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La description du livre

histoire de la neutralité SUISSE pendant la Seconde Guerre mondiale / Edgar Bonjour

 

Les nazis en Suisse de Christian Favre le samedi 11 juin 2011 à 18h31

Francis a mentionné quelques lignes concernant les arrestations de nazis

Pour en savoir plus je ne connais que le rapport d'Edgar Bonjour


Edgar Bonjour – Histoire de la neutralité - vol IV

27. La trahison p. 450


Le frontisme plonge ses racines dans l'avant-guerre. Celui qui, à cette époque, faisait partie d'un mouvement de renouvellement et critiquait les défauts de la démocratie n'était pas nécessairement attiré par les idées nationales-socialistes et fascistes s'il pensait que la démocratie supporterait un peu plus d'autorité, plus d'acceptation des responsabilités et plus de discipline. Au début, les frontistes ne visaient pas à renverser l'ordre établi et ne réclamaient pas non plus une nouvelle répartition du pouvoir, au sens démocratique du terme. Mais ils critiquaient l'usage qui était fait du pouvoir, signalaient des défauts et des tares. Ils étaient sûrs que la Suisse saurait se régénérer elle-même. L'un de leurs buts principaux était la suppression de la lutte des classes sur le terrain politique, la création d'une véritable communauté nationale, le renforcement de la volonté de se défendre et une conduite plus ferme des affaires publiques. Ce mouvement éveillait ainsi, au commencement, la sympathie d'hommes de partis très différents. Ce ne fut que lorsque les citoyens animés du bon esprit suisse eurent sondés les abîmes du national-socialisme et se furent détachés des fronts que le mouvement de renouvellement s'engagea toujours davantage dans le sillage du national-socialisme et prit un caractère allemand toujours plus prononcé. Cela seul peut expliquer pourquoi la trahison prenait souvent naissance dans le frontisme. Des enquêtes minutieuses amenèrent aussi bien les autorités judiciaires du canton de Schaffhouse - tribunal de district et Cour suprême - que le Tribunal fédéral à la conclusion que le mouvement frontiste était gravement compromis et qu'on pouvait ainsi, à juste titre, l'appeler un « club pour la préparation de la trahison».
Au début de la guerre, Klöti, député au Conseil des Etats, affirma qu'il y avait trop de frontistes occupant des postes élevés dans l'armée. Le manifeste envoyé par les nationaux-socialistes suisses, en automne 1941, commandants d'unités d'armée et à d'autres personnalités révèle jusqu’où ils osaient déjà aller. Il y était dit entre autres : Un vieux monde s’écroule. Les hommes d'Etat responsables des destinées de la Suisse se barricadent derrière le mot ambigu de neutralité, pour rester à l'abri de la marée montante des forces de renouvellement. En réalité, leurs sympathie vont à l'alliance anglo-américano-bolchevique, aux forces conservatrices. Au milieu de l'Europe, le Général a construit une forteresse qui représente comme un corps étranger. Des officiers de grade élevé, vraiment capables et compétents, récusent le Général et son comportement. Ils qualifient son élection d'erreur monumentale et n'oublient pas qu'il a introduit la politique dans l'armée. Comment s'étonner d'entendre dire faut démobiliser la troupe pour se libérer du Général ? Le peuple commence à saisir que celui qui hait fanatiquement les Allemands conduit le pays à la ruine. Son dernier méfait a été d'incorporer des détachements destruction dans les gardes locales des grandes villes. Rien n'est sacré pour cet homme lorsqu'il s'agit, pour obéir aux Anglais, de mener le pays à la catastrophe. « Le général Guisan est l'ennemi n° 1 de la Suisse. Il est celui qui, de tous les temps, a fait le plus grand mal à la Confédération »
L’année suivante, lorsqu'un produit des fronts, l'« Eidgenôssische Sammlung », commençait à avoir du plomb dans l'aile, on réclama, au parlement et dans la presse, son interdiction en raison de « la relation existant entre le frontisme et la trahison ». La clémence est déplacée lorsqu'on a affaire à des gens qui ont violé leur serment de soldat. A la fin de 1942, von Steiger déclara cependant renoncer pour le moment à une interdiction. Le service de presse et d'information du mouvement d'extrême droite en Suisse continua, dans son organe paraissant régulièrement, l'Eidgenössische Korrespondent, à faire campagne contre le « système » en vigueur. Il déclarait ce qui suit : Sous la pression du « système », la Suisse accomplit des tâches politiques très précises, et probablement aussi des tâches militaires pour le compte de l'Angleterre, de l'Amérique et de la politique internationale. Alors que l'Europe se transforme et que l'initiative appartient de plus en plus aux forces du national-socialisme, le Conseil fédéral, sur ordre de la loge et de la diplomatie britannique, persécute les nationaux-socialistes suisses et tous les amis de l'Allemagne. A Zurich, Bâle, Lucerne et Berne, les prisons se remplissent d'hommes qui ont pris parti pour le national-socialisme. Le gouvernement suisse s'engage ainsi dans la même voie périlleuse qu'ont suivie précédemment Dollfuss et Schuschnigg. L'Eidgenössische Korresponden était logique en s'en prenant à la lutte menée par Karl Barth et en soutenant la défense du traître norvégien Quisling. Dans ses conférences, le colonel Gustav Däniker (que Guisan a éjecté) affirmait que les Allemands seraient en tout cas victorieux à l'est et que les Russes opposaient une résistance sans espoir. Les yeux des extrémistes de droite ne s'ouvrirent même pas lorsque les défaites allemandes devinrent toujours plus nombreuses. On se donnait du courage en disant : « Nous savons que la victoire nous appartient si nous gardons nos nerfs et tenons bon, avec discipline. »
Le Conseil fédéral finit par dissoudre tous les fronts qui subsistaient encore, la « Nationale Gemeinschaft », l'« Eidgenössische Sammlung » et la « Nationale Opposition ». Il motiva cette mesure en disant que les partis en question avaient des buts qui n'étaient pas conciliables avec la maintien de l'indépendance et de la neutralité et qui, par conséquent, compromettaient la sécurité du pays. Les pamphlets que les frontistes publièrent encore avant la fin de la guerre n'étaient plus que le faible chant du cygne d'un mouvement qui se mourait. Le développement de l'action subversive des frontistes confirma la justesse de l'avertissement lancé déjà en novembre 1943 par Ernst Schürch : « Qu'on prenne garde, en ces temps dangereux, à ceux qui se laissent acheter, à ceux qui ne peuvent jouer dans leur pays le rôle qu'ils souhaitent et qui, par conséquent, cherchent à l'étranger leur assise politique; prenons garde aux Suisses qui sont fiers du succès rencontré à l'étranger et qui n'ont pas honte de menacer leur pays d'une intervention étrangère; prenons garde à ces plats valets dont le salaire sera un jour un coup de pied comme Peter Ochs en a reçu un » Il est prouvé que le national-socialisme essayait par tous les moyens de ruiner la Suisse démocratique. Et il est aussi prouvé que certains hommes du « Führerhauptquartier » avaient l'intention de « liquider » tôt ou tard la Suisse, d'une manière ou d'une autre, c'est-à-dire de lui faire subir le même sort qu'à la Hollande, la Belgique et la Norvège. Il est toutefois difficile d'établir exactement quels étaient les buts lointains qu’Hitler avait au sujet de notre pays. Il y avait probablement toujours chez lui un concours de plans différents. Suivant la situation internationale du moment, suivant ce qui se passait dans le Reich, suivant l'humeur personnelle du Führer, tel ou tel projet avait la préférence. On peut cependant dire avec certitude que le Reichsminister Rudolf Hess, suppléant du Führer, comme aussi Heinrich Himmler, chef des SS, étaient partisans de la « solution organique ». Les informations, de sources très diverses , parvenues en Suisse par des voies différentes, sont concordantes : « Dans les milieux en question, on avait l'intention de laisser subsister la Suisse comme Etat indépendant, sans modifications territoriale mais, comme dans le cas des autres Etats germaniques limitrophes, de la lier au Reich par une alliance qui chargerait celui-ci de prendre en main la défense des intérêts de la Suisse en Europe et interdirait à celle-ci d’entreprendre quoi que ce soit qui puisse nuire aux intérêts du Reich; la forme de l'alliance, sous le double aspect du droit public et du droit des gens ne se déterminerait que graduellement. » Une autre proposition qui émanait de gens occupant des charges dans le parti, tendait à un rattachement direct de la Suisse à l'Allemagne, suivant le modèle autrichien ou tchécoslovaque. Le Ministère des affaires étrangères – avec le Reichminister von Ribbentrop et le secrétaire d'Etat von Weizsäcker - occupait, semble-t-il, une position intermédiaire, penchant tantôt d'un côté tantôt de l'autre. Après l'interdiction du « Mouvement national », la tendance radicale a, très vraisemblablement, pris le dessus au ministère des affaires étrangères. On y constatait, avec animosité, que la Suisse n'était plus guère en mesure de renouveler par elle-même sa communauté populaire .
La manière dont le national-socialisme embrigadait et mettait en action les Allemands vivant en Suisse et dont il appuyait, en Allemagne, les Suisses rassemblés dans une association nationale-socialiste trahissait aussi les intentions des hautes sphères allemandes. Encore pendant la guerre, un ancien officier allemand déclara devant un tribunal suisse que les chefs politiques de l'Allemagne avaient certainement voulu priver la Suisse de son indépendance et l'incorporer, à titre de « Gau » dans l'Etat allemand D'autres témoins affirmèrent que les Gauleiter se querellaient déjà au sujet des nouvelles subdivisions de la Suisse. Dans d'autres temps, le ridicule eût tué ces plans, mais la Suisse devait alors les prendre au sérieux. Des instructions détaillées sur la conduite à tenir lors d'une invasion de la Suisse étaient préparées à portée de main dans des tiroirs .
Au cours de l'été 1941 fut fondé à Stuttgart le « Bund der Schweizer in Grossdeutschland » (BSG). Ses chefs, Franz Burri, Ernst Leonhardt et Otto Alfred Lienhard, lancèrent une circulaire disant que leur groupement considérait sans réserve Adolf Hitler comme le Führer de tous les Germains et comme l'homme « qui assurerait un bel avenir, prospère, à tous les peuples d'Europe liés par un sort commun ». Les membres du BSG voulaient être des soldats disciplinés d'Hitler. Mais il y eut bientôt des scissions, d'où naquirent le « Nationalsozialistischer Schweizerbund » et la « Nationalsozialistische Schweizer Arbeiterorganisation ». Ces groupements ne cessaient de se quereller. Des tentatives de fusion furent entreprises sous la pression des Allemands. Il s'agissait de former une fédération générale et de créer une sorte de pépinière de soldats pour la Waffen-SS. Mais ces tentatives échouèrent, les chefs ne pouvant s'entendre. La tendance extrême du « Nationalsozialistischer Schweizerbund » apparaît clairement dans ce qui s'appelait Profession de foi et programme, du 25 avril 1941 : «Il n'y a pas de nation suisse. Nous faisons partie de la substance du peuple allemand. Nous ne voulons pas que notre pays, le pays alémanique des Confédérés, ne soit qu'une sorte d'annexe du Grand Reich. Notre patrie ne doit pas être ou devenir un Etat germanique de la périphérie. Nous voulons aider la nation allemande, notre nation-mère, à diriger l'Europe... Nous voulons exercer le pouvoir dans l’Etat; nous voulons réformer l'Etat et l'économie pour le bien du peuple entier. » Par le truchement de son « Internationale Presse-Agentur » Franz Burri, le chef de la fédération, recommandait à tous les Suisses dans le Grossdeutschland de faciliter la lutte des camarades vivant en se réclamant ouvertement des nouvelles conceptions allemandes. Le mouvement national-socialiste en Suisse, écrivait-il, combat pour la renaissance du Volkstum, contre le régime libéral obéissant aux loges, ce régime qui, ayant pris parti pour les puissances anglo-saxonnes, la liberté et l'indépendance du pays. Mais l'IPA s'en prenait surtout au Général: « Pour nous, Guisan est un criminel et un traître »
A l'instigation d'un double-national, le Dr Riedweg, Obersturmführer, dispositions furent prises pour créer en Suisse une SS qui devait servir à former des soldats pour la WafFen-SS allemande. Mercenaires des temps modernes, 563 Suisses en 1943 et 617 en 1944 servirent dans cette troupe. Ils avaient reçu leur formation en Allemagne, en compagnie de volontaires d'autres pays. Il faut ajouter à ces chiffres 28 SS-Führer, tous officiers, et 16 sous-officiers. De plus, des volontaires, au nombre de 34, servirent dans l'armée et la Luftwaffe, tandis qu'une quarantaine d'hommes occupèrent divers postes dans la hiérarchie et l'administration de la SS. Ces chiffres étaient modestes, si l'on pense au grand effort fait pour recruter du monde. On ignore combien de civils suisses la SS entretenait en Allemagne et en Suisse pour atteindre ses buts. Des estimations n'existent que pour le nombre de gens occupés en Allemagne. Il s'agirait de 1500 personnes. Cette troupe de renégats n'était pas très nombreuse mais elle était dangereuse parce que ceux qui la composaient étaient très actifs et savaient qu'ils n'avaient plus rien à perdre. En outre, il y avait derrière eux toute la puissance de la SS et du Reichssicherheitshauptamt. Les revers allemands sur les fronts et le déclin général de la puissance allemande eurent des effets fâcheux pour eux. Leur propagande auprès de leurs concitoyens - qu'ils fussent fermes, timides ou tièdes - en pâtit de plus en plus.
En 1944, les associations des Suisses d'Allemagne qui se réclamaient, du national-socialisme fusionnèrent pour former le « Bund Schweizer Nationalsozialisten » (BSN). Celui-ci était entièrement sous la coupe de la SS. Les associations dont les tâches avaient donné lieu à des difficultés d'ordre international, par exemple la propagande pour un « anschluss » et le service de renseignements politiques, furent complètement réorganisées. Le BSN n'avait pas à s'en occuper. On créa un organe central l'« Aktion Schweiz », qui fut rattaché à l'« Amtsgruppe D » du SS-Hauptamr. L’« Aktion S » était dirigée par le SS-Obexgruppenführer Berger. Le plan de travail qui lui fut remis montre qu'un organe central de commandement devait être formé sous le nom de « Germanische Leitstelle Schweiz » en liaison avec le service de sécurité, la Gestapo et le Ministère des affaires étrangères. Cette « Leitstelle » comptait, pour exécuter ses plans, se servir d'une organisation de combat, à créer, la « Germanische-SS-Schweiz ». L'« aktion S » centralisait le recrutement d'agents en Suisse et organisait la liaison avec eux. La liaison fonctionnait en partie directement, en partie par des courriers, en partie aussi par les soins des représentations officielles de 1’Allemagne en Suisse. La légation d'Allemagne à Berne devait organiser un service spécial d'information pour l'« Aktion S ». Il y avait ainsi une organisation clandestine bien conçue, qui aurait pu être extrêmement périlleuse, notamment en raison du nombre élevé d'Allemands résidant en Suisse et des citoyens suisses qui faisaient cause commune avec eux.
Les lignes directrices de la nouvelle « Kulturpolitik » étaient définies comme suit : refuser l'esprit « occidental » et international, revenir à ce qui est spécifiquement germanique, procéder à des échanges culturels entre les Suisses allemands et les institutions de l'Allemagne limitrophe, donner un caractère franc-germanique (fränkisch-germanisch) à la Suisse burgonde. La « Kulturpolitik » avait en outre pour buts de rétablir l'ancienne tradition militaire suisse, de bannir les us et coutumes démocratiques et petit-bourgeois en éduquant tout le peuple à penser en soldat. Le programme prévoyait aussi, cela va sans dire, la dévolution de la propriété juive au peuple, la dissolution des syndicats, la suppression des journaux de partis et de la représentation des intérêts dans les parlements des cantons et de la Confédération. I1 fallait opposer des digues à cet afflux d'idées si contraires à 1a mentalité suisse. Aussi fortifia-t-on la volonté de résistance sur le plan psychologique, ce qui s'imposait car, ainsi qu'on le proclamait encore officiellement en 1944,« un peuple qui, pour l'essentiel, ne vit plus de son patrimoine moral est en train de se dissoudre politiquement. Les idées étrangères ne pénètrent plus chez nous par les seuls moyens grossiers d'une propagande insistante. Elles s'infiltrent aussi par toute sorte de détours dans nos esprits et nous assaillent dans des moments de doute, lorsque nous sommes particulièrement vulnérables. Nous devons nous défendre contre ces attaques en cultivant intensivement l'esprit suisse »
Une tourbe d'espions allemands se déversa sur la Suisse dès le début de la guerre. Leur mission était de recueillir des informations d'ordre politique, militaire et économique. Ces gens, avec des Suisses renégats, faisaient partie d'un immense réseau d'espionnage, extrêmement serré. Cet effort de la nouvelle Allemagne pour apprendre ce qui se passait en Suisse suffit à prouver combien Hitler s'intéressait à la Confédération et les desseins qu'il nourrissait. La direction de tout l'espionnage était en main d'un service spécial de la Wehrmacht, l'« Abwehrstelle » (AST). Il y avait à Stuttgart un office central avec un fichier de 20’000 fiches relatives à la Suisse; des succursales dans plusieurs localités de l'Allemagne du Sud s'occupaient spécialement du pays voisin. Même des fonctionnaires de la légation d'Allemagne se faisaient « mouchards ». Alors que plus d'un Suisse les auraient volontiers giflés, d'autres leur faisaient la cour et leur livraient des secrets qu'ils avaient glanés dans les milieux officiels. Au soulagement général, Bibra fut transféré à Madrid, où il continua à servir son parti avec acharnement, ce qui n'étonna personne. Son successeur commença par s'imposer une certaine retenue. On ne peut que remarquer, à la lumière des documents, que des fonctionnaires de la légation ou des consulats d'Allemagne apparaissent sans cesse dans l'appareil dirigé contre la Suisse. Jouissant de l'immunité diplomatique, ils tenaient tous les fils de ce réseau très fin et connaissaient toutes les formes de l'activité subversive. Leurs agents franchissaient, légalement ou illégalement, la frontière, munis de faux papiers et porteurs d'appareils photographiques, et avaient pour mission de recueillir des informations sur les troupes, l'armement, les installations militaires, notamment sur le réduit. Ils devaient aussi déterminer l'attitude que des organisations politiques, des associations et des particuliers avaient à l'égard de l'Allemagne. On voulait aussi savoir ce que produisaient les fabriques suisses, à qui elles livraient leur production et dans quelles entreprises il y avait du capital juif. Au service du contrôle des devises, des agents allemands cherchaient à déceler les dépôts des ressortissants du Reich dans des banques suisses et à déterminer les dépenses des voyageurs allemands en Suisse. Toute cette tourbe gagnait la confïance des Suisses, épiait gens du pays et étrangers et envoyait des rapports, souvent exagérés, à ses mandants, utilisant parfois le courrier diplomatique. Certains agents accomplissaient leur besogne par conviction politique, d'autres par goût de la délation; d'autres encore cédaient à l'appât du gain ou étaient d'astucieux espions professionnels. Il y avait aussi des gens sans scrupules qui trompaient l'un et l'autre pays. Il fallut les procès intentés à des traîtres à la fin de la guerre pour révéler tout ce fourmillement, pour apprendre à la Suisse combien elle avait été surveillée. On a ici et là le sentiment que les puissances étrangères -- y compris les Alliés en matière d'espionnage économique - étaient beaucoup mieux informés sur beaucoup de choses que le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux. L'étranger le fit plus d'une fois comprendre à la Suisse. Tout était épié, même les faits les plus insignifiants, rappelés et servis comme la preuve du « mauvais esprit » qui régnait dans le pays. Les Suisses maudissaient cette racaille qui minait leur patrie.
Il faut dire, à l'honneur de la police suisse, qu'elle n'était pas, au début, aussi bien informée que l'étranger des procédés des espions. Quand la guerre éclata, il n'y avait, pour rechercher les espions et les saboteurs, qu'une petite « police fédérale » secondée par des organes de police cantonaux et les services territoriaux. La Suisse eut de la peine à se libérer de ses anciennes habitudes. Ce n'est que peu à peu qu'elle développa l'appareil nécessaire pour lutter contre les services d'espionnage proliférants de l'Allemagne nationale-socialiste et adapta les moyens de protection de l'Etat au péril grandissant. Passé le temps de la mise en train, l'appareil suisse devint un des plus redoutables, selon le témoignage d'un ancien agent allemand : « Nos réseaux montés avec peine étaient sans cesse désorganisés par l'action efficace de la défense suisse. » Des Allemands appartenant à un mouvement de résistance vinrent aussi, parfois, en aide au contre-espionnage suisse. C'est ainsi que l'amiral Canaris fit savoir par personne interposée que la SS ouvrait le coffre-fort de la légation de Suisse à Berlin et photographiait chaque semaine, plus particulièrement les papiers de l'attaché militaire. Des Suisses de faible caractère, facilement influençables, se prirent à tel point dans le filet serré que l'Allemagne hitlérienne avait étendu sur la Suisse qu'ils acceptèrent de s'enrôler dans la troupe des sbires prêts à user de violence contre leur patrie. Ceux qui se sont ainsi laissés aller à trahir leur pays peuvent avoir agi dans des conditions fort diverses : tel pensait que se soumettre à l'Allemagne signifierait empêcher le sang de couler et éviter des destructions, tel autre encore aspirait à des changements et renouvellements. Il est cependant établi que, dans la majeure partie des cas, les mobiles étaient moins élevés : ambition dévorante de tenir le rôle politique en vue que les conditions existant en Suisse ne permettaient pas de jouer; besoin de s'assurer contre les « vicissitudes de l'histoire ». Et il y avait aussi la simple corruption. Des faits honteux et répugnants reviennent ici à la mémoire. Se profilant comme sur une toile de fond, toutes sortes de personnages se rappellent à nous : Catalinas des temps modernes, qui, n'avant plus rien à perdre, osaient tout; hommes assoiffés de gain disposés à vendre leur patrie pour quelques deniers; authentiques criminels politiques; tous des hommes devenus étrangers à l'esprit suisse. Ils croyaient tous à l'avènement sûr et certain du nouvel ordre allemand et conclurent, pour cette raison déjà, un pacte diabolique avec le tentateur brun. Quelques-uns d'entre eux, pour qui le sol était devenu trop brûlant en Suisse, se réfugièrent en Allemagne et y furent affectés, suivant leurs aptitudes, à toutes sortes de services. Certains de ces hommes avaient la plume facile. Ils attaquaient leur patrie en épanchant leur bile dans des mémoires où éclataient l'obstination et le mensonge. Tout ce qui était reproché à la Suisse s'y retrouvait pêle-mêle: un pays empoisonné par les juifs et les francs-maçons, une opinion publique qui, mise en condition par des misérables journalistes, est excitée contre l'Allemagne, espère en l'Angleterre, n'a que haine et mépris pour le nouvel esprit allemand. Il y avait ici et là une parcelle de vérité, mais l'ensemble donnait une image déformée des choses, portant l'empreinte très nette du fanatisme. D'autres traîtres, qui réussirent à se soustraire à la justice et à fuir en Allemagne, finirent sur les champs de bataille. En 1944 encore, Pilet s'est plaint devant le Conseil national de la tolérance dont ces éléments jouissaient en Allemagne et de l'échec de ses démarches auprès des autorités allemandes .
Le premier procès intenté à des traîtres fut une mesure d'une efficacité passagère. Mais le public réclamait la sécurité pour l'avenir. Au cours des années 1939 à 1945, 1389 personnes furent arrêtées pour service de renseignements militaires, politiques ou économiques. Dans 387 cas, le Département de justice et police confia la poursuite à la juridiction civile. I1 s'agissait de 245 Suisses, 109 Allemands et 33 ressortissants de pays divers. Le ministère public fédéral renvoya, en outre, à l'auditeur de l'armée plusieurs centaines de personnes qui devaient être poursuivies par la justice militaire. Les tribunaux militaires, pendant la période comprise entre l'automne 1939 et l'été 1945, condamnèrent 110 personnes, soit : 33 (dont 15 par contumace) à la peine de mort, 50 (dont 7 par contumace) à la réclusion à vie, 218 à des peines d'emprisonnement de durée limitée. Dix-sept condamnations à mort ont été exécutées, tandis qu'une a été commuée en réclusion à vie par la grâce, qui est de la seule compétence de l'Assemblée fédérale, Chambres réunies. Comparé au nombre des citoyens suisses, le groupe des traîtres paraît bien modeste.
L'idée d'une justice qui fait couler le sang blessait profondément de nombreux Suisses. Aussi la proposition a-t-elle été faite de prononcer des condamnations à mort, mais de commuer la peine, par la voie de la grâce, en réclusion à vie, étant entendu que la peine de mort serait immédiatement exécutée si la Suisse devait être attaquée par la puissance en faveur de laquelle l'acte avait été commis : « Cela nous dispenserait d'être obligé d'appliquer un procédé sanglant qui, il est vrai, serait appliqué par tout autre Etat à ces gens qui mettent le pays et le peuple en péril . » Mais, lorsque, en 1942, la presse réclamait une peine de mort que le code pénal ne connaissait pas, on était a l'époque où il fallait craindre que si l'Allemagne envahissait la Suisse, le bouleversement qui s'ensuivrait n'eût pour effet d'ouvrir les portes des prisons et de placer les condamnés à des postes importants de l'Etat. En tout cas, la cinquième colonne s'attendait alors à des changements prochains. Pilet déclara au ministre d'Allemagne que les traîtres devaient être passés par les armeset que c'était là une peine méritée. Wetter, président de la Confédération, affirma qu'il n'y avait pas de motifs suffisants pour la grâce, mais qu'il y en avait de sérieux pour la refuser. Comme les condamnations à mort frappaient presque uniquement des gens qui avaient travaillé pour l'Allemagne, elles firent une forte impression dans ce pays. Le Conseil fédéral avait institué la peine de mort en se fondant sur ses pouvoirs extraordinaires. Les premières condamnations à mort furent ainsi exécutées en automne 1942. Elles devaient servir à l'expiation d'actes de trahison commis et à l'intimidation de ceux qui pouvaient être tentés d'en commettre. Cet épisode sombre de notre histoire eut cependant un autre effet encore : il révéla à tous, jusqu'au dernier Suisse, les dangers menaçant le pays. La méfiance profonde du peuple à l'égard de l'Etat national-socialiste décidé à user de la force s'accrût et donna naissance à la volonté bien déterminée de se défendre à tout prix.

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