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Les Editions de Minuit / Anne SIMONIN

 

Entretien avec ANNE SIMONIN, première partie : de René CLAUDE le vendredi 07 février 2003 à 11h24

Bonjour,

Voici la première partie de l’entretien que m’avait accordé Anne SIMONIN en avril 1999 dans le cadre de l’émission « Entre les lignes » de la Radio Suisse Romande 2 consacrée à l’histoire de l’édition française au XXe siècle.

René Claude :
- Dans quelles conditions furent créées les « Editions de Minuit » ?

Anne Simonin :
- Dans des conditions très difficiles, bien sûr. Vous le savez, l’Allemagne nazie accordait une importance primordiale aux questions de propagande. La pensée française est mise au pas très tôt. Dès la fin d’août 1940, les premières listes (dites listes Otto) d’interdictions sont dictées par l’occupant. Des ordonnances qui stipulent que ceux qui se livreront à des activités de résistance, même spirituelles, contre l’Allemagne, risqueront la peine de mort. Le monde intellectuel est sous le choc de la défaite mais également assommé par la rapidité avec laquelle l’occupant impose ses diktats. Dès l’automne 40, des petits groupes éditent des tracts, mais ce sont les communistes qui « inventent » en quelque sorte la brochure clandestine en publiant « La Pensée Libre », une brochure de près de 80 pages qui exprime en plus du sens idéologique surtout la faisabilité de l’opération. Cette brochure s’apparente au livre et démontre qu’il est matériellement possible d’éditer et de diffuser une parole autre sous la botte. Mais c’est aux « Editions de Minuit » fondées par Pierre de LESCURE, un écrivain, et Jean BRULLER, un dessinateur, que l’on doit le premier livre clandestin qui paraît en février 1942. Il s’agit du « Silence de la Mer » signé Vercors, le pseudonyme de Jean Bruller.

R.C :
- Les Editions de Minuit sont considérées comme une maison située à gauche, à l’origine quelle fut leur couleur politique ?

A.S :
- C’est vrai. Les auteurs que les éditions publient sont plutôt à gauche, de tendance radicale et radicale-socialiste, en gros. Mais paradoxalement, elles ont été moins à gauche durant l’Occupation qu’elles ne le seront à la Libération. « Minuit » est parvenu à garder des rapports corrects et une alliance avec les communistes tout en conservant une réelle autonomie. Ils y parviennent car les animateurs ont dans leur jeu un monsieur qui s’appelle Jean PAULHAN, l’ancien directeur de la NRF : il travaille encore chez Gallimard mais a décidé de ne pas collaborer à la Nouvelle Revue Française dirigée par Pierre Drieu la Rochelle (note : l’auteur de « Gilles » fut imposé à Gaston Gallimard par Les Allemands à cause de son engagement fasciste aux côté du PPF de Doriot. Abetz souhaitait créer l’illusion du retour à une vie intellectuelle et littéraire normale. La NRF était considérée par Goebbels comme un vrai pouvoir. Gallimard et Paulhan se sont dits qu’il était préférable d’avoir Drieu dans la maison plutôt qu’un administrateur nazi. Drieu protégea durant toute la guerre certains auteurs plus ou moins engagés dans la Résistance : Sartre, Camus et Paulhan lui-même pour lequel il est intervenu lorsque l’écrivain fut arrêté dans le cadre de l’opération contre le réseau du Musée de l’Homme).
Jean Paulhan va contribuer à l’autonomie littéraire des Editions de Minuit tout simplement parce qu’il va les fournir en textes. Ce qui n’était pas du tout évident sous l’Occupation, car ça impliquait d’être très bien informé pour alerter les écrivains de l’existence des Editions de Minuit et pour les décider à donner des textes malgré la législation répressive. Ce sera le travail de pourvoyeur de textes que fera Paulhan qui permettra aux éditions d’avoir à la Libération un catalogue où voisineront François Mauriac, André Gide, Jacques Decour, Julien Benda, Paulhan lui-même, mais aussi des communistes tels Aragon, Elsa Triolet et Paul Eluard qui a adhéré au PC en 1943.

R.C :
- Est-ce que Louis ARAGON a tenté de phagocyter les « Editions de Minuit » ?

A.S :
- Louis Aragon tentait toujours de tout phagocyter ! Il a probablement eu cette ambition. Mais là encore, moins pendant la guerre qu’après. Durant la guerre, il va plutôt essayer de concurrencer les Editions de Minuit en lançant une maison d édition en Zone Sud, puisque les Editions de Minuit ne sont pas du tout diffusées en Zone Sud et la seule fois où elles faillirent l’être, ce fut une catastrophe parce que le passeur fut arrêté sur la ligne de démarcation, ce qui explique que la première édition du « Silence de la Mer » soit une édition rarissime, les exemplaires ayant été détruits à la suite de cette arrestation. Aragon va monter en Zone Sud une maison appelée « La Bibliothèque française » qui, elle, va fonctionner sur un autre créneau car moins soucieuse de produire des livres de grande qualité formelle. La préoccupation de la belle œuvre et du bel ouvrage a toujours été une préoccupation très forte chez Minuit. Ce ne sera pas le cas des livres d’Aragon qui auront des tirages beaucoup plus importants et seront vendus à des prix nettement moins élevés : une plaquette de la « Bibliothèque française »ça vaut 5 francs, alors qu’un livre des Ed. Minuit vaut 100 francs de l’époque, une différence qui n’est pas négligeable. Et ce sont des types d’ouvrages qui ne remplissent pas la même fonction. Louis Aragon se sert dans le catalogue des Editions de Minuit mais il le fait dans une logique militante parfaitement admise par tout le monde et les textes de Minuit sont reproduits sur des tracts ou de brochures dans le cadre de « la Bibliothèque française ».

A la fin de la guerre, Vercors-Bruller estime que la fonction première des Editions de Minuit : résister à l’occupant par l’écriture en proposant des textes originaux de qualité dans une présentation très soignée s’achève. Pourtant, le pays est à reconstruire avec les acquis de la Résistance, c’est du moins ce qu’espèrent les responsables de mouvements qui ont une perception critique de la société, tant sur le plan économique que socio-culturel. Vercors poursuit donc son travail d’écriture et son métier d’éditeur. Mais dans les mois qui ont suivi la Libération, les deux fondateurs des Editions de Minuit se sont brouillés. Anne SIMONIN nous donne son explication de la et de la brouille qui s’en suivit.

R.C :
- Nous sommes en 1945. A ce moment, les deux créateurs historiques des Editions de Minuit se disputent et se brouillent. Pourquoi ?


Anne Simonin :
- Il y a un Monsieur qui s’appelle Pierre de Lescure qui, outre la création et l’animation d’une maison d’édition clandestine, travaillait aussi comme agent de l’Intelligence Service (IS), ce qui est plutôt rare chez les intellectuels français… Revenons en arrière : en 1943, le réseau de l’IS dit réseau Le Guyon a été décapité et Pierre de Lescure est complètement « carbonisé ». Il doit se mettre au vert au plus vite et pour cela part se réfugier dans le Jura. Il a pris des risques bien supérieurs à ceux encourus par les écrivains résistants, même si les risques vécus par la Résistance intellectuelle n’étaient pas nuls. Toujours est-il qu’il doit quitter la direction des Editions de Minuit. Il y a urgence. Vous imaginez les difficultés de communication entre le haut Jura et Paris... ! Il n’est plus la cheville ouvrière du projet. Tant bien que mal, il est tenu informé des décisions prises essentiellement maintenant par Jean Bruller, assisté de Jean Paulhan pour le choix des textes, Paulhan qui crée l’essentiel du catalogue. A la Libération, entre Bruller et Lescure, il y a une guerre vécue de manière différente. En dehors du milieu littéraire, Pierre de Lescure a vécu durement les 18 derniers mois de l’Occupation. Il en est sorti très abîmé physiquement, marqué par les privations et il se sent perdu dans le monde qu’il redécouvre. Il a l’impression d’être marginalisé. Il s’accommode très mal des compromissions, ou plutôt des nécessaires compromis que Jean Bruller a dû faire pour mener Minuit jusqu’à la Libération. Et il va poser une question dont on ne parle pas, la question de l’argent. Pour lui, il était inconcevable qu’on vende des livres de « Minuit ». Il a toujours pratiqué un désintéressement absolu. Il s’accroche avec Bruller sur ce problème. Le deuxième gros reproche qu’il fera, c’est qu’il ne peut pas tolérer la vision de l’histoire des Editions de Minuit que donne Jacques Debû-Bridel en 1945 dans un petit livre intitulé « Historique des Editions de Minuit » parce qu’il estime que les intellectuels, les écrivains ont pris, somme toute, beaucoup moins de risques que les typographes et les imprimeurs qui ont fabriqué leur livres. »


Dans le seconde partie, Anne SIMONIN nous dira les circonstances au cours desquelles Jérôme Lindon a racheté les Editions de Minuit en 1948, poursuivant une ligne éditoriale mêlant recherches littéraires et engagements politiques.

A suivre.

Amicalement,

René Claude

*** / ***

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1 Entretien avec ANNE SIMONIN, 2e partie. de René CLAUDE 03 avril 2003 12h15
2 resume de max55 01 nove. 2004 16h17
3 En bref ! de Francis Deleu 01 nove. 2004 16h55

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