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Mémoires d'un agent secret de la France Libre

Livres du courage et de la peur

Rémy (Gilbert Renault)

Les "Mémoires d'un agent secret de la France Libre" de Gilbert Renault, alias Rémy, se déclinent en six tomes :

- Le tome 1 couvre la période du 18 juin 1940 à octobre 1941 - Préface de Colonel Passy (André Dewavrin), ancien chef du BCRA (Bureau de Contre-Espionnage, de Renseignements et d'Action de la France Libre).
- Le tome 2 couvre la période de octobre 1941 à juin 1942 - Préface de "Wagon", officier de l'Intelligence Service britannique.
- Le tome 3 couvre la période de juin 1942 à novembre 1943 - Préface de Joseph Kessel de l'Académie française.
- Le tome 4 couvre la période de novembre 1943 à décembre 1943 - Préface de Maurice Schumann, porte-parole de la France Libre.
- Le tome 5 couvre la période de janvier 1944 au 6 juin 1944 - Préface du Colonel Francis Pickens Miller, GSC, US Army.
- Le tome 6 couvre la période du 6 juin 1944 au 26 août 1944 - avec un texte autographe du Général de Gaulle.

Ces livres du "courage et de la peur", comme les désignent Rémy, ne pouvaient être mieux décrits que par Joseph Kessel qui signe la préface du troisième tome :

Je me souviens, dans le plus grand détail, comment j’ai connu ce livre.

Plusieurs mois après la Libération, dans une vaste maison de campagne aux environs de Londres, un homme, un Français, tapait sans arrêt sur le clavier d’une machine à écrire. Il n’y employait que deux doigts, mais le travail avançait vite. Les longues feuilles aux lignes serrées s’amoncelaient les unes sur les autres.

Cette maison silencieuse avait longtemps connu le mouvement, le bruit, et une singulière destinée. Lorsque la France était occupée, elle avait servi de lieu d’accueil et de repos à beaucoup d’agents secrets, hommes ou femmes, qui circulaient entre leur pays captif et l’Angleterre libre. Celui qui leur donnait l’hospitalité était leur chef et leur compagnon. Fondateur de l’un des premiers réseaux de renseignements, ayant mené à bien, en France, des actions extraordinaires, il dirigeait alors de Grande-Bretagne un secteur essentiel à la lutte clandestine.

Maintenant, il n’y avait plus de passants aventureux dans la belle maison environnée de pelouses. Le cliquetis de la machine à écrire se répercutait à travers les couloirs sonores. Le maître du logis revenu en Angleterre, profitait d'un bref répit et rassemblait ses souvenirs.

Je me trouvais chez lui à cette époque. Un soir, il me donna une pile épaisse de grandes pages pleines d'un texte dense et me dit :
- "Voulez-vous les parcourir? Il me semble que cela pourrait faire un livre."
Il faut bien l’avouer, j’ai éprouvé une gêne très vive. J’admirais et j’aimais profondément cet homme. Pour son courage, son énergie, son humanité, son rire, sa mélancolie. Pour ce qu'il avait fait et la façon dont il l’avait fait. Je lui avais, en outre, une obligation immense : il m’avait permis à un âge où l'aviation de guerre est un rêve inaccessible, d'effectuer des missions aériennes au-dessus de la France. Pour toutes ces raisons, je lui devais une vérité entière, sans ménagement.

Mais aucune d’elles ne pouvait garantir que son livre fût bon. L’art, le métier d’écrire n’ont rien à faire avec les vertus d’un caractère, ni même avec les richesses d’une vie. Souvent des gens exceptionnels par leur nature et par leurs expériences m’avaient confié le récit qu’ils en avaient rédigé. C’était, en général, un désastre. L’emphase ou la pauvreté, ou l’incohérence, ou encore l’accent mis sur le détail inutile, fastidieux, et l’ignorance de l’essentiel, les dépouillaient de tout intérêt. L’auteur défigurait, détruisait lui-même sa meilleure substance.

Dans la grande et belle maison anglaise où s’étaient croisés tant de chemins secrets, tant de passions unies dans le service contre l’ennemi, quand je montai vers ma chambre avec la pile de feuillets dactylographiés, j'avais peur, très peur, de n’y trouver qu’une image amoindrie, déformée, de l’homme qui m’était cher et qui, dans la nuit profonde, continuait à taper avec deux doigts, infatigablement sur le clavier de sa machine à écrire.
Or, dès que j’eus commencé ma lecture rien n’exista plus en dehors d’elle. Ni mes craintes. Ni la maison anglaise. Ni même celui qui avait composé les pages dont le texte m’arrachait au sentiment du présent.

Je voyais naître, tâtonner, grandir, se développer et vivre, avec ses succès et ses catastrophes, ses souffrances, ses angoisses et ses agonies; l’aventure étonnante d’un homme que rien, avant 1940, ne destinait au métier d’agent secret et qui apprenait à l’être, et qui devenait chef de réseau. En même temps je voyais l’ébauche, les balbutiements, les ramifications sans cesse plus étendues, plus profondes, plus serrées de cet organisme entre tous difficile à pénétrer qu’était un service de renseignement.

Noeud à noeud, maille par maille, se formait la trame secrète. Homme par homme, ruse par ruse, sacrifice par sacrifice, et aussi délation par délation, poussait pour ainsi dire sous mes yeux le tissu vivant, sans cesse au guet, sans cesse à l’écoute, mille regards, mille oreilles, mille bouches, toujours meurtri, rompu, saignant, et toujours reformé, qui investissait l’ennemi.

Rien à mon sens n’est plus émouvant, plus fascinant que de saisir le noyau d’une grande entreprise et de suivre sa marche progressive selon le cours du hasard et la volonté humaine. Que dire s’il s’agit d’une entreprise qui, sous peine de mort, doit rester invisible et souterraine !

Pour qu’une révélation pareille fût possible, pour qu’un tel récit pût être vrai, il n’avait pas fallu moins que le malheur de la France. En effet, lui seul avait suscité du néant ces réseaux de renseignement sans tradition, sans expérience, sans personnel. C’est lui qui avait forcé des hommes isolés, et dont ce n’était ni le métier ni la vocation, à commencer une tâche énorme à laquelle travaillent à l’ordinaire des services nombreux, entraînés, séculaires, et puissamment outillés. Enfin le même malheur vaincu, dissipé, avait rendu inutiles ces réseaux issus de lui et avait permis à l’un de leurs animateurs de rompre un secret désormais sans raison. La fresque se déroulait devant moi dès l’origine, dès l’embryon.

Le 18 juin 1940, l’homme qui tapait à la machine, laissant sa femme et ses enfants, était parti pour l’Angleterre. Il avait demandé au général de Gaulle à être renvoyé en France pour former un service de renseignement. Etape au Portugal. Etape en Espagne. Il passe les Pyrénées Une fois en zone dite libre, il est seul. Pour toute arme il n’a que le code selon lequel il doit correspondre avec Londres. Peu â peu, chance après chance, il réunit les premiers éléments du réseau. Les contacts se multiplient. Il passe en zone occupée, franchit et refranchit la ligne de démarcation. Des cellules s’ajoutent à la première cellule qui était lui-même. Gironde, Bretagne, Paris. Les premiers courriers partent pour l’Espagne. Puis arrive un poste radio. Liaison par ondes avec Londres. Avions et bateaux assurent les contacts directs. Des camarades tombent. D’autres les remplacent. Un seul traître suffit à détruire tout un secteur et de nobles vies. Faiblesses et courages merveilleux. Les renseignements s accumulent, filent vers l’Angleterre, déterminent des opérations majeures. Le réseau est en plein combat, en pleine vie, en plein sang.

Voilà ce que je découvrais au cours de cette nuit dans la maison anglaise. En même temps j’appris à connaître les camarades de mon hôte, tous ceux qui l’avaient suivi dans les années de lutte secrète. Il décrivait minutieusement leur figure, physique et morale, leur métier, leur famille. Les épisodes comiques se mêlaient aux péripéties policières et à la tragédie. Foisonnants, hallucinants, les faits, les visages sortaient de ces pages dactylographiées.

Petits ports de pêche, grandes cités, châteaux et fermes humbles, gens industriels, jeunes femmes, parachutages, prisons, cellules de la Gestapo, tribunaux militaires allemands, rafles, perquisitions, tortures, bons repas, rires, désespoirs, tout se suivait, s’enchevêtrait dans un ordre en même temps lâche et rigoureux comme la vie clandestine elle-même.

Mais ce n est pas toutes ces scènes, qui un jour, paraîtront incroyables à des esprits moins blasés, moins lassés que les nôtres, ce n’est pas elles, qui, surtout forçaient mon admiration. C était la manière dont l’auteur parlait du personnage principal, je veux dire de lui. Il était difficile de trouver un ton aussi simple et une aussi parfaite honnêteté. Deux ou trois aveux de faiblesse et de peur, je ne connaissais pas beaucoup d’hommes qui eussent osé les publier de la sorte. Je ne connaissais pas beaucoup d’hommes non plus qui ont fait le métier de Rémy (le nom dont ces souvenirs sont signés) avec une femme et quatre enfants qu’il chérissait et qu’il mêlait à son existence traquée.

Voilà pourquoi, ayant passé une nuit blanche sur ces feuillets, je lui dis le matin suivant comme je le répète ici ; "c’est magnifique!"

 

Editeur : Presses Pocket
Date edition : 1966
Support : livre
Genre : récit ou roman
Période concernée : de 1939 à 1945
Région concernée : Ouest Europe

Proposé par Francis Deleu le jeudi 20 août 2009 à 15h57

Dernière contribution le dimanche 23 août 2009 à 11h51

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