui évoquaient une sorte de «politique d'adaptation».
Le Général se référait à des lettres qu'il avait reçues et à des conversations qu'il avait eues récemment avec diverses personnalités suisses, ainsi qu'au conflit diplomatique provoqué par les combats aériens de juin, un conflit qui semble l'avoir fortement impressionné. Les victoires allemandes et l'établissement d'une hégémonie des puissances de l'Axe en Europe, considérait-il, ont causé un changement d'équilibre qui implique, singulièrement pour la Suisse, une situation entièrement nouvelle, créant des obligations diplomatiques nouvelles.
La diplomatie suisse, en particulier à Berlin, ne s'est pas montrée à la hauteur des circonstances. Il faudrait par conséquent envisager l'envoi, en mission spéciale, d'un homme nouveau à Berlin. Cet homme pourrait être le professeur Carl J. Burckhardt, qui serait en mesure d'apprécier ce qu'il peut y avoir de bon, d'utile, d'important et de neuf dans l'esprit du Troisième Reich. Cette mis¬sion, pensait le Général, pourrait donner au Troisième Reich l'impression qu'il y a quelque chose de nouveau en Suisse, qu'elle accomplit, à l'aube d'une ère nouvelle, un geste tout ensemble symbolique et réel».
Le Général jugeait que le professeur Burckhardt pourrait avoir aussi pour tâche de s'occuper du développement des échanges culturels, artistiques et touristiques entre les deux pays. Il devrait surtout chercher à apaiser la lutte incessante et souvent envenimée dans le domaine de la presse et à en¬courager la collaboration culturelle.
Le Général soulevait la question de savoir dans quelle mesure cette mission devrait être «camouflée» et laissait à son ami Minger le soin de juger jusqu'à quel point il y aurait lieu de donner suite à ses suggestions.
Le Général faiblissait-il aussi? Avait-il succombé sous le poids du souci que lui causait l'affaire des documents secrets découverts à La Charité-sur-Loire? Ou agissait-il sous l'influence de milieux germanophiles?
Déjà six mois plus tôt, l'idée d'envoyer le professeur Burckhardt à Berlin pour y traiter des questions concernant la presse avait été évoquée dans la commission mixte de politique en matière de presse. La commission avait décidé de mettre en garde contre un pareil projet tant le Conseil fédéral que le Général, et même Burckhardt.
Cette fois-ci, le Conseil fédéral tint bon.
Le conseiller fédéral Minger ne transmit pas la lettre; il la classa. Le président de la Confédération, auquel un autre militaire de haut grade, le colonel commandant de corps Ulrich Wi11e, recommandait également l'envoi de Burck¬hardt en mission spéciale, se garda bien d'engager le pays dans la voie qui avait causé à l'Autriche et à la Tchécoslovaquie la perte de leur indépendance.
Et la presse, ce rempart de la résistance, semblait sombrer dans un grave état d'indécision, nonobstant le rapport du Rütli.
De plus en plus souvent, des journaux ouvraient leurs colonnes à des informations et des commentaires qui trahis¬saient nettement leur origine allemande ou italienne. Une étude de cette époque portant sur le contenu de dix numéros consécutifs de la Neue Zürcher Zeitung, des Basler Nachrichten et de la National¬Zeitung révéla que 70 pour cent des nouvelles politiques et militaires provenaient de sources contrôlées par les puissances de l'Axe.
La presse commençait à parler souvent d'alignement, de reconstitution de l'Europe, de la nécessité de rompre avec le passé, de sortir des chemins battus, ou à avancer l'idée, tout aussi vague, de la nécessité de penser aux bases nouvelles et futures de la vie en Europe. Lorsque Hitler invita la Grande-Bretagne à déposer les armes, des journaux suisses réputés exprimèrent l'avis que l'offre hitlérienne était la dernière grande chance d'épargner de nouvelles effusions de sang à l'Europe et au monde.
Les mesures prises en France par le maréchal Pétain sous la pression allemande étaient considérées comme le signe d'une renaissance morale.
L'Agence télégraphique suisse et la radio s'empressèrent de contester la dignité de général au chef de la Résistance française, le général de Gaulle. Mais la grande confusion qui régnait n'était pas seulement le fruit de la manière nette ou ambiguë dont s'exprimaient les journaux. Elle résultait aussi de la juxtaposition et de l'enchevêtrement constant d'opinions et de points de vues divergents, voire de contradictions flagrantes. La même presse qui remâchait certaines assertions allemandes subit précisément en ces jours le baptême du feu. Comme nous l'exposerons dans le chapitre suivant, elle se révéla un bastion imprenable de la résistance.
En d'autres termes, nous dirons que la Suisse restait diverse, même lorsque les esprits étaient déprimés ou, au contraire, résolus. Le Conseil fédéral et le Général, la presse, le peuple et l'armée passaient tous par des phases de courage et de faiblesse. Tout était en mouvement, l'importance prêtée aux choses changeait d'un jour à l'autre, parfois d'une heure à l'autre. Les plateaux de la balance pouvaient pencher d'un côté ou de l'autre, mais, pour le moment, ils demeuraient le plus souvent en équilibre instable.


Des chefs frontistes au palais fédéral


Au début de septembre, le Conseil fédéral battit tous les records de la docilité envers le pays voisin. Il donna suite dans les 24 heures à une demande de l'Allemagne en ordonnant à tous les émetteurs de la radio suisse d'arrêter complètement leurs émissions à 22 heures pour que les aviateurs anglais s'orientent plus difficilement.
Le même jour, le ministre d'Allemagne à Berne télégraphiait à Berlin que le président de la Confédération lui avait déclaré spontanément que la Suisse se trouvait sur le chemin du renouvellement intérieur et désirait s'aligner sur le nouvel ordre européen; il avait aussi eu, était-il dit, un mot aimable pour ce qu'accomplissait le Troisième Reich. Le ministre ajoutait: «Je retire de l'entretien le sentiment qu'on est plus disposé à collaborer avec nous, non seulement sur le plan économique, mais aussi dans le domaine politique.»
Ici aussi, il y avait des contradictions. Le même Conseil fédéral qui essayait, en émettant des propos osés, d'amadouer un vainqueur enragé ou en ordonnant la suspension des émissions de la radio était celui qui approuvait expressément la nouvelle stratégie du Général - celle du réduit - et sa volonté de se battre à outrance. La politique militaire et la politique étrangère formaient un tout. Même le fait que les autorités fédérales toléraient tacitement les mouvements de résistance mais cherchaient en même temps à freiner la manifestation de sentiments antiallemands était un acte de politique étrangère.
Il n'était pas aisé de réduire ces contradictions à un dénominateur commun. La politique du Conseil fédéral n'était ni une politique de résistance rigide ni une politique d'adaptation prête à toutes les concessions. Elle était à mi¬chemin entre les deux extrêmes. Elle tendait à une synthèse de l'intimidation, de la volonté de résistance et de gestes favorables aux Allemands. Une pièce avec distribution de divers rôles. Celui du Conseil fédéral était le plus difficile, le plus ingrat.
On vit le 10 septembre 1940 combien le terrain devenait glissant dés que le Conseil fédéral se risquait à faire un pas de trop.
Pendant des semaines, il avait été impossible d'entrer en contact avec le président Pilet-Golaz. Il avait fermé sa porte aux membres du parlement, aux présidents des gouvernements cantonaux et aux diplomates accrédités à Berne. Mais le 10 septembre, il trouva du temps pour recevoir au palais fédéral, à la demande pressante du colonel commandant de corps Wille, trois chefs frontistes, parmi lesquels le chef du «Mouvement national suisse».
A cette maladresse s'en ajouta une autre. Le président de la Confédération témoigna une confiance toute particulière à la délégation frontiste, en l'autorisant à publier un communiqué sans demander à en voir préalablement le texte.
Or il aurait dû savoir à qui il avait affaire. Le chef du «Mouvement national suisse», Max Leo Keller, qui dirigeait la délégation et parlait en son nom, était connu depuis des années des autorités pour ses relations étroites avec la légation d'Allemagne. Une enquête pénale pour haute trahison venait d'être ouverte contre lui.
Au demeurant, il était de notoriété publique que Keller et les deux mille membres du «Mouvement national suisse» plaçaient tous leurs espoirs en Hitler. Dans une circulaire qui venait d'être lancée en Suisse, ils proclamaient ouvertement et honnêtement ce qu'ils voulaient: la prise du pouvoir, l'instauration d'un régime autoritaire. Les originaux des déclarations d'adhésion au nouveau parti frontiste étaient conservés à Berlin.
Le président de la Confédération, qui avait demandé naïvement à Keller s'il recevait des instructions de l'étranger, reçut une réponse négative.
Le public ne fut informé de l'audience officielle au palais fédéral que deux jours plus tard, et l'information venait de la radio allemande, et non du palais fédéral.
La radio allemande diffusait un communiqué officiel du «Mouvement national suisse». Il avait la teneur suivante:
«Le 10 septembre, M. le président de la Confédération, Pilet-Golaz, reçut en audience officielle les représentants mandatés du , Ernst Hofmann et Max Leo Keller. Le poète Jakob Schaffner assistait aussi à l'entretien. Les représentants du renseignèrent le président de la Confédération sur les buts du mouvement, dépositaire de la nouvelle pensée politique et sociale. L'entretien, qui dura une heure et demie, représente un premier pas vers la pacification des conditions politiques en Suisse.»
Le même jour, le ministère allemand de la propagande donnait confidentiellement pour consigne à la presse de ne pas prendre note de l'infléchissement de la politique suisse vers un régime autoritaire.

Des messagers peu sûrs

Peu après, l'ancien ministre d'Allemagne à Berne, von Weizsäcker, devenu secrétaire d'Etat au ministère des affaires étrangères, écrivait à son chef: «La Suisse n'est pas encore mûre pour une transformation par la violence ...
A mon avis, il convient de favoriser une évolution par l'intérieur.»
Accélérer cette évolution par l'intérieur, c'était le but de l'audience au palais fédéral, tel que le concevaient les frontistes et leurs conseillers berlinois. La délégation demandait trois choses au président de la Confédération: la réhabilitation du «Mouvement», la liberté d'action politique et la levée de l'interdiction frappant le journal du parti. Ils voulaient avoir les mains libres. Ils eurent la satisfaction de constater l'absence d'une résistance notable chez le président de la Confédération.
Dans le public, l'audience et les circonstances qui l'entouraient suscitèrent cependant une tempête d'indignation telle que la commission des pouvoirs extraordinaires du Conseil national et le parlement lui-même s'en occupèrent. Bien que le Conseil fédéral cherchât à couvrir avec prudence et réserve son président, Pilet-Golaz ne fut pas ménagé par ses amis radicaux des chambres. L'Alliance des Indépendants et le groupe socialiste réclamèrent sa démission. Les partis gouvernementaux manifestèrent également leur mécontentement, estimant que le président de la Confédération avait dépassé les limites.
Dans son isolement subit, Pilet-Golaz crut pouvoir assumer la responsabilité de recevoir le chef frontiste, Keller, une seconde fois, cinq jours après l'audience. Cette fois-ci, ce n'était pas au palais fédéral. C'était à son domicile.
Durant huit ans, il tint secrète cette seconde rencontre: il n'en parla pas non plus à ses collègues du Conseil fédéral, mais qui en furent informés confidentiellement par le service d'écoute téléphonique, qui étendait sa surveillance jusqu'aux plus hauts magistrats. Mais
eux aussi se comportèrent comme s'ils ne savaient rien.
Keller avait fait savoir au président de la Confédération qu'il rencontrerait prochainement en Allemagne Rudolf Hess, le suppléant du Führer. IL lui demanda confidentiellement si le Conseil fédéral avait un message à lui faire remettre.
Suivant les déclarations de Keller, le président de la Confédération acceptait qu'il intervînt à titre privé auprès d'Hitler pour une entente avec le Troisième Reich. Espérant réussir ainsi à assurer à la Suisse une bonne place dans l'Europe nouvelle, Pilet-Golaz avait accepté ce concours déjà douteux. L'avenir devait encore montrer combien il était réellement peu sûr.
Quatorze moïs après l'audience, Keller se réfugia sur le territoire du Troisième Reich avec l'aide allemande. Cinq de ses collaborateurs se mirent également en lieu sûr en Allemagne. Ils assumèrent des charges dans la «Germanische Leitstelle» à Berlin et dans la «Waffen-SS».
En Suisse, ils furent traduits en justice et condamnés pour trahison à 43 années de réclusion au total.
Keller occupa à Berlin un poste de directeur dans les usines Hermann¬Goering. Plus tard, le gouvernement allemand le reconnut comme chef de tous les Suisses nationaux-socialistes qui avaient désertés dans le Troisième Reich. Lui aussi fut condamné en Suisse à une peine de 14 ans de réclusion pour trahison.
La Suisse ne pouvait être sauvée par de tels hommes, qui comptaient dans leurs rangs des combattants fanatiques pour Hitler. Plus de 200 portèrent l'uniforme de la division SS Wiking; plus de 400 servirent dans d'autres formations de la SS. 33 avaient le rang de commandant dans la SS.
86 frontistes qui trouvèrent la mort alors qu'ils portaient l'uniforme de la Waffen-SS avaient espéré revenir en Suisse comme soldats d'Hitler.

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