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Cinquante idées reçues sur la Shoah - Tome I / Marc-André Charguéraud

 

Roosevelt « rêve de paradis terrestres » pour les réfugiés juifs d’Allemagne. - 1938-1941 de Francis Deleu le dimanche 01 novembre 2015 à 22h17

Bonsoir,

Avant le début de la Shoah les Anglo-Saxons sont conscients de la tragédie que vivent les Juifs de Reich. Pour ne pas avoir à les recevoir, ils se donneront « bonne conscience » en multipliant les projets d’accueil irréalisables. Tel est le thème de l’article que Marc-André Charguéraud a l’amabilité de nous confier ce mois.

***********************
Roosevelt « rêve de paradis terrestres » pour les réfugiés juifs d’Allemagne. - 1938-1941

Sincérité, hypocrisie ou cynisme ?

Le 15 septembre 1935, les lois raciales de Nuremberg rendent la vie des Juifs allemands impossible. En décembre sir Eric Phipps, consul général d’Angleterre à Munich, écrit au Foreign Office : « La situation des Juifs est en train de devenir si désespérée qu’il apparaît chaque jour de façon plus évidente (...), que la politique nazie actuelle menace la population juive du Reich d’extermination.»[1] Progressivement Roosevelt devient conscient de cette situation intolérable. L’Anschluss, l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne en mars 1938, précipite des dizaines de milliers de Juifs autrichiens persécutés sur les routes de l’exode.

En juillet 1938 Roosevelt réunit 32 pays à Evian. Il fixe un but : faciliter l’émigration d’Allemagne et d’Autriche des « réfugiés politiques ». Euphémisme que le Président utilisera sans cesse pour éviter de parler de réfugiés juifs. Une Conférence vouée à un échec retentissant. Dans son invitation le Président n’a-t-il pas spécifié « qu’il ne serait demandé à aucun pays de recevoir un plus grand nombre d’immigrants que celui permis par les lois existantes.» [2] Dans les conclusions de la rencontre ont peut lire : « Les gouvernements des pays de refuge ou d’installation ne seront en aucune façon responsables d’une quelconque obligation de financer l’émigration involontaire.» [3]

Les persécutions s’accélèrent. Pendant la nuit de Cristal, le 9 novembre 1938, c’est l’embrasement des synagogues, la mise à sac des magasins et entreprises juives. 30.000 Juifs sont matraqués, traînés et enfermés dans des camps de concentration. Face à ces visions insupportables, les opinions publiques occidentales réagissent vivement. Elles clament leur soutien aux Juifs et demandent à leurs gouvernements d’agir mais ajoute mentalement ... « dans la mesure où ces êtres martyrisés ne viennent pas gonfler le nombre des chômeurs, mais vont ailleurs. » Derrière une apparence de générosité se cache un égoïsme sans fond. Alors, pour faire diversion, le monde politique et administratif, ministres, parlementaires et hauts fonctionnaires, soutenus par la presse inventent des refuges paradisiaques pour Juifs. Habile politicien à l’écoute de ses électeurs Roosevelt s’empare du concept.

Le Président demande à l’ Advisory Committee for Refugees de trouver des pays d’accueil, lointains et sous peuplés de préférence. Le Comité fera une cinquantaine de suggestions, sans un seul résultat tangible. [4] Un travail d’amateur si on le compare au travail du projet « M », mis en place par Roosevelt en 1940. Pas moins de 666 études d’implantations géographiques sont produites pendant la guerre. [5] Un exercice de style qui ne sert à rien. Le manque de réalisme de nombre de ces plans est stupéfiant. Henry Field, qui dirigea le projet « M », cite un plan qui prévoit la désalinisation de l’eau de mer pour convertir les déserts d’Afrique du Nord en terres fertiles autour de cités équipées de l’air conditionné ! [6]

Le jugement implacable porté par l’Historien Michael Marrus sur ces projets semble pleinement justifié : « Dans le meilleur des cas, ils sont le résultat d’une illusion, largement répandue dans les années trente, consistant à voir le monde tel que l’on a envie qu’il soit. Au pire, ils sont une manipulation cynique pour limiter l’immigration et maintenir dans l’attente les solliciteurs. » [7] Pour se donner bonne conscience, les dirigeants politiques entretiennent parmi les Juifs condamnés des espoirs programmés pour l’échec. A la persécution physique d’Hitler, les Occidentaux ajoutèrent la déstabilisation psychologique, née de plans de sauvetage qui n’étaient que des mirages. Un tel comportement est d’autant plus révoltant, d’autant plus choquant que chacun savait tous ces projets irréalisables. Mais tout se passa comme s’il fallait se laisser aller à rêver d’un autre monde pour se persuader d’y croire.

Isaiah Bowman, président de l’université John Hopkins et l’un des meilleurs experts de l’époque sur l’installation de populations sur de nouveaux territoires, publia en 1937 une étude approfondie sur les possibilités d’installation. Bowman conclut : « Les terres nouvelles ne pourront accueillir que trop lentement un nombre de personnes trop faible pour que cela ait un impact social important sur les populations des pays d’origine. » [8]

A l’exception des hauts plateaux de l’Est britannique, les conditions climatiques rendent difficile une implantation en masse d’Européens en Afrique. S’ajoute le refus des populations déjà installées de recevoir même quelques réfugiés. En 1938 le gouverneur de la Rhodésie informe Londres que son conseil législatif s’oppose à l’arrivée de 150 colons juifs. Un représentant aux communes, O. E. Sargent, s’enflamme contre ce déni d’humanité : « Il est fantastique que nous puissions être arrêtés par un petit groupe de 11.000 Blancs qui restent campés dans le coin de ce vaste territoire inhabité et sous-développé comme des chiens près de leur mangeoire et refusent l’entrée à toute autre personne. » [9] Mais cette intervention ne change rien à la décision du gouverneur et de ses pairs dans d’autres parties du monde.

Roosevelt s’intéresse personnellement aux possibilités offertes par l’Ethiopie et l’Angola et échange des correspondances à ce sujet avec Mussolini et Salazar. [10] Mais lorsque l’Alaska lui est suggéré, le Président se raidit et refuse. Il ne veut pas prendre le moindre risque politique sur le plan intérieur. [11] Des refuges soit, mais pas aux Etats-Unis, ailleurs.

« Du capital doit être trouvé pour ouvrir les régions et installer les infrastructures nécessaires à la civilisation. Ce sont des étapes trop importantes pour être entreprises par des organisations privées. Il est maintenant impératif que les gouvernements interviennent financièrement pour faciliter l’émigration et l’installation dans des régions qui ne sont pas encore développées », conclut Sir John Simpson à l’époque. [12] Or les gouvernements occidentaux n’ont aucune intention d’intervenir financièrement. Roosevelt le répète régulièrement.

Neville Chamberlin, le Premier ministre britannique, même après la Nuit de Cristal, continue à s’accrocher à une chimère bien pratique mais peu crédible, qui lui fait dire « que le pays d’origine doit contribuer au problème de l’émigration en permettant aux émigrants d’emporter avec eux leurs avoirs et leurs possessions.» Il invite avec quelque hypocrisie « les organisations charitables à examiner où l’immigration pourrait prendre place, le gouvernement pour sa part étant prêt à louer de larges portions de certaines colonies britanniques à des conditions généreuses. » [13] De deux choses l’une : ou Chamberlin n’a pas saisi les données du problème, ce qui est grave pour un chef d’état, ou il ne veut pas les admettre, et il est alors d’un cynisme effrayant.

Le 1er décembre 1938, R.M. Makins explique sans état d’âme la politique anglaise : « En toute franchise on doit admettre que l’offre de la Guinée britannique et du Tanganyika sont largement illusoires et que l’on s’en rendra inévitablement compte en temps voulu. » Il poursuit en expliquant qu’en faisant ces propositions l’Angleterre estime qu’elle « allège la pression sur la Palestine et rend la solution de ce problème plus facile tout en remplissant les obligations morales que l’Angleterre peut avoir envers les Juifs... Ainsi aucun pays ne pourra nous faire le futur reproche de ne pas avoir sérieusement contribué aux problèmes de l’émigration. » [14] !!

Le 17 mai 1939, Londres publie le rapport d’une commission qui s’est rendue en Guyane Britannique. Elle conclut que l’on pourrait n’envoyer sur place que 3 à 5.000 réfugiés à titre expérimental. Un projet que l’historien Yehuda Bauer qualifie de «manoeuvre de diversion». [15] Les mots sont faibles lorsque l’on écoute ce que déclare le 13 juillet 1939 Lord Winterton lors d’une séance avec ses collègues américains : « Il n’est pas dans les intentions du gouvernement de la Grande-Bretagne d’autoriser un établissement massif (de réfugiés juifs) en Guyane ou quoi que ce soit qui ressemble à la Palestine... L’idée qui semble avoir cours dans les milieux américains, selon laquelle quelque chose comme un état juif pourrait être créé quelque part dans le monde, est utopique à l’extrême, impossible à réaliser et rencontrera l’opposition du gouvernement britannique.» [16] On ne peut être plus clair !

Roosevelt est prévenu. Le projet « M » n’en poursuit pas moins son travail ubuesque. Aurait-il par une sorte de miracle abouti à localiser une terre d’accueil que Roosevelt n’aurait offert aux Juifs que de se rendre sans financement dans une contrée sans organisation sociale ou économique pour les recevoir ou de rester en Allemagne où leur vie est impossible. Dans les deux cas, une perspective sans espoir.
La politique suivie par les Occidentaux ressemble plus à une fuite en avant qui leur évite de devoir s’engager sur des solutions immédiates. Les Juifs n’avaient qu’à attendre un temps qui ne leur fut pas accordé.


[1] SHERMAN Ari, Johsua, Island of Refuge, Britain and Refugees from the Third Reich, 1933-1939, Paul Elek, Londres 1973, p. 63.
[2] WYMAN David, Paper Walls : American and the Refugee Crisis, 1938-1941, Pantheon, New York, 1985, p. 43.
[3] STRAUSS Herbert A, Immigrant from the Nazi Period to America, New York, 1978, p. 364.
[4] FEINGOLD Henry, The Politics of Rescue, The Roosevelt Administration and the Holocaust, 1938-1945, Rutgers University Press, New Brunswick 1972, p. 93.
[5] Roosevelt pense aussi aux millions de réfugiés qui résulteront de la guerre.
[6] WYMAN, op. cit. p. 59.
[7] MARRUS Michael R. Les Exclus, Les Réfugiés Européens au XXème Siècle, Calman-Lévy, Paris, 1981, p. 188.
[8] WYMAN, op. cit. p. 57.
[9] Ibid. p. 189.
[10] Ces deux pays sont sous le contrôle colonial respectif de l’Italie et du Portugal.
[11] Ibid. p. 58.
[12] SIMPSON John, Hope, The Refugee Problem, a Report of a Survey, Oxford University Press, New York, 1939, p. 549.
[13] SHERMAN, op. cit. p. 179.
[14] WYMAN, op. cit. p. 188-189.
[15] BAUER
[16] ELISSAR Eliahu Ben, Le facteur juif dans la politique étrangère du IIIème Reich, 1933-1939, Julliard, Paris 1969, p. 439. 13 juillet 1939.

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