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Edition du 20 août 2014 à 11h09

Le maquis de Glières / Claude Barbier

En réponse à -8 -7 -6 -5 -4 -3 -2
-1Micro citation et dénigrement de Barbier Claude

Réponse courtoise à brûle-pourpoint de Alain Cerri le mercredi 20 août 2014 à 10h54

Cher Monsieur,

Tout d'abord, je ne vois pas « dans [votre] travail qu'une vaste fumisterie », c'est-à-dire, selon Le Petit Robert, « une chose entièrement dépourvue de sérieux ». Au contraire, n'ai-je pas déclaré, dans l'un de mes premiers messages : « Ne peut-on pas dire que Claude Barbier a écrit le premier livre académique entièrement consacré aux Glières, lequel fait le point sur la recherche historique de manière assez pertinente dans l’ensemble sans rien apporter de vraiment neuf (finalement, loi du genre) ni échapper à des interprétations tendancieuses, ce qui est le lot de beaucoup d’ouvrages d'historiens parfois éminents (loi de l'histoire, science trop humaine). »

Ensuite, je ne pense pas que le terme « se cacher » soit neutre ; sur ce point, je suis effectivement d'accord avec le général Bachelet : « […] le choix des mots n'est pas innocent. Entre dire échapper [...] et se cacher, il y a une différence. » Et, contrairement à ce que vous affirmez, je n'oublie pas du tout « le contexte » fin janvier 44 en Haute-Savoie, c'est-à-dire l'arrivée d'importantes forces de l'ordre vichystes, sans parler de celle, que vous ne mentionnez pas, des soldats allemands du bataillon I./98 du 1er régiment de chasseurs de montagne de réserve (moins une compagnie qui rejoindra à la mi-février). En effet, un détachement de cette unité attaque le maquis du Cruet dans la vallée de Thônes, tue plusieurs hommes, pille et incendie des habitations à Thuy, ce dès le 26 janvier.

Bien évidemment, les maquisards les plus exposés dans cette vallée n'allaient pas affronter sans armes les centaines de soldats allemands et de policiers/miliciens de Vichy ! Déjà dans le livre de l'Association des Glières, publié en 1946, page 38, on peut lire que Tom Morel l'explique clairement à son adjoint, le lieutenant Jourdan : « Devant les opérations de grande envergure déclenchées contre nous, il s'agi[t] […] de grouper tout le monde, avec toutes les armes existantes, dans une zone facile à défendre que l'on interdir[a] coûte que coûte [le plateau des Glières]. C'est là qu'on attendr[a] les parachutages promis [pour la pleine lune de février]. »

Cependant, encore une fois, il ne s'agit pas de « se cacher » (synonymes dans Le Petit Robert : se dérober, disparaître, se tapir, se terrer, se planquer !) et, en aucun cas, comme vous l'écrivez, « se prémunir des attaques […] pass[e] avant la réception des armes », puisque celle-ci, qui n'a pas encore eu lieu, devient, au contraire, possible par l'installation des maquisards sur le plateau !

De plus, contrairement à ce que vous dites, tous les maquisards de l'A.S. ne montent pas sur le plateau fin janvier/début février. Romans-Petit (cf. son livre Les obstinés, 1945, page 77) prévoit au moins 250 hommes pour réceptionner les parachutages ; or, ce sont seulement 120 hommes qui montent sur le plateau le 31 janvier ! Surtout, « L'ordre des priorités » n'est pas du tout « bousculé », selon votre expression : l'arrivée massive des soldats allemands et des policiers vichystes précipite peut-être la montée sur le plateau de trois camps exposés de maquisards sans armes ou presque, mais ceux-ci vont bel et bien préparer le terrain des futurs parachutages comme prévu !

Cela dit, je maintiens que, pour les gens informés, vous n'apportez pas grand-chose de nouveau sur les Glières, même pas sur les combats du 26 mars dont vous minimisez l'importance. En effet, le combat de Monthiévret, même s'il n'a pas eu l'ampleur évoquée dans la légende, a été décisif, d'une part sur le plan militaire, puisqu'il a décidé le capitaine Anjot à donner l'ordre d'exfiltration du bataillon des Glières et, d'autre part sur le plan psychologique, puisqu'il a constitué le premier affrontement médiatisé et à visage découvert entre les soldats allemands et les maquisards français. Pour le chef régional de la Résistance Alban Vistel (cf. son livre La nuit sans ombre, 1970), « il est indéniable que la douloureuse épopée des Glières eut un retentissement considérable [...] Les conséquences en furent un affermissement de prestige pour le gouvernement de la France libre et un appui accru pour nos mouvements. »

Finalement, vous prétendez avoir eu « la primeur de découvrir certaines archives ». Pourtant, à la page 247 de votre livre, vous écrivez que « les seuls documents en notre possession exactement contemporains du 26 mars sont d’origine allemande : il s’agit du carnet de la compagnie allemande présente dans le secteur du Petit-Bornand ainsi que des télégrammes que s’échangeaient les policiers allemands ». Non seulement, je dispose de ces documents depuis longtemps, mais j’ai également obtenu des renseignements de la part d’anciens combattants allemands que j’ai pu retrouver à la suite de mes recherches !

En outre, voulant à toute force faire des Glières un refuge jusqu'au premier parachutage, vous écrivez : « A partir du premier parachutage, les avions sont repérés, les logiques se contredisent. La dispersion, l'affrontement ou la reddition seront les seuls moyens de résoudre le dilemme. »
Cette assertion, centrale dans votre analyse sur ce point, est fausse : le premier parachutage a lieu le 14 février, or, d'une part, dès le 2 février, la guerre des ondes entre Radio Londres et Radio Paris commence et focalise l'attention nationale et internationale sur la Haute-Savoie et les Glières ; d'autre part, le rassemblement des Glières est très tôt repéré par les forces de l'ordre de Vichy : le 12 février, un important détachement de gardes mobiles en reconnaissance sur le plateau tombe dans une embuscade ; le 13 février, le plateau est complètement encerclé par les forces de l'ordre ! C’est vous qui manifestez une singulière ignorance des événements. Et du contexte ! En effet, vous ne prenez guère en compte la dimension symbolique des Glières, pourtant fondamentale dans la guerre psychologique et la conquête de l’opinion. Permettez-moi, sur ce point capital, de citer Jean-Louis Crémieux Brilhac (cf. Revue d'histoire de la Seconde Guerre mondiale, 99, 1975) :
« [...] ce n'est pas non plus sur le seul plan de l'efficacité locale que les responsables des Glières ont voulu situer leur action, et c'est bien pourquoi les polémiques qui se sont engagées après la Libération étaient sans issue. Ils l'ont située sur le plan d'une efficacité plus haute, psychologique et politique. Dans cette perspective, qui peut dire qu'ils n'aient pas atteint leur but ? Une défaite des armes peut être une victoire d'opinion. [...] les combattants de Haute-Savoie ont défini et comme projeté vers l'extérieur l'image qu'ils souhaitaient donner d'eux-mêmes ; ils ont pu, à l'écoute de la B.B.C., suivre l'édification de leur propre légende. Cette légende, qui sait s'ils l'auraient vécue de la même façon et jusqu'au bout, comme ils l'ont fait, s'ils n'avaient su - ou cru - que la France entière les regardait ? »

*** / ***

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