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Cinquante idées reçues sur la Shoah - Tome I / Marc-André Charguéraud

 

1933-1934 - L’admirable résilience des Juifs allemands devant leur élimination de la vie publique de Francis Deleu le mardi 02 juillet 2019 à 22h39

Bonsoir,

L’article de Marc-André Charguéraud traite d'un sujet dont il a rarement été question et qui pourtant apporte un l'éclairage important sur l'attitude de Juifs allemands face aux persécutions des années nazies avant la guerre.

*******************************
1933-1934 - L’admirable résilience des Juifs allemands devant leur élimination de la vie publique.
Dès le printemps 1933 la loi élimine les Juifs de la fonction publique, du service de la santé, des professions liées à la culture, journalisme, cinéma, théâtre, musique.[1] Un numerus clausus de 1,5% est institué pour l’admission des Juifs à l’université. Les magasins sont boycottés. Les Juifs naturalisés après 1918 peuvent se voir retirer la nationalité sans explication. Les réactions de la communauté juive peuvent surprendre. Elles sont pourtant conformes à la tradition.

« Peur ? Nous avons montré par des milliers de martyrs que les actions des hommes ne nous font pas peur. Désespoir ? Même aux époques les plus sensibles, les Juifs n’ont jamais désespéré et leur foi en Dieu et la conscience de leurs droits les ont toujours amenés à faire front. Foi ? Oui, foi dans la force intérieure qui naît de la connaissance des faits et d’une conscience pure. Espoir ? oui, l’espoir que notre coexistence avec le peuple allemand se montrera plus forte que tous les préjugés. » [2] C’est le message de Bruno Weil, vice-président de l’Union Centrale des Citoyens de Confession Juive (Central-Verein Deutscher Staatsbürger Jüdischen Glaubens), l’organisation faîtière. Le 10 janvier 1935 dans une déclaration, la Central-Verein de Berlin exprime, elle aussi, sa confiance et souligne sa responsabilité : « Nous devons continuer à travailler pour que les générations actuelles et futures puissent vivre et travailler en Allemagne. Nous devons soutenir et motiver la jeunesse juive dont dépend l’avenir de notre communauté. »[3]

La raison devait l’emporter. Le patriotisme dont les Juifs avaient fait preuve pendant la grande guerre, leur engagement dans la reconstruction du pays, leur volonté de coopérer avec les autorités constituaient pour le Reich un actif qu’il aurait été irrationnel de détruire en excluant la communauté israélite. L’orage était en train de passer et les signes d’une accalmie se multipliaient. « Pendant l’année 1934, très peu de mesures officielles ayant un impact significatif ont été prises. Il semblait, en surface, que le régime nazi avait l’intention de permettre aux Juifs de continuer à mener une existence économique, même si celle-ci était limitée. N’était-ce pas pour cette raison que le gouvernement avait exclu la clause aryenne dans le domaine du commerce et des affaires ? Pourquoi aurait-il donné des ordres pour protéger les Juifs des attaques de certains membres du parti ? Bien sûr, il continuait à y avoir des incidents et de petits boycotts, mais ils n’étaient pas approuvés par le gouvernement. La purge des éléments radicaux, et particulièrement des dirigeants des SA, en juin 1934, sonna la fin de ces événements sauvages. »[4]

L’attitude de Hitler semblait aller dans le même sens. Dans ses déclarations comme dans ses écrits de ces deux premières années du régime, il n’attaqua pas la communauté juive. Jusqu’en 1938, ses interventions dans le problème juif seront limitées et prudentes. C’est sa façon de diriger : faire agir les autres et rester en retrait pour être au-dessus de la mêlée et pouvoir désavouer une action violente afin de garder intacte sa popularité auprès du plus grand nombre. Si le public allemand est peu sensible à une législation antijuive dont il ne saisit pas toujours la portée, il réagit négativement à toute persécution sur la voie publique qui trouble l’ordre. Hitler en est très conscient. Il fait souffler le froid par ses troupes et se réserve les propos chaleureux, entourant le tout d’un flou politique trompeur.

En 1934, Arthur Ruppin, un des principaux dirigeants sionistes, se montrait assez optimiste : « La situation créée par l’attitude et la législation nazie est intenable pour les deux parties, la violation de l’égalité de tous les citoyens ne peut que poser des problèmes à l’Allemagne elle-même, car l’hostilité qu’elle encourt de la part de seize millions de Juifs n’est pas un facteur négligeable, ni politiquement, ni économiquement. » Mettre en avant le poids politique et économique de l’internationale juive, c’est tempérer momentanément l’ardeur du Führer qui la craint autant qu’il l’abhorre, mais c’est en même temps agiter le drapeau rouge devant le taureau nazi.

Une autre opinion optimiste est exprimée par la Jewish Chronicle du 11 août 1933 : « Les intérêts économiques allemands souffriraient d’une élimination trop brutale de l’influence juive dans le commerce et l’industrie et de ce fait un renversement ou un ralentissement de la politique antijuive est prévisible. » [5] L’argument est à double tranchant, car c’est justement l’influence financière jugée trop importante du judaïsme que Hitler veut détruire. Qu’il doive prendre son temps, pour tenir compte des contraintes politiques et économiques, ne fait ue retarder l’échéance. Hitler connaît ses priorités. Fin 1933, la Reichsbank n’a que deux semaines de devises en caisse, et il faut mener à bien les investissements énormes nécessités par la mise en place d’usines révolutionnaires de nouveaux produits de synthèse dans les industries du pétrole et du caoutchouc. Et ce sont les Etats-Unis qui fourniront une partie du matériel et des financements nécessaires ! A une question du Docteur Hjalmar Schacht, Ministre de l’économie, Hitler répondra que «sur le plan économique, les Juifs peuvent continuer comme par le passé.» Il a sûrement ajouté mentalement : « pour le moment ».

Hitler donnera, en 1933 et 1934, des preuves tangibles de cette modération tactique. En juillet 1933, une importante chaîne de grands magasins appartenant à Hermann Tietz, un Juif, est menacée de faillite. Sa liquidation mettrait 14.000 personnes supplémentaires au chômage et risquerait de mettre en danger d’autres sociétés. Hitler la sauva en approuvant un prêt de RM 14,5 millions de la Akzept und Garantiebank, qui était contrôlée par l’Etat. En 1934 le siège américain de Woolworth, la plus importante chaîne américaine de magasins à prix unique, décide dans le cadre du boycott d’arrêter l’importation de tous les produits allemands. Des manifestations sont aussitôt orchestrées par le parti devant les magasins allemands de Woolworth. Elles risquent de tourner à l’émeute. Le gouvernement donne l’ordre aux gouvernements locaux de maintenir l’ordre public et d’interdire toute manifestation contre les magasins Woolworth.[6]

Et que penser de ces nombreux émigrés juifs de la première heure qui reviennent en Allemagne. Ils furent 60.000 à partir en 1933 et 1934. De 10.000 à 16.000 suivant les historiens revinrent en 1934 et 1935, et ce chiffre élevé peut surprendre. C’est que les conditions d’accueil à l’étranger étaient sévères. Le statut d’immigré plaçait l’Allemand au bas de l’échelle sociale. En général, le professionnel n’avait pas le droit d’exercer son activité. Le médecin et l’avocat se retrouvaient déclassés. Certes, les organisations caritatives juives apportaient leur soutien, mais le nouvel arrivant devenait un assisté avec tous les problèmes psychologiques qui en résultent. Le Juif allemand avait aidé avec condescendance l’immigrant juif de l’Est, et dès lors que les rôles étaient inversés, c’est le Juif anglais, français ou américain qui maintenant le considérait avec hauteur, tout en lui allouant un minimum pour survivre.

Les organisations caritatives encouragèrent ce retour en Allemagne, préférant apporter des aides sur place en cas de nécessité. La situation des Juifs semblait s’être stabilisée. Leurs tourmenteurs, les SA, n’avaient-ils pas été mis hors de nuire ? Les lois odieuses délimitaient le périmètre d’autonomie de la communauté juive, donnant un minimum de garanties juridiques. Certes, 20% des Juifs allemands étaient en 1935 assistés par la communauté juive par l’intermédiaire d’organisations telles que le Comité Central des Juifs allemands pour l’Aide et la Reconstruction (Zentralausschuss der Deutschen Juden für Hilfe und Aufbau) et l’Organisation de Secours des Juifs Allemands (Hilfsverein der Deutschen Juden), financièrement bien dotées par une riche diaspora locale. Mais cela signifiait aussi que pour plus des trois quarts de la communauté, le travail continuait comme par le passé, ce qui constituait à leurs yeux un signe positif.

Ces retours découragèrent les candidats au départ. Il conforta les observateurs étrangers. Si des Juifs allemands, qui connaissaient bien la situation qui les attendaient en Allemagne, rentraient en nombre, c’est que les choses n’étaient pas si graves. Qu’ils aient préféré à l’exil une vie peut-être pas si difficile dans leur patrie rendait plus serein les hommes politiques des démocraties occidentales. N’avait-on pas exagéré la situation ? Cela ne semble pas avoir été le cas malgré les apparences. Nombreux furent ces rapatriés volontaires qui regrettèrent leur retour. Dès le mois de janvier 1934, sur instructions de Goering, la Gestapo envoya la plupart dans des camps de concentration pour rééducation. Puis, en 1935, le gouvernement décida d’interdire tous les retours de Juifs allemands.

Quand Hitler donna l’ordre, en août 1935, que les initiatives indépendantes contre les Juifs par des membres du parti nazi cessent immédiatement sous peine que leurs auteurs soient considérés comme ennemis de l’Etat, ce n’était pas afin de protéger les Juifs, mais pour que les persécutions soient effectuées dans l’ordre. [7] Cette différence d’objectif n’est pas exprimée, mais elle fait partie du flou qu’Hitler entretient de manière systématique et qui déroute souvent ses adversaires, en particulier quand il s’agit de Juifs qui s’accrochent désespérément à toutes les raisons possibles de ne pas quitter leur pays en abandonnant la plus grande partie de leur fortune, parfois la totalité, pour recommencer à zéro dans un environnement étranger souvent hostile.


[1] Ces exclusions touchent en 1933 entre un quart et la moitié des personnes concernées.
[2] Bruno Weil, vice-président du Centralverein cité par Lucy Dawidowicz - La Guerre contre les Juifs - 1933-1945 - Op. Cit. p. 281 [3] Communication du Centralverein de Berlin le 10 janvier 1935 cité par Kurt S. Grossmann- Emigration Geschichte de Hitler’s Fluchtlinge - 1933-1945 - Francfort 1969 - p. 51
[4] Karl A. Schleunes - Op. Cit. p. 116
[5] Jewish Chronicle du 11 août 1933 cité par Richard Gutteridge - Op. Cit. p. 85
[6] Hitler vient au secours d’entreprises juives menacées de faillite, exemples cités par Kark A. Schleunes - Op. Cit. p. 93 et 142.
[7] Herbert A. Strauss - Op. Cit. p. 108 - Citation d’une circulaire secrète du 20 Août 1935 du ministre de l’intérieur Frick aux gouvernements des différents états : « Le Führer et Chancelier du Reich a donné l’ordre que les initiatives indépendantes contre les Juifs par des membres du NSDAP ou des associations qui y sont affiliées doivent absolument cesser. Ceux qui, dorénavant, continueront à participer ou à organiser des actions contre les Juifs devront être considérés comme des provocateurs, des rebelles, des ennemis de l’état. Je requiers donc que les mesures les plus sévères soient prises contre de telles actions et que la paix, la sécurité et l’ordre soient rétablis par tous les moyens à disposition. Il faut empêcher des actions illégales, et si nécessaire utiliser des mesures policières draconiennes. Les actes interdits, tels que atteintes et dommages aux propriétés, attaques physiques, coercition, émeutes, ne seront tolérés dans aucune circonstance, quels que soit ceux contre lesquels ces actions sont dirigées.»

Copyright Marc-André Charguéraud. Genève. 2019. Reproduction autorisée sous réserve de mention de la source.

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