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La Suisse et la guerre 1933 - 1945 / Werner Rings

 

L'assassinat de Gustloff à Davos de Christian Favre le samedi 24 octobre 2009 à 07h29

Le Récit de cet événement par Werner Rings révèle particulièrement bien le climat politique de ce moment et pas seulement en Suisse.


Le raz de marée p.47

La situation se tendit de plus en plus Le 4 février 1936, un étudiant yougoslave de confession juive abattit le chef des nationaux-socialistes vivant en Suisse, Wilhelm Gustloff.
L'auteur de l'attentat se rendit à la police. Il déclara que les coups de feu auraient dû frapper Adolf Hitler. Ce n'est que parce que celui-ci était hors d'atteinte qu'il avait dirigé son arme contre le plus haut dignitaire national¬socialiste en Suisse.
Au moment de l'attentat, le cas Jacob n'était pas encore réglé. Wesemann attendait son procès dans la prison de Bâle. Rien ne pouvait être plus désagréable, en ce temps-là, qu'une nouvelle affaire criminelle de nature politique. Une fois de plus, l'attention du monde se portait sur la Suisse.
Une circonstance aggravante consistait dans le fait que la victime, Wilhelm Gustloff, retenait depuis un certain temps déjà l'attention du public.
Après l'enlèvement de Berthold Jacob, il n'y eut, en dix mois, pas moins de cinq interpellations déposées au Conseil national et au Conseil des Etats et dans trois parlements cantonaux. Des députés de divers partis demandaient des informations sur l'activité des organisations nationales- socialistes de l'Allemagne en Suisse et sur leur chef, Wilhelm Gustloff.
Thalmann, député radical au Conseil des Etats, mentionnait les organisations allemandes d'étudiants qui, dirigées à distance par l'Allemagne, exerçaient une activité politique dans les universités suisses. Il mettait en garde contre le chef national, le «Landes¬gruppenleiter», établi à Davos. Gustloff un étranger, disait-il, exerce en Suisse un pouvoir de commandement dans le cadre de son parti. Cela n'est pas tolérable.
Canova, député socialiste au Conseil national, les jeunes-libéraux et une partie de la presse allaient encore plus loin: Gustloff, disaient-ils, a fondé dans notre Etat fédératif un «Parteistaat». Il a sous ses ordres une organisation nationale¬socialiste rigoureusement structurée. Il devrait être expulsé.
Depuis l'enlèvement de Jacob, l'opinion publique était à tel point inquiète que, par exemple, le Conseil d'Etat du canton de Saint-Gall avait décidé d'agir sans attendre que le Conseil fédéral se soit prononcé. I1 avait interdit à Gustloff de pénétrer sur le sol cantonal. Le moment est venu, écrivait le rédacteur en chef du journal catholique Die Ostschweiz, de sévir avec vigueur.
Le Conseil fédéral, quant à lui, prenait son temps. Encore occupé par le conflit diplomatique concernant Berthold Jacob, il n'avait répondu qu'au bout de six mois aux interventions parlementaires. Il tentait de tranquilliser le parlement et l'opinion publique. L'attitude parfois arrogante de Gustloff, disait-il a suscité un grand mécontentement mais il n'y a, à l'heure qu'il est, aucune raison suffisante pour une expulsion. On ne peut pas affirmer que les organisations nationales-socialistes en Suisse soient contraires au droit ou dangereuses pour l'Etat.
Peu de temps après, la police politique avait mis la main, à Zurich, sur des documents qui ne confirmaient pas l'avis du Conseil fédéral. Il avait fallu reconnaître, au contraire, que les organisations en question étaient loin d'être aussi inoffensives que le Conseil fédéral
l'avait cru. Et l'on avait découvert à cette occasion que le parti d'Hitler comprenait non seulement des Allemands, mais aussi des Suisses parmi lesquels un sténographe de l'Assemblée fédérale, qui fut promptement licencié. Mais les événements se précipitèrent avant qu'on eût appris plus de choses encore. L'assassinat de Gustloff révéla jusqu'à quel point le national-socialisme s'était infiltré en Suisse.

Une cérémonie funèbre allemande à Davos

L'attentat mit en mouvement, avec une étonnante précision, l'organisation montée par Gustloff, cet «Etat dans l'Etat».
Le consul général d'Allemagne à Zurich apprit ce qui s'était passé à Davos avant que les autorités fédérales à Berne en aient été informées. La représentation diplomatique à Berne fut immédiatement mise au courant. A peine 120 minutes après l'attentat, le ministre de la propagande à Berlin avait sous les yeux un rapport télégraphique de la légation d'Allemagne. Les autorités du Troisième Reich et le parti furent mis en état d'alerte, puis immédiatement en action.
Lorsque les éditions spéciales des Basler Nachrichten et du Berner Tagblatt diffusèrent de bon matin la nouvelle de l'attentat de Davos, le chef de la propagande nationale-socialiste en Suisse, en poste à Zurich, et le consul général d'Allemagne dans cette ville étaient déjà en route pour Davos.
A Berlin, le Gauleiter Ernst Wilhelm Bohle, le chef de tous les Allemands à l'étranger, prescrivit un deuil dans le monde entier pour les organisations nationales-socialistes. Le consulat général d'Allemagne à Zurich, les consulats à Lugano, Saint-Gall et Davos mirent en berne leurs drapeaux à croix gammée.
Un nombre impressionnant de personnages de haut rang et d'autres personnes exerçant une charge dans le parti prirent le chemin de Davos. C'était un vrai pèlerinage. De Berlin vinrent un fonctionnaire supérieur du ministère de la propagande et le supérieur hiérarchique de Gustloff, le chef de la section IV de l'organisation du parti à l'étranger. Le ministre d'Allemagne à Berne, le baron von Weizsäcker, interrompit son congé pour se rendre à Davos. Vinrent également sept personnes de Berlin sous la conduite du Gauleiter Bohle, accompagnées d'un vice-consul et du chancelier du consulat général d'Allemagne à Zurich. Elles étaient suivies du chef du groupe local de Zurich, du consul général d'Allemagne à Bâle, du consul d'Allemagne à Genève et des chefs des groupes locaux du parti dans tous les cantons.
«On a de la peine à croire qu'il y ait en Suisse autant d'institutions nationales¬socialistes», mandait à son journal le correspondant des Basler Nachrichten. La dépouille mortelle de Gustloff fut déposée dans le choeur de l'Alexander¬kirche de Davos. Sa casquette des SA, un poignard d'honneur et une décoration nationale-socialiste reposaient sur le cercueil enveloppé du drapeau à croix gammée et entouré de fleurs et de couronnes. Des voiles de deuil tamisaient la lumière des lampes. La chaire était ornée d'une pièce de soie de la jeunesse hitlérienne de Davos. Des membres du parti et de la jeunesse hitlérienne montaient une garde d'honneur.
Le samedi, le Gauleiter Bohle apporta une couronne de la part d'Hitler.
Le consulat général d'Allemagne fit savoir à Berlin que d'autres couronnes du suppléant du Führer, du ministre Gobbels, de l'ambassadeur von Ribbentrop et du «Reichsjugendführer» étaient déposées par des hommes envoyés en mission spéciale.
La cérémonie eut lieu le soir. Des hommes tenant des drapeaux à croix gammée voilés de crêpe occupaient le pourtour de la nef. Le Gauleiter apporta le dernier salut du «Führer und Reichskanzler» et de tous les «camarades allemands sur terre et sur mer». «Gustloff», déclara-t-il, «est mort pour une noble cause. Cette première mort sanglante qui frappe le mouvement national-socialiste à l'étranger nous donne une raison de plus pour travailler au renforcement des liens de tous les Allemands à l'étranger. Lamort de Gustloff a scellé notre fidélité au Führer.»

Un deuil national

Berlin fit de cet attentat une affaire d'Etat de tout premier rang, un événement historique, une démonstration de sa puissance.
La cérémonie funèbre à Davos fut retransmise par tous les émetteurs de la radio allemande.
Le cercueil et ceux qui l’accompagnaient furent transportés en train spécial à Singen, via Zurich.
Le Reichsstatthalter Wagner, des représentants du gouvernement badois et de la Wehrmacht, des délégations de toutes les formations du parti et une grande foule se rassemblèrent à Singen. Marches funèbres, cérémonies à la gare. Le Reichsstatthalter déclara que la Suisse avait sa part de responsabilité dans ce crime effroyable. La foule et les autorités défilèrent devant la dépouille mortelle. Le scénario se répéta six fois dans les gares des autres villes où le train spécial eut un arrêt de quelques heures. Le voyage se termina par une cérémonie officielle à Schwerin, le lieu de naissance de Gustloff dans le Mecklenbourg. Le gouvernement du Reich avait ordonné un deuil national pour toute l'Allemagne.
Des dignitaires du parti en Allemagne et à l'étranger furent convoqués à cette cérémonie. Les «Hoheitstrager» du parti à Riga, Varsovie, Salzbourg, Luxembourg, Belgrade et Sofia reçurent des télégrammes chiffrés les invitant à se rendre à Schwerin.
Pendant ce temps, les correspondants des journaux suisses à Berlin passaient des heures «inconfortables», comme ils le dirent. Des confrères étrangers les appelaient au téléphone et leur conseillaient de ne pas se montrer.
«Il y eut alors la grande surprise», manda Hermann Böschenstein à son journal, les Basler Nachrichten. «Nous avons été invités à prendre le train spécial du gouvernement allemand pour nous rendre à Schwerin.»
Un train spécial amena dans cette localité le suppléant du Führer (le ministre Rudolf Hess), le ministre d'Allemagne à Berne, von Weizsacker, des fonctionnaires du ministère des affaires étrangères et deux Suisses: les correspondants de la Neue Zürcher Zeitung et des Basler Nachrichten, Reto Caratsch et Hermann Böschenstein. Le récit que Caratsch fit par téléphone à son journal immédiatement après la cérémonie mérite aujourd'hui encore d'être lu.

Le récit de Caratsch

«On entend le cliquetis des armes maniées par les rudes soldats à l'uniforme noir de l'escorte personnelle d'Adolf Hitler qui occupent la gare et ses abords. Les participants sont transportés jusqu'à une lointaine Festhalle dans des voitures roulant à toute allure entre deux interminables haies brunes formées de soldats des SA, sur des chaussées bordées de drapeaux voilés de crêpe, puis à travers des boqueteaux enneigés et le long d'un lac gelé. Un avion géant croise au-dessus d'un bâtiment de briques rouges qui fait penser à une halle d'exposition. Des flammes s'élèvent de deux hautes torchères. Un parfum de fleurs enivrant accueille les gens à leur entrée dans la halle.
Sur une estrade éclairée par trois projecteurs, entouré d'une forêt de drapeaux à croix gammée, se trouve le cercueil recouvert du drapeau national. Sur le cercueil, la casquette, le poignard d'honneur et le brassard du défunt. Immobile, une garde d'honneur composée de quatre représentants de l'organisation nationale-socialiste en Suisse et de quatre membres de la jeunesse hitlérienne encadre la bière. A gauche et à droite, deux torchères lancent leurs flammes. Une lumière rouge tamisée passe à travers les fenêtres masquées par des drapeaux à croix gammée. Enveloppée de noir, conduite par deux officiers des SS, la veuve du défunt pénètre dans la halle. Une procession de porteurs de couronnes la suit. Le gouvernement allemand était représenté par près de la moitié de ses membres dans cette assemblée de quelque 4000 personnes.
Après un silence de plusieurs minutes, chacun, sur un signe, se lève de son siège. Puis de nouveau un silence interminable de plusieurs minutes. Enfin 4000 bras se dressent. Hitler, accompagné des tout grands dignitaires du parti, fait son entrée. La musique de la Symphonie héroïque de Beethoven emplit la halle.»
Après trois discours, Hitler monte sur l'estrade et dépose une couronne. «Les projecteurs s'éteignent, le cercueil est dans une pénombre rougeâtre. Dans un éloge funèbre prononcé sur un ton passionné, le chancelier du Reich rend les juifs responsables non seulement du crime de Davos mais aussi de toute la misère que l'Allemagne a connue entre 1918 et 1932.»
Pas un mot aigre à l'adresse de la Suisse. Hitler fait observer que ce pays peut se glorifier du fait qu'aucun non-juif ne s'est laissé soudoyer pour accomplir le crime. Mais il prononce quand même une menace: «Nous comprenons le défi, nous l'acceptons.» Caratsch raconte qu'Hitler termina son éloge funèbre d'une voix qui «secouait jusqu'à la moelle des os». Il cria: «Mon cher camarade, tu n'es pas mort en vain.» Ensuite: «Dès maintenant, chaque groupe local à l'étranger a son patron national-socialiste, son saint martyr de ce mouvement et de notre idée. Son portrait sera suspendu dans tous les secrétariats. Chacun portera son nom au fond du ceeur. Il ne sera jamais, jamais, oublié.»
Les informations publiées en Suisse par les journaux, la radio et le cinéma sur la cérémonie de Schwerin ne restèrent pas sans effet. Elles causèrent une certaine nervosité, une certaine oppression. Mais l'Allemagne n'avait fait que commencer à tirer à boulets rouges sur la Suisse.
Après l'estimable réserve qu'Hitler avait paru manifester dans son éloge funèbre en ne prononçant qu'une phrase, même bienveillante, pour la Suisse, l'Allemagne se déchaîna. La presse accumulait les reproches, affirmant que les journaux suisses étaient moralement responsables de l'assassinat de Gustloff.
Une révélation fit surtout désagréablement sensation. La Frankfûrter Zeitung publiait que cinquante chefs politiques du groupe «Suisse» de la NSDAP avaient participé aux obsèques en Allemagne.
Cinquante chefs nationaux-socialistes en Suisse. «Cela intéresse le peuples suisse sans distinction de couleur politique à un tel point qu'on ne peut se contenter d'enregistrer le fait» écrivait l'Ostschweiz de Saint-Gall.
C'est à ce moment-là que le public Suisse commença à se demander ce qu'avait été le chef de ces cinquante chefs, l'homme assassiné à Davos. Qu'avait-il fait pour mériter les plus hautes distinctions, pour avoir été «canonisé», pour avoir eu des funérailles nationales?

Wilhelm Gustloff

Gustloff, âgé de 23 ans, arriva à Davos en 1917 pour y soigner une tuberculose pulmonaire et y demeura depuis lors. Après sa guérison, il fut engagé comme concierge, puis comme employé d'un établissement allemand de recherches, devenu plus tard l'institut suisse de recherches physico-météorologiques. II vécut des années durant dans des conditions très modestes, cherchant à améliorer sa situation par des travaux occasionnels. I1 pellait la neige et vendait des billets d'entrée pour la place de sport. Il adhéra en 1919 à un groupe d'extrémistes de droite, le «deutschvôklische Schutz und Trutzbund», et en 1929 au parti d'Adolf Hitler. Le Dr Wilhelm Behrens, qui s'occupa de Gustloff pendant douze ans, jusque peu avant l'attentat, le décrit comme un homme à l'esprit un peu borné, «partiellement gentil», mais très fanatique. Il n’a certainement pas été un héros.
On est porté à croire qu'il y avait chez Gustloff un degré extraordinaire de fanatisme mêlé de servilité quand on sait les propos qu'il a tenus au moins deux fois, à un haut magistrat à Berne et à un médecin de Davos, le Dr Spiro : «Si Hitler m'ordonnait de tuer ma femme ce soir à 6 heures, je préparerais mon revolver cinq minutes avant 6 heures et cinq minutes après 6 heures ma femme ne serait plus qu'un cadavre. »
Pour Gustloff, Hitler était, comme il le disait souvent, le «Christ ressuscité». Des personnes sur lesquelles il n'exerçait aucun pouvoir dérivant de ses hautes fonctions au service du parti le connaissaient comme un homme timide, sans indépendance de caractère, un peu empoté, et ne voyaient surtout pas en lui un commissaire redouté.
Mais son rôle d'agent du parti lui valait pouvoir et considération. I1 s'en servit pour devenir le chef des nationaux¬socialistes allemands en Suisse, pour finir dans la peau d'un homme craint et détesté qui savait manier l'instrument de la terreur.
Un fait le caractérise particulièrement: il était le plus ancien, le «dienstälteste» des chefs nationaux de la NSDAP à l'étranger, ce qui fut relevé après sa mort comme un mérite. Il était un «Vorkämpfer», le premier «Hoheitsträger» d'Hitler à l'étranger.
L'ascension de Gustloff dans la hiérarchie du parti avait été remarquablement rectiligne. Elle avait été rapide. Un an après son adhésion au parti, il créait à Davos, en septembre 1930, un point d'appui. Une année plus tard, il était nommé chef de ce qui était devenu le groupe local de Davos. En février 1932, il devenait chef national. Hitler n'était pas encore au pouvoir que Gustloff revêtait déjà la plus haute charge au sein du parti en Suisse.
Si nous savons quelque chose des débuts de l'organisation dirigée par Gustloff, nous le devons à un rapport secret qui avait été découvert vers la fin de la guerre lorsque des unités spéciales des forces alliées victorieuses qui avançaient en Allemagne mirent la main sur une partie des archives de l'Etat allemand cachées dans des caves et des souterrains. Il s'agit d'un mémoire confidentiel adressé par le ministre d'Allemagne à Berne au ministère allemand des affaires étrangères en date du 6 janvier 1932.
Ce document secret était contenu dans un dossier des années 1931/32 portant l'inscription «L'Allemagne et le national-socialisme allemand en Suisse».
Le ministre d'Allemagne, qui suivait d'un oeil attentif et critique ce qui se passait en Suisse, renseignait le mini¬stère des affaires étrangères sur les débuts de l'activité des nationaux¬socialistes allemands dans le pays. A ses dires, les premiers points d'appui et groupes locaux du parti d'Hitler furent créés en 1931. Il mentionnait les groupes locaux de Zurich et Lugano et les points d'appui de Saint-Gall, Genève et Davos. Il annonçait la prochaine transforma¬tion du point d'appui de Davos en un groupe local. Le nom de Gustloff apparaissait pour la première fois.

Les débuts de la NSDAP en Suisse

Le ministre d'Allemagne avait fait faire une enquête avec l'aide des consulats. Son mémoire en récapitulait les résultats. S'exprimant sur le but de l'organisation, les chefs des groupes locaux et des points d'appui affirmaient que leur ambition était de répandre l'idée nationale-socialiste, mais seulement au sein de la colonie allemande. Une petite équipe de propagandistes formés à Munich leur prêtait son concours pour cela. Ils entendaient en outre recueillir des fonds pour atteindre leurs objectifs. Toutes les personnes interrogées avaient affirmé qu'elles se comportaient d'une manière tout à fait légale. Le Führer leur avait interdit de s'immiscer dans la politique de leur pays de rési¬dence.
Un des moyens de propagande consistait à faire distribuer des exemplaires du journal du parti, le Vôlkischer Beobachter, dans toutes les villes de Suisse par les membres des groupes locaux et des points d'appui. Cette propagande et la collecte de fonds à Zurich avaient, était-il dit, du succès. Le ministre d'Allemagne expliquait à quoi il fallait l'attribuer: les membres du parti savaient user du chantage.
«Le recrutement de nouveaux membres dans les milieux aisés de Zurich, écrivait-il, s'obtient le plus souvent par un moyen qui consiste à dire aux intéressés que la NSDAP possède déjà une liste de cas d'évasion de capitaux et d'éva¬sion fiscale et qu'elle connaît exactement les conditions de fortune, de sorte qu'il est recommandé de verser une contribution.»
Comme l'exposait également le ministre d'Allemagne, les esprits au sein de la colonie allemande à Zurich étaient de mieux en mieux disposés en faveur du mouvement national-socialiste. Il précisait: «A côté de diverses personnes qui jouent un rôle dans cette colonie, le mouvement a la sympathie des membres de la société allemande des conférences, d'une grande partie de l'association des anciens combattants et de l'union des associations allemandes.»
Le rapport du ministre d'Allemagne donnait cependant aussi des informations sur les partisans d'Hitler qui exerçaient une activité en 1931. Parmi les chefs des groupes locaux ou des points d'appui, il y avait en particulier un apprenti tailleur à Saint-Gall, un officier pensionné à Lugano, un coiffeur et un employé d'hôtel à Genève, un ancien ressortissant du Reich à Zurich et, enfin, un «secrétaire» nommé Wilhelm Gustloff, à Davos.
Mises à part les méthodes de chantage, le rapport donnait l'impression qu'on avait affaire à des gens de condition modeste, plutôt inoffensifs politiquement. On était certainement fort tenté de faire peu de cas de l'apprenti tailleur à Saint-Gall, du coiffeur de Genève et du «secrétaire» à Davos. On ne prenait d'ailleurs pas non plus très au sérieux Hitler lui-même, quand bien même, lui et son parti, incarnaient déjà une force politique considérable. Des observateurs politiques de sens rassis le tenaient pour un aventurier politique avec des idées démesurées, un amateur qui avait fait de la politique sa profession, un possédé, un «apatride venu d'Autriche», un étranger qui n'avait pas même le droit de vote en Allemagne et qui y était encore moins éligible. Bref, il était considéré comme un homme qui disparaîtrait avec la crise qui l'avait fait surgir.
Il est d'autant plus étonnant que la presse suisse enregistra avec méfiance la création des premiers points d'appui et groupes locaux avant même que Gustloff se soit manifesté comme chef national. Les commentaires étaient d'une clarté qui ne laissait rien à dési¬rer.
Sous le titre «Le parti hitlérien à Zurich», la Zürcher Volkszeitung, par exemple, écrivait en août 1931: «La Suisse accordera l'hospitalité à quiconque, qu'il se réclame de Mussolini, de Staline ou d'Hitler, tant qu'il s'abstiendra de toute ingérence dans nos affaires politiques et respectera la loi et la constitution. S'il ne devait pas en être ainsi, elle saura se débarrasser des trublions, d'où qu'ils viennent.» D'autres journaux, surtout socialistes, réclamaient du Conseil fédéral une interdiction générale des partis étrangers.
Les autorités, elles aussi, s'intéressèrent relativement tôt à Gustloff et à son parti. Déjà en février 1932, à peine une année avant l'accession d'Hitler à la chancellerie, le ministère public de la Confédération ordonnait même une enquête de police.
Le résultat conduisit le Conseil fédéral à adresser aux chefs des groupes locaux de Zurich et Lugano, suspects d'espionnage, un avertissement assorti d'une menace d'expulsion et à expulser deux membres du parti en raison de leur activité de mouchards.
Gustloff, qui venait d'être promu au rang de chef suprême de la NSDAP en Suisse, fut informé à cette occasion que le port de la chemise brune nationale¬socialiste était interdit sur territoire suisse.
Cet homme se tira toujours bien d'affaire. Les autorités paraissent avoir tenu sa timidité, son attitude servile, pour des signes sûrs de loyauté. Encore en mai 1935, le Petit Conseil des Grisons était convaincu qu'il était un homme porté à l'idéalisme, «soucieux de respecter nos lois et de se soumettre aux instructions des autorités compétentes».
Mais des preuves de son caractère dangereux existaient déjà.

Les plans d'Hitler

L'organisation à la tête de laquelle se trouvait Gustloff était, en elle-même, dangereuse.
Hitler en personne avait confié à cette organisation, au printemps 1934, une mission dont il n'avait fait part jusqu'alors qu'à ses plus proches collaborateurs.
Il révéla ses plans devant des «représentants du germanisme à l'étranger» triés sur le volet et convoqués à Berlin pour une conférence secrète.
Il rappela que, déjà deux ans avant sa nomination au poste de chancelier du Reich, il avait commencé à faire entrer l'Europe et le monde dans ses plans d'action. A cette époque déjà, il avait ordonné que les nationaux-socialistes vivant à l'étranger soient incorporés dans des groupes à l'échelon local, régional et national et que l'organisation soit rigoureuse. Il entendait organiser à l'échelon continental.
«Messieurs», disait-il, «vous constituez les positions avancées de notre organisation de combat et vous nous permettez ainsi de nous former en bataille et de passer à l'attaque. Vous avez tous des tâches dont nous, les anciens, avons gardé le souvenir rapporté de la guerre. Vous êtes nos postes d'écoute.
Vous avez à préparer, loin devant le front, certaines opérations.
Vous devez dissimuler nos propres préparatifs d'attaque. Considérez-vous comme en guerre. Le droit de la guerre vous est applicable.
Vous êtes peut-être aujourd'hui la partie ]a plus importante du peuple allemand. La nation vous sera, avec moi, toujours reconnaissante de vos sacrifices pour le Reich qui viendra.»
Pour le choix des procédés de combat, Hitler accorda à ses «Hoheitströger im Ausland» des pouvoirs illimités. Il disait: «Pour moi, c'est le succès qui compte. Les moyens ne me concernent pas. »
Le président national-socialiste de la ville libre de Dantzig, Hermann Rauschning, qui se sépara plus tard d'Hitler, était parmi les auditeurs. On lui doit le fait que la teneur du discours s'est conservée.

Le groupe national de la NSDAP en Suisse

A l'époque où Gustloff fut assassiné, le réseau de l'organisation de la NSDAP à l'étranger s'étendait au monde entier. Les groupes et groupuscules qui s'étaient formés sous le commandement de coiffeurs, d'apprentis tailleurs et d'anciens officiers étaient devenus une entreprise à l'échelle du monde, avec direction centrale.
Une fois l'an, des délégations venant de tous les pays se rendaient par centaines et milliers en Allemagne pour participer à une grande manifestation. Leur chef se nommait Rudolf Hess.
Hess, suppléant du Führer, avait sous ses ordres tout l'appareil du parti, avec un état-major de 32 Gauleiter et une organisation de base comptant plus de 280000 fonctionnaires du parti en Allemagne.
Depuis le ler avril 1935, Hess avait également comme subordonné le chef d'un nouveau «Gau Ausland», qui groupait les organisations du parti dans les différents continents.
Ce nouvel organisme central avait ses propres services: un office de la culture, un office de la presse, un office du com¬merce extérieur, un office portuaire ayant sa propre organisation d'alerte et de surveillance. Ernst Wilhelm Bohle, nommé chef de l'organisation du parti à l'étranger, était devenu le 33e Gauleiter. C'est lui qui prononça l'éloge funèbre à l'Alexanderkirche de Davos. Bohle était responsable de toutes les sections du «Gau Ausland», donc aussi de la section IV couvrant la Hongrie, l'Autriche, l'Italie et la Suisse. Un certain Koderle fut désigné pour diriger la section IV à titre de commissaire. Lui aussi se hâta, après l'attentat, de quitter Berlin pour se rendre à Davos.
La structure du groupe «Suisse» ne différait en rien de celle de la NSDAP dans les autres pays.
Gustloff avait sous ses ordres l'appareil du parti, les chefs des groupements de jeunesse et de sport, ainsi que du front allemand du travail, les organisations féminines et tous les groupements secondaires, etc. Cinq chefs de district nommés par lui à titre de commissaires contrôlaient l'appareil central, les groupes locaux et les points d'appui de la NSDAP, avec un effectif initial de 5000 Allemands. Dans les communes importantes, il y avait des cellules et des blocs, constituant ensemble le groupe local (celui de Zurich comprenait huit cellules composées de trois à quinze blocs). A l'époque de l'attentat, des centres du parti existaient dans 66 localités: il y avait 45 groupes locaux et 21 points d'appui.

Les «heimatlose Deutsche» de la Suisse

La mission des organisations du parti à l'étranger, telle que l'avait exposée Hitler au printemps 1934, demeura totalement ignorée du public. Mais le but politique, ce but que l'organisation de Gustloff cherchait également à atteindre, n'était aucunement tenu secret. Il n'était pas même camouflé. Il était indiqué avec une franchise désarmante dans les écrits de propagande et dans les «Schulungsbriefe » de la NSDAP; les journaux allemands reprenaient ces indications, les commentaient, se complaisaient à traiter la question en long et en large.
Il s'agissait de créer un Reich réunissant tous les Allemands de sang aryen. Déjà dans son livre «Mein Kampf», contenant son programme politique, Hitler avait proclamé que ceux qui sont du même sang appartiennent au même Reich.
Qu'en était-il des Suisses? Tout dépendait de leur ascendance, de leur appartenance «par le sang» au peuple allemand.
Les Suisses alémaniques étaient des «Volksdeutsche» ou des «Auslands¬deutsche». Les bulletins de l'organisation du parti à l'étranger expliquaient ce qu'il fallait entendre par ces termes: Est «Auslandsdeutsch» tout homme vivant à l'étranger qui appartient par le sang au peuple allemand, sans égard à sa nationalité.
Sur des millions de cartes allemandes, la Suisse alémanique n'était pas indiquée. Elle faisait partie de l'Allemagne d'Hitler. Lorsqu'on parlait des 90 millions d'habitants du Grand Reich, les 3 millions de Suisses alémaniques, ces Allemands apatrides, étaient implicitement compris dans l'addition.
Les illustrés, les manuels, les atlas, les livres d'école et les ouvrages consacrés à la connaissance du pays anticipaient sur l'avenir envisagé: la Suisse s'y présentait comme une province du Troisième Reich. Zurich, Bâle et Berne étaient des villes allemandes.
Il arrivait même qu'on y annexe toute la terre, qu'on y parle d'un «grand Reich allemand mondial».
Le Conseil fédéral ayant une fois protesté contre cette expression, le ministre de la propagande fit savoir confidentiellement aux journaux allemands que son emploi n’était pas opportun et devait être réservé pour de futures occasions.

L’ombre de Gustloff

Denant la toile de fond que constituaient les plans du Führer diabolique et cette organisation du parti s’étendant sur le monde entier, Gustloff donne l’impression d’un freluquet,d’une nullité, d’un fonctionnaire aux allures militaires, mais sans volonté. Mais en Suisse, dans des conditions à l’échelle d’un petit pays, son rang hiérarchique suffisait pour lui donner pouvoir sur les hommes. Il pouvait aussi, s'il l'estimait bon, user arbitrairement d'une part de ce pouvoir que détenait le Troisième Reich. Il était un commissaire qui bénissait et punissait, un homme à la fois insignifiant et puissant. Fallait-il transférer à Madrid un Suisse directeur d'une grande entreprise allemande en Argentine ou le limoger en raison de ses relations avec des milieux germanophobes? La décision était prise par l'office du commerce extérieur de l'organisation du parti à l'étranger. Gustloff fournissait les renseignements décisifs.
Les hommes de confiance de Gustloff prêtaient serment à Hitler mais aussi à lui-même. Ils se soumettaient à lui par leur serment. Ils posaient la main sur le drapeau à croix gammée et promettaient obéissance inconditionnelle à lui et au parti de celui qui était leur chef.
D'autres, la main levée pour le salut hitlérien, répétaient la formule du serment diffusée par un émetteur allemand. Ils attestaient ensuite, par leur signature, qu'ils seraient indéfectiblement fidèles à Hitler et aux chefs désignés par lui. Les formules du serment étaient déposées chez leur chef Gustloff, à Davos.
Celui qui hésitait à faire serment au Führer ou auquel il répugnait d'adhérer à l'une des organisations dépendant de Gustloff risquait la perte de ses droits. Le consulat d'Allemagne pouvait lui refuser de prolonger la validité de son passeport ou de son acte d'origine. Gustloff envoyait des lettres de menaces, posait des ultimatums, ordonnait de boycotter des artisans et des commerçants. Le journal du parti, qui paraissait à Zurich, publiait son invitation à boycotter les entreprises hostiles à l'Allemagne.
Sur ordre, il lançait ses mouchards contre des Suisses comme contre des Allemands. II envoyait des informations chiffrées à Berlin. Si on le désirait, il dirigeait la puissance économique que détenait la colonie allemande contre les ennemis du Troisième Reich. Lui, le timide, savait intimider.
Un membre du Grand Conseil des Grisons, un avocat connu comme opposé à Hitler, n'osait plus recevoir de vieux amis venus d'Allemagne, se montrer en public avec eux. Un rapport envoyé par Gustloff à la centrale du parti à Berlin pouvait leur coûter cher.
Lui et sa femme rencontraient leurs amis allemands secrètement, dans une forêt, se donnant l'air de promeneurs qui ne se connaissaient pas. Un couple suivait l'autre, à un intervalle prudent. On causait sans se regarder. On agissait comme des conspirateurs. Et cela se passait à Davos. Il n'y avait pas échange de secrets. On ne parlait que d'amis, de souvenirs de jeunesse. La joie discrète du revoir.
On se séparait ensuite, sans embrassades, sans poignées de main.

Les constatations de la police

En novembre 1935, trois mois avant l'attentat, la police zurichoise entreprit une vaste opération contre les bureaux de la NSDAP et les organisations affiliées. Elle perquisitionna également les appartements des chefs de «l'organisation des étudiants allemands en Suisse». Le butin fut considérable. La police saisit des pièces prouvant que les organisations de Gustloff pratiquaient un service de renseignements à direction centralisée, dans lequel des courriers diplomatiques et des membres de l'organisation des étudiants étaient impliqués. La responsabilité de Gustloff était patente.
I1 fut établi que, pour ce qui concernait l'encadrement des étudiants appartenant au groupement national-socialiste, les pouvoirs de Gustloff s'étendaient à toute l'Europe occidentale. C'est lui qui nommait aussi le chef national de l'organisation des étudiants allemands en Suisse.
Des photographies et des papiers saisis par la police révèlèrent en outre le caractère paramilitaire des sociétés spor¬tives allemandes. On apprit que les membres de ces sociétés appliquaient les prescriptions de service des SA alle¬mandes. Le «temps de service» accompli en Suisse leur était pleinement compté comme temps de service dans les SA. Même en Suisse, ils portaient l'uniforme lors de leurs rencontres et de leurs exercices.
Des bulletins mensuels prouvèrent que les sportifs allemands vivant à Zurich participaient, dans la zone frontière allemande, à des simulacres d'attaques nocturnes à la grenade, à des exercices de marche et d'utilisation du terrain.
Les rapports enregistraient «des exercices d'exploration rondement menés», une marche d'un jour des SA se termi¬nant à Zoug, des exercices et services en uniforme, une marche avec paquetage jusqu'à Baden. En août 1935, les hommes des SA, était-il dit, passèrent deux jours à Waldshut sur la Küssaburg, où ils s'exercèrent, tirèrent et travaillèrent sur le terrain.
Ces formations sportives étaient, elles aussi, subordonnées à Gustloff.
Les autorités se demandèrent à quoi devaient servir ces formations para¬militaires mais ne purent arriver à aucune réponse satisfaisante. Les présomptions ne débouchèrent que dix ans plus tard sur des soupçons fondés. Ce fut le jour où, à l'époque de l'effondrement du Troisième Reich, la police fédérale pénétra dans le «foyer allemand» à Berne et y saisit 30000 pattes d'épaules noires.
Les découvertes de la police montrèrent peu avant l'attentat contre Gustloff combien poussée était l'infiltration nationale-socialiste en Suisse, combien elle était ramifiée, combien utile elle pouvait être à l'espionnage politique et économique du Troisième Reich. Gustloff, que les autorités continuaient à tenir pour un homme assez inoffensif, un agent au fond correct et loyal, appa¬rut comme une pièce maîtresse de l'Allemagne sur l'échiquier suisse.
La réaction sans retenue que suscita chez les Allemands l'attentat dont il fut victime était fort compréhensible pour les initiés. Il fallait d'autant plus s'at¬tendre que les maîtres du Troisième Reich exploiteraient au maximum l'attentat de Davos.

Les reproches allemands

En Allemagne, des rues et des places reçurent le nom de Gustloff. Un grand navire porta plus tard son nom. Même le poète suisse Jakob Schaffner, un adepte de l'idée de la nouvelle Allemagne, consacra à la victime de l'attentat un poème en trois strophes. Un assassin juif avait fourni un «héros» au Troisième Reich.
La politique allemande s'empara de l'affaire selon toutes les règles de l’affaire selon les règles de la technique moderne des mass média. Elle avait dévelloppé cette technique. Elle savait combien une propagande bien orchestrée, déclenchée brusquement, dosée avec soin et arrêtée tout aussi brusquement, combien des manifestations organisées de la colère populaire, un deuil national ou la «canonisation d’un martyr peuvent accroître l'impact d'une action politique. Cette technique conçue pour influencer les masses, qui avait déjà souvent assuré des avantages remarquables sur le plan diplomatique ou politique, fut ainsi appliquée également dans le cas de Gustloff.
Cela commença par une attaque violente. Le lendemain de l'attentat, le ministre d'Allemagne à Berne adressa au Conseil fédéral un sérieux avertissement. Au téléphone, il déclara au conseiller fédéral Motta que le compte de la Suisse à l'égard de l'Allemagne était déjà lourdement grevé et que cette nouvelle affaire épouvantable risquait fort de faire déborder la coupe. L'allusion au cas Jacob était claire.
Il y eut ensuite le geste conciliant, tout à fait inattendu, d'Hitler qui, dans l'éloge funèbre qu'il prononça, adressa à la Suisse une louange ambiguë. Comme pour confirmer avec force les intentions pacifiques et la grande indulgence d'Hitler, les services du parti en Allemagne reçurent pour instructions expresses de ne pas tolérer de désordres dirigés contre les juifs, quand bien même l'auteur de l'attentat était juif.
Le terrain était ainsi préparé pour un nouveau choc psychologique lorsque l'artillerie lourde d'une presse allemande mise au pas ouvrit d'un coup le feu avec toutes ses pièces.
Le Völkischer Beobachter, l'organe officiel de la NSDAP, ouvrit sa campagne contre la Suisse en écrivant: «La haine entretenue systématiquement et les campagnes d'excitations sont à l'origine de ce crime crapuleux de la pire espèce. Depuis des années, une grande partie de la presse suisse a prêté la main aux auteurs de crimes politiques.»
De son côté, le Berliner Tagblatt annonçait qu'un seul cri d'indignation retentissait en Allemagne et affirmait qu'une atmosphère de haine aveugle régnait en Suisse.
Le Schwarze Korps, l'organe de la Reichsführung SS, publiait en première page une caricature haineuse, représentant le Conseil fédéral suisse comme une marionnette entre les mains d'un juif, auprès du cercueil de Gustloff, la victime des marxistes .
Les reproches et les accusations adressés à la Suisse par les journaux allemands visaient surtout la presse, qui, depuis l'enlèvement de Berthold Jacob, n'avait cessé de mettre en garde contre Gustloff et l'organisation dont il était le chef. Le moment était venu de museler la presse.
Il fallait la mettre en accusation. Il fallait lui reprocher de porter la responsabilité de l'attentat. Sur le ton de la plus vertueuse indignation, on affirmait qu'elle était véritablement l'instigatrice de l'assassinat et qu'elle devait assumer la responsabilité de cette incitation au crime. Le Conseil fédéral, était-il également dit, porte sa part de responsabilité. Il a toléré tacitement les attaques dirigées contre Gustloff.
Qu'importait-il que le Conseil fédéral rejette ces assertions?
En même temps, la campagne était dirigée contre les «suppôts du système», contre la puissance exercée par les juifs dans le monde entier, cette puissance qui se servait aussi du Conseil fédéral comme d'une marionnette. On affirmait que l'auteur de l'attentat avait été l'instrument d'une conjuration juive internationale. Aussi l'Allemagne, ajoutait-on, exigeait-elle une enquête internationale pour démasquer les véritables auteurs du complot ourdi contre l'Allemagne hitlérienne.
Le Conseil fédéral annonça que ces reproches feraient également l'objet d'une enquête.

L'auteur de l'attentat

Les autorités chargées de l'enquête commencèrent par s'occuper de l'assassin et cherchèrent à déterminer les mobiles du crime.
L'auteur de l'attentat, David Frankfurter, âgé de 26 ans, fils d'un rabbin yougoslave, étudiait la médecine à Berne.
Ainsi qu'on le constata, il souffrait d'une maladie chronique. Depuis l'âge de 7 ans, il était atteint d'une tuberculose des os très développée. Cinq opérations avaient laissé aux jambes et à un bras des cicatrices bien visibles. Une nouvelle opération était devenue nécessaire parce que le pus avait pénétré jusqu'aux méninges.
Le jeune homme avait un teint extrêmement pâle. Il était un fumeur nerveux qui fumait une cigarette après l'autre. Il entendait mal d'une oreille et souffrait de vifs maux de tête et d'asthme bronchial chronique. Lorsqu'il montra à sa logeuse le revolver qu'il avait acheté quatre semaines avant l'attentat, elle fut si effrayée qu'elle n'osa pas lui demander ce qu'il comptait en faire. Elle était persuadée qu'il voulait s'ôter la vie.
Les recherches de police renforcèrent cette impression. On finit par être certain que Frankfurter nourrissait surtout un suicide. Ce n'est qu'après avoir décidé de mettre fin â ses jours qu'il envisagea la possibilité d'un attentat.
«L'idée de tuer d'abord un national¬socialiste mûrit alors en moi», déclarat-il lors de son premier interrogatoire par la police. Son mode de vie, ses lettres d'adieu, les dépositions de ses amis, de ses connaissances et des étu¬diants qui le connaissaient corroboraient cette assertion. Frankfurter n'appartenait à aucun parti ou groupement politique. I1 n'avait jamais exercé d'acti¬vité politique quand bien même il avait souffert des événements qui s'étaient produits dans l'Allemagne d'Hitler. Les désordres antisémites, la persécution des juifs le préoccupaient, le déprimaient. Dans sa lettre d'adieu à sa soeur, il écrivait qu'il ne pouvait pas supporter plus longtemps les malheurs du peuple juif. Peu avant l'attentat, il écrivait à son père qu'il avait perdu sa foi en l'humanité.
Le résultat des recherches de la police pouvait se résumer en une phrase: l'assassinat a été l'acte de désespoir d'un homme qui allait se suicider. Frankfurter n'était pas l'instrument
d'une sombre conjuration. Rien ne permet de penser qu'il y a eu des fauteurs. L'acte d'accusation conclut que l'enquête très poussée n'avait révélé aucun indice de complot ou d'instigation au crime.
Les porte-parole du Troisième Reich ne l'entendaient pas de cette oreille. Ils maintinrent fermement la thèse du complot. Ils firent tout ce qui était en leur pouvoir pour l'étayer, pour la faire accepter. Le directeur d'une agence de presse antisémite à Erfurt s'adressa au président de la Confédération suisse, affirmant savoir que Frankfurter était au service d'un «exécutif» judéo-bolcheviste. La «Mordzentrale», le point de ralliement des assassins en Suisse, se trouvait à Berne. I1 invitait le président de la Confédération à faire supprimer cette centrale criminelle sur sol suisse.
Les autorités d'instruction reçurent d'autres côtés encore des lettres signa¬lant des pistes, contenant des accusations, des dénonciations anonymes, etc. Des témoins étaient indiqués, des documents étaient produits. Mais rien ne résista à un examen approfondi. Les prétendus témoins étaient introuvables. Les documents étaient des faux.

Le procès de Coire

David Frankfurter passa en jugment à Coire, en décembre 1936. Après le procès qui s’était déroulé en mai à Bâle contre Wesemann, il y avait de nouveau un procès dont le retentissement était international. L’affaire Gustloff se présentait comme une suite de l’affaire Jakob.
L’intérêt porté par l’opinion mondiale s’était encore accru. Les débats furent suivis par deux-cents correspondants venus du monde entier. Il s’agissait d’une « affaire » dont l’ambassadeur de France à Berlin, André François Poncet, disait dans une lettre à son ministre des affaires étrangères à Paris qu’elle mettait en jeu les relations internationales, voire la paix en Europe. Un petit pays, sans puisance véritable, aurait à juger une affaire dans laquelle est impliqué ce pays si puissant et redou¬table qu'est l'Allemagne.
Berlin, comme il fallait s'y attendre, prit le procès très au sérieux. Un personnage de tout premier rang, un «juriste de la couronne», le professeur Friedrich Grimm, fut envoyé à Coire comme représentant de la partie civile. Hitler le convoqua préalablement à Berlin pour discuter avec lui la tactique à suivre par l'Allemagne. Le chancelier resta en liaison téléphonique avec lui jusque pendant le procès.
La NSDAP mobilisa ses premiers ténors: un directeur ministériel du minis¬tère de la propagande, le chef de la section IV de l'organisation du parti à l'étranger, une cinquantaine de rédac¬teurs en chef des plus grands journaux allemands, des correspondants spéciaux, des cinéastes, des photographes de presse. Ils constituaient le plus fort groupe de journalistes à Coire. Des policiers allemands en civil veillaient à leur sécurité.
Il arrivait rarement que les correspondants apparaissent isolément. Ils formaient le plus souvent une troupe disciplinée. C'est en troupe qu'ils parcouraient le chemin entre leur hôtel et le bâtiment du tribunal. Dans l'enceinte du tribunal, leur chef leur donnait des indications précises sur ce qu'ils devaient écrire et comment ils devaient écrire. Les mots d'ordre étaient donnés par un fonctionnaire supérieur du ministère de la propagande.
Le comportement martial de ces Allemands pleins d'eux-mêmes exerça une pression visible, à laquelle ne répondait aucune pression notable en sens con¬traire. L'interdiction de filmer et de photographier dans le bâtiment du tribunal cantonal fut, par exemple, violée avec tant de désinvolture par les reporters allemands qu'il fallut finir par la rapporter. Frankfurter devait passer la nuit dans le bâtiment du tribunal parce que son transport à travers la localité paraissait trop dangereux.
Les correspondants allemands attachaient peu de prix à une description ob jective du déroulement du procès. S'exprimant sur la personne de l'accusé, le directeur ministériel Wolfgang Diewerge, par exemple, écrivait dans le Völklischer Beobachter: «De temps en temps il sort son mouchoir de sa poche, purge son vrai nez de juif - héritage de ses ancêtres - et se tamponne les yeux comme s'il voulait écraser quelques larmes de crocodile.» Les autorités judiciaires n'étaient pas traitées avec plus de douceur. Un correspondant allemand affirmait que l'expert psychiatrique entendu par le tribunal, le Dr Jörger, prenait parti pour un criminel d'une voix pleurarde, peu virile. L'expertise, était-il dit, est un défi inouï à l'adresse du public allemand. Le Vöklkischer Beobachter la qualifiait de parodie d'expertise dans un journal de car¬naval, de plaidoyer d'un goût douteux pour un assassin.
A certains signes on pouvait penser que l'Etat dans l'Etat de feu Gustloff et son service de renseignements continuaient à fonctionner sans changements. En effet, des journaux allemands publiaient des citations textuelles de lettres adres¬sées à David Frankfurter, de lettres qu'il ne connaissait peut-être pas et dont son défenseur n'avait en tout cas pas connaissance. On n'a jamais su comment les journaux étaient entrés en possession de ces lettres.
La partie civile fut même en mesure, lors des débats, d'indiquer le contenu d'une conversation que l'assistant du défenseur avait eue peu auparavant, sans témoin, sans surveillance, avec l'accusé. Comment cela fut-il possible? C'est aussi resté une énigme. David Frankfurter fut condamné à 18 ans de réclusion et au bannissement à vie.

Le citoyen méfiant

On aurait pu penser que l'affaire Gustloff et que l'attaque massive dirigée par les Allemands contre toute la Suisse, peuple et gouvernement, auraient fait l'accord complet entre Suisses pour une défense commune. Le contraire se produisit.
Mis à part les journaux frontistes, la presse de tous les partis qui cette fois-ci exprimait véritablement l'opinion publique, était unanime. Elle rejetait catégoriquement les accusations allemandes et donnait libre cours à son irritation. Elle réclamait une vigilance accrue et des mesures rigoureuses contre l'organisation de parti à la tête de laquelle il y avait eu Gustloff.
Il n'en alla pas de même du Conseil fédéral. Il devait avoir des égards. Il pouvait craindre que l'attentat de Davos ne contrecarre ses efforts pour liquider définitivement cette affaire Jacob qui s'éternisait. L'attentat augmentait en tout cas une tension internationale déjà nsupportable. Les soucis s'accumulaient.
Les problèmes et les voies et moyens de la diplomatie ne sont pas ceux d'une politique qui ne craint ni le grand jour ni une parole maladroite. On ne pouvait guère compter sur de la compréhension pour la situation délicate dans laquelle se trouvait le Conseil fédéral face à l'Allemagne.
Les conditions s'aggravèrent encore lorsque le Conseil fédéral suscita inutilement l'irritation du public.
Déjà le lendemain de l'attentat, l'un de ses membres avait manifesté un étonnant manque de doigté politique en fournissant des armes au Troisième Reich et à sa presse, qui observait pour l'instant de la retenue. I1 reconnaissait que l'assassinat de Gustloff était la conséquence de l'agressivité de la presse suisse. C'était là un témoignage dont Berlin pouvait se prévaloir.
Ce ne fut pas tout. Ce même conseiller fédéral - c'était Baumann - ajouta qu'on connaissait à Berne l'origine de cette campagne de dénigrement. Il devait condamner l'attitude de la presse marxiste en particulier mais aussi celle d'une partie de la presse bourgeoise qui, comme il le déclarait, s'en était prise à Gustloff sans rien savoir des faits et n'avait cessé de demander son expulsion. On pouvait supposer qu'il ne voulait pas savoir que son département avait en main des preuves contre Gustloff.
Ce comportement n'était pas très adroit. Aussi le Conseil fédéral, comme tel, prit-il ses distances avec les déclarations de Baumann et affirma-t-il catégoriquement le contraire.
On se rappela alors que Baumann avait déjà défendu plus d'une fois le chef national allemand. Il s'était porté garant de sa loyauté devant le Conseil national, en relevant que, sur une simple demande, Gustloff s'était empressé de fournir aux autorités suisses les noms des nationaux-socialistes assermentés qui vivaient en Suisse. Cette déclaration, elle aussi, avait été contestée.
On pouvait lui opposer le fait que Gustloff avait interdit strictement à ses chefs de groupes locaux et de points d'appui de donner quelque information que ce soit aux autorités suisses. Et l'on savait qu'il avait refusé de communiquer au gouvernement du canton de Saint-Gall les noms des personnes assermentées. Plusieurs journaux avaient publié «in extenso» l'échange de lettres entre ce gouvernement et Gustloff. A cette occasion, le département cantonal de police avait d’ailleurs écrit à Gustloff, en avril 1935: «L'espionnage et le mouchardage que l'Allemagne fait pratiquer en Suisse, l'enlèvement impudent de gens à travers la frontière, ont obligé les autorités suisses à ne pas prendre ces choses à la légère.»
Le gouvernement du canton de Saint¬Gall avait fini par interdire l'accès du territoire cantonal à Gustloff lorsqu'il avait persisté dans son refus. En raison de l'affaire Jacob, le conseiller fédéral Motta avait cependant fait le nécessaire pour que l'interdiction cantonale ne soit ni publiée ni mise en vigueur.
Et cela continuait. Les mesures que le Conseil fédéral prenait pour détendre un peu les relations avec le Troisième Reich devaient, dans les conditions du moment, provoquer presque infailliblement le mécontentement du public. L'entente entre le peuple souverain et le Conseil fédéral pâtissait par la force des choses.
Il était difficile de saisir pourquoi le livre d'Emil Ludwig, qui montrait de la compréhension pour David Frankfurter, était interdit en Suisse et pourquoi deux brochures du directeur ministériel Diewerge, qui soutenait la thèse de la propagande allemande suivant laquelle les vrais assassins de Gustloff étaient en Suisse, pouvaient être répandues.
On se demandait s'il était indispensable que le Conseil fédéral présente officiellement au gouvernement allemand les condoléances du peuple suisse pour la mort de Gustloff, comme si celui-ci n'avait pas été un simple particulier mais un diplomate accrédité à Berne ou un homme chargé d'une haute fonc¬tion dans l'Etat.
Avec le temps, il devint toujours plus difficile de faire comprendre au simple citoyen l'opposition des points de vue. Qui plus est, il arriva que les journaux étaient en mesure d'invoquer des exemples étrangers qui paraissaient montrer qu'une attitude ferme et un comportement énergique pouvaient, le cas échéant, être plus efficaces que des concessions graduelles.
Les soucis de Motta, le conseiller fédéral chargé des affaires extérieures, obligé de faire front de toute part, se lisaient sur son visage.

La fin d'un épisode

En Angleterre, les autorités, qui pourtant supportaient mainte insolence de l'Allemagne, avaient pris des mesures énergiques contre le groupe national de la NSDAP et ses chefs dès qu'elles eurent décelé leurs intentions.
Même la Pologne, sans tenir compte de la déclaration d'amitié polono-allemande de 1934, avait fait arrêter 75 nationaux-socialistes allemands quand une infiltration eut commencé dans le pays. 400 autres s'enfuirent en Allemagne.
Le gouvernement suédois était également intervenu en retirant leur permis de séjour au Gustloff suédois, le Landesgruppenleiter Bartels, et à ses proches collaborateurs. Le retrait du permis équivalait à une expulsion.
Le fait qu'on se montrait habituellement accommodant n'empêchait pas de prendre partout des dispositions énergiques pour lutter contre l'infiltration nationale-socialiste.
Pourquoi le Conseil fédéral hésitait-il? C'est la question à laquelle de tous côtés on le pressait de répondre. Carl Doka, le rédacteur en chef du journal catholique Die Ostschrreiz ne cessait de l'en adjurer, tandis que le volksreclrt socialiste affirmait que si Motta avait ordonné l'expulsion de Gustlolf, il n'y aurait pas eu d'assassinat de Gustloff.
Le Conseil fédéral devait agir. Deux semaines après l'attentat de Davos, il décida qu'aucun chef national et qu'aucun chef de district ne seraient plus autorisés à diriger les organisations d'obédience hitlérienne en Suisse. Les organes dirigeants de la NSDAP furent dissous et interdits. II ne fallait pas que Gustloff eût un successeur et que la NSDAP eût encore des «têtes» en Suisse.
Le Conseil fédéral fit ensuite adopter par les chambres fédérales une loi sur la protection de la Confédération. Elle prévoyait des peines sévères contre «celui qui aurait tenté de mettre la Confédération ou une partie de son territoire au pouvoir ou dans la dépen¬dance d'une puissance étrangère, ou qui aurait tenté d'en détacher un canton en tout ou en partie».
Ce qu'on voulait était clairement dit. Mais Hitler riposta rapidement et avec habileté. Après l'interdiction des organes dirigeants, il ordonna à son ministre des affaires étrangères de placer sous la protection diplomatique les chefs du parti à l'étranger.
C'était là une nouvelle provocation. Un national-socialiste, diplomate de carrière, le baron von Bibra, fut transféré à Berne et prit la succession de Gustloff. Comme l'écrivait la Neue Zürcher Zei¬tung, les nationaux-socialistes avaient trouvé l'oeuf de Colomb. La charge interdite de chef national reprenait vie sous la protection diplomatique.
Le Conseil fédéral ne voulut pas pousser les choses trop loin. Il ne bougea pas.
Deux mois après la condamnation de Frankfurter à Coire, von Bibra mandait confidentiellement à Berlin que Berne reconnaissait tacitement sa fonction dans le parti.
Les directions de district interdites furent ensuite rétablies, mais dans les locaux des consulats d'Allemagne. Elles obéissaient de nouveau à leur chef, comme s'il n'y avait pas eu d'interdiction prononcée par le Conseil fédéral. Ce chef était le successeur de Gustlofi. Bientôt, von Bibra apparut publiquement comme le chef national. L'infiltration nationale-socialiste continuait. En octobre 1940, à un moment où une situation difficile paraissait presque sans issue, le Conseil fédéral rapporta sans bruit l'interdiction des organes de commandement nationaux-socialistes.

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