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La Chute / Der Untergang / Oliver Hirschbiegel

 

Défense de La Chute de René CLAUDE le lundi 07 février 2005 à 10h57

Bonjour,

Dans le quotidien suisse romand Le Matin (Online), le philosophe Alain Finkielkraut répond aux questions d'Antoine Menuisier et prend la défense de La Chute :

Pourquoi avez-vous défendu La Chute?

Parce que «La chute» n'a pas pour objectif de relater l'histoire du nazisme. Ce film ne peut pas tenir lieu de connaissance historique ou de devoir de mémoire. Il suppose que les spectateurs qui vont le voir ont déjà entendu parler du nazisme. Il raconte les derniers jours de Hitler, c'est un prélèvement très précis. Je trouve qu'il atteint son but.

Pourquoi a-t-il suscité une telle polémique?
Parce que le conformisme a changé de contenu. Autrefois, il était convenu de ne voir que la guerre dans la guerre. La déportation était perçue comme l'apothéose de la guerre totale menée par les nazis aux démocraties. Le génocide des Juifs était laissé de côté. Aujourd'hui c'est l'inverse. Dans la guerre, on voit avant tout le génocide des Juifs. Dès lors, on en vient à reprocher à «La chute» de ne pas en parler.

Et c'est faux?
Oui, il en est question, puisque nous voyons Hitler dicter son abominable testament. Je ne crois pas que l'on ait quelque chose à gagner à passer ainsi d'une attitude grégaire à l'autre. Il faudrait que nous sachions être assez adultes pour voir dans «La chute» la chute du régime nazi et rien d'autre. A ce moment-là, nous apprenons quelque chose.

Quoi donc?
D'abord, si j'ose dire, que les nazis parlaient allemand. Les grandes fresques des deux dernières décennies les faisaient s'exprimer en anglais, aussi bien dans «La liste de Schindler» que dans «Le pianiste». Il y avait là une entorse à la réalité qui aurait dû être difficilement supportable aux acharnés du devoir de mémoire.

Mais encore?
Ensuite, rien ne reste de Hitler dans les derniers jours, sinon la quintessence de l'abomination. Un homme pour qui tout est volonté, qui ne connaît pas le principe de réalité et qui trépigne, hurle et tue quand il est confronté au moindre retard, au moindre obstacle. Et aussi une sorte d'artiste délirant, qui voit l'humanité comme une oeuvre à refondre, et qui se venge sur ce matériau lorsqu'il se rend compte que celui-ci est indocile.

On le voit encore très courtois, notamment avec ses secrétaires...
C'est à mon sens, l'aspect le plus fort du film, le lien étrange qui se tisse entre le mal et les midinettes. La secrétaire d'abord, puis Eva Braun.
Ce n'est plus la belle et la bête, c'est la midinette et le monstre. Je penserai longtemps aux dernières images de «La chute», celles où la véritable secrétaire de Hitler apparaît et dit qu'elle s'était crue innocente parce qu'elle ne savait rien, jusqu'au jour où elle s'est aperçue qu'elle était née la même année que Sophie Scholl, l'une des premières résistantes allemandes, décapitée le 22 février 1943 par les nazis, le jour même où elle entrait au service de Hitler. Le film se termine sur ces mots qui peuvent infiniment donner à réfléchir: «La jeunesse n'est pas une excuse».

Le traitement du génocide des Juifs, notamment au cinéma, ne va-t-il pas prendre toujours plus de libertés par rapport aux faits?
Je crois que «La chute» prend très peu de libertés. C'est un film casse-cou en ceci qu'il fait exception à une règle que je croyais avant de l'avoir vue universellement valable, à savoir qu'il ne faut pas représenter les grands personnages du XXe siècle. A priori, je n'ai pas envie de voir un film avec un acteur jouant de Gaulle. Et je ne suis pas allé voir le film d'Oliver Stone où Anthony Hopkins incarnait Nixon. Nous avons les images d'archives en tête. Or voilà l'exception. Le rôle de Hitler est joué par Bruno Ganz. Et il est inouï. Mais, justement, le film ne s'est permis aucune invention. Et si, dans l'avenir, on prend des libertés, ce sera à l'encontre de ce que «La chute» essaie de faire.

L'interprétation de Bruno Ganz vous a manifestement impressionné. C'eût été un autre acteur, peut-être le film aurait-il été complètement raté?
Absolument.

Souhaiteriez-vous rencontrer Bruno Ganz?
Oui.

En quoi vous intrigue-t-il?
Il m'intrigue parce que je trouve que c'est un acteur absolument exceptionnel. Il fait ce qu'il n'aurait pas dû faire, et il le fait si bien qu'on pense qu'il a eu raison de le faire. J'ai envie de le lui dire.

Que pensez-vous des critiques qui se sont abattues sur lui?
Bruno Ganz a été abandonné par un certain nombre de cinéastes avec lesquels il a travaillé, dont l'attitude m'est apparue très décevante, qu'il s'agisse de Hans Jürgen Syberberg ou de Wim Wenders. Celui-ci a recouru à des expressions grossières pour se plaindre du fait que, dans «La chute», on ne voyait pas le cadavre de Hitler, disant: «Bordel de merde, on aimerait bien le voir mort.» Cela, c'est l'époque. «Moi, je suis authentiquement choqué par le nazisme, dit implicitement Wim Wenders. La preuve, je me mets à employer des expressions scatologiques.» La grossièreté comme gage d'authenticité et de sensibilité face au mal... Si nous en sommes là, c'est que nous sommes tombés bien bas.

Le Hitler de Bruno Ganz vous est-il apparu «trop humain»?
Certains ont dit en effet que Hitler, dans ce film, était humanisé. Cette idée me paraît complètement délirante. Hitler, certes, est un homme, mais je savais avant d'aller voir «La chute» qu'il n'était pas un extraterrestre. Il est hominisé sans doute, mais il n'est pas humanisé. Et ceux qui se sont exprimés en ces termes ont ajouté que présenter Hitler affable avec sa secrétaire, c'était le rendre acceptable. Comme si le mal devait être tout d'une pièce, comme si la sentimentalité n'était pas compatible avec la haine ou la rancune infernales. J'ai compris à cette réaction que sévit aujourd'hui sur le devoir de mémoire un esprit de simplification ravageur.

Ah bon?
L'inquiétude de Primo Levi est confirmée. Primo Levi a d'abord écrit contre l'indifférence, puis contre l'oubli, mais son dernier livre, «Les naufragés et les rescapés: quarante ans après Auschwitz», est écrit contre la simplification. Il voyait que le manichéisme de la culture de masse rendait les gens totalement inaptes à la compréhension du phénomène concentrationnaire. Il ne faut pas simplement incriminer la culture de masse ou les jeux vidéo, mais aussi la bêtise politique d'une sorte de progressisme binaire, qui veut le mal tout d'une pièce d'un côté face au camp du bien.

© Le Matin Online

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